‹ Magasin pittoresque (volume 2)Chapitre 253 sur 712 · PRÈS DE BLANGY · texte numérisé non relu

PRÈS DE BLANGY

(seine-inférieure).

Vue du Manoir de Fontaine. — Dessin de Gaudry, d’après M. A. Prévôt, de Rouen.

Les restes du manoir de Fontaine servent aujourd’hui d’habitation et de bâtiments ruraux à un fermier. Antique résidence des seigneurs de Fontaine, ce manoir a depuis appartenu à la famille des Galonné. Les murs, avec pignons taillés en degrés, indiquent que sa construction date du seizième siècle.

L’aspect général a conservé quelque grandeur ; le voisinage de la forêt d Eu et de la Bresle, qui baigne les murs du château, donnent beaucoup de charme au paysage. De même que son voisin le château Huhault, le manoir de Fontaine pourrait bientôt ne plus offrir à l’étude et à la curiosité que des ruines.

THOMAS ARNOLD

Suite. —V. p. 2U, 258.

Né le 13 juin 1795, Thomas Arnold montra de bonne heure une intelligence précoce. Sa mémoire était prodigieuse. A trois ans, son père lui lit don d’une Histoire (l Angleterre : il avait retenu et racontait avec exactitude les anecdotes et les traits qui l’avaient frappé dans ce livre. A sept ans, il composa une petite tragédie historique. Il conserva toujours un vif attachement pour les lieux où s étaient passées son enfance et sa jeunesse, l’île deWight, hécolc de Westminster dans le Wiltshire , l’Université d Oxford. D un caractère expansif et affectueux, il aimait -vS maîtres et ses compagnons d’étude, avec lesquels il se plaisait à disserter sur de graves sujets d’histoire ou de géographie. Il s exerçait à faire des vers latins et anglais. Tome XLIII. — Septembre 1875.

moins par goût que par principe. « La poésie, disait-il plus tard, est saine aux jeunes esprits; elle les humanise. » Les ballades lyriques de Wordsworth , que lui prêta un camarade, modifièrent ses tendances utilitaires, et développèrent en lui le sentiment du sublime et les hautes aspirations spiritualistes qui ont présidé à sa vie et à ses écrits. Sa première passion fut pour les historiens et les philosophes,' Aristote, Thucydide, et après eux Hérodote. Les exercices du corps n’étaient pas non plus négligés. Les belles promenades d’Oxford ne suffisaient pas à l’activité de ce jeune étudiant, chez qui le mouvement physique faisait contre-poids à l’activité mentale. « Notre bonheur était de faire ce que nous appelions une escarmouche dans la campagne. Désertant les routes battues, nous franchissions les palissades, sautant les fossés, y tombant parfois, mais faisant ample récolte de vigueur et de gaieté. » Quoique délicat d’aspect et de taille svelte , Arnold supportait merveilleusement la fatigue et les longues marches : ces goûts persévérèrent jusqu’à la fin.

Cœur fervent, pur, sincère et tendre, il resta fidèle à ses amitiés de collège, contractées à l’époque oû les natures généreuses et flexibles croissent ensemble et se fondent dans un même amour pour tout ce qui est beau et bon.

Il se destinait à l’état ecclésiastique. Il fut ordonné diacre à Oxford en 1818. Il s’était établi à Laneham un an auparavant, avec sa mère, sa tante et sa sœur, et avait ouvert sa maison à sept ou huit élèves pensionnaires qu’il préparait à entrer aux universités.

Le choix d’une profession, l’impression profonde que fit sur lui la mort subite d’un frère aîné, la responsabilité

qii il assumait comme guide et comme professeur, donnèrent à ses principes et à sa foi une stabilité inébranlable. De ce moment, tout observateur attentif eût pu reconnaître chez Arnold le vif sentiment de la réalité d’un monde invisible, devenu le ressort principal de sa conduite et de ses enseignements. Ses actes, sa vie, ses facultés, étaient intimement pénétrés et comme imprégnés de sa croyance. Les objections du scepticisme et du matérialisme le contristaient sans rii’riter : il ne s’y arrêtait pas; son sens pratique l’éloignait des controverses. Un trait de dévouement, un humble service rendu, avaient à ses yeux plus de prix que les raisonnements les plus spécieux. « Ce n est point par nos paroles, mais par nos actions, que nous serons jugés», disait-il.

De toutes les carrières ouvertes à l’ambition d’être vraiment utile, celle de l’enseignement lui semblait la plus directe et la plus honorable : « Je sais bien , écrivait-il à un ami qui le consultait sur la position d’instituteur, que le monde n’en juge pas comme moi; mais qu’importe? J’y ai toirjours trouvé plaisir et profit, j’entends pour la partie intellectuelle, pour ce qu’il y<i en moi de meilleur. Je jouis de la société des jeunes gens : ils ont, en général, toute 1 activité de corps etd esprit qui manque à leurs devanciers. Ils sont capables d enthousiasme pour le bien, si une mauvaise direction n a pas faussé leurs généreux instincts. » Il ajoutait, en style familier ;

« Ne faites pas de votre Lâche une médecine , et elle ne vous donnera pas de nausées ; vous ne la prendrez point en dégoût si votre femme s’y complaît, et elle s’y complaiia si elle est femme de sens. Entrez-y 'de tout cœur, faites-en la grande affaire de votre vie, et vous ne serez pas avare des heures que vous y consacrerez ; vous ne les croirez pas perdues pour votre intérieur ni même pour vos relations sociales. L’écuei| du professorat est d’être pris comme moyen d’arriver plus haut. La tâche est difficile et réclame tout 1 homme. Devenue la plus importante de toutes, cette occupation sera pour vous pleine d’attrait; elle vous maintiendra dans un courant frais et salubre dé jeunesse et d activité. Je vous conseillerais de vivre le plus possible avec vos élèves dans une intimité affectueuse. Je 1 ai fait avec les miens à Laneham ; j’allais me baigner, jouer à la paume , faire les exercices gymnastiques , avec eux; quelquefois nous naviguions ensemble à la voile ou à la rame; ils y prenaient, je crois, plaisir, et moi j’en jouissais en enfant. Le respect n’y perdait rien , et mon autorité y gagnait par la confiance et l’espèce de confraternité qui s’établissait entre nous. »

Qu’il y a loin de cette franche vocation d’instituteur tâ la roideur gourmée que certains maîtres affectent avec la jeunesse !

En 1827, un concours fut ouvert pour la nomination du directeur de Rugby, école qui ne le cédait en importance qu à celles d Eton et de Winchester. Quoique arrivé l’un des derniers de trente candidats, le docteur Arnold fut élu. Il y avait déchirement à laisser Laneham , où il avait été, dit -il, trop égoïstement heureux, entre sa chère femme, ses quatre enfants, et ses écoliers çui étaient aussi des^ fils ; mais cette élection l’appelait sur un plus vaste théâtre^ et il avait conscience de pouvoir faire plus de bien.

11 écrivait ; « Nous sommes à la veille de quitter ce cher logis, où se sont écoulés neuf ans d’un si parfait bonheur. Mais à quoi bon regarder en arriére, quand le devoir nous pousse en avant? J’espère que vous visiterez bientôt notre nouvelle demeure. J’aurai besoin d’y voir de vieux amis pour user le vernis du neuf. «

A cette époque, l’esprit général des écoles était mauvais; les élèves de Rugby étaient turbulents, indociles, irréligieux, fanfarons. L’enseignement, borné aux études clàs- I

siques, sans commentaires et sans mélange, tournait dans un cercle vicieux. Le parti libéral en dénonçait les lacunes. Wilberforce, Rowdler et d’autres, signalaient l’absence de toute direction morale élevée dans l’éducation. L’opinion publique s’alarmait et réclamait une réforme ; mais le réformateur manquait. ’

Le docteur Arnold embrassa d’un coup d’œil les difficultés de sa tâche : il vit là une grande bataille à livreiq une importante conquête à faire. Persuadé que l’enfant contient l’homme futur, il voulait régénérer la société par sa base : « Une école, disait-il, suffit au zèle d’un réformateur. Il est beaucoup plus doux de panser des maux que l’on peut espérer guérir que de se consumer en lamentations stériles sur ceux auxquels on ne peut rien. »

Il accepta avec reconnaissance l’aide et l’affection personnelle des fidéi-commissaires {trustées), tout en stipulant sa complète indépendance dans le gouvernement de Rugby.

Si vous me désapprouvez , leur dit-il , le remède n’est pas d’intervenir, mais de me congédier. » Il entendait être libre de renvoyer tout enfant essentiellement mauvais; et même celui que sa mollesse rendait accessible aux séductions de l’entraînement. Les caractères faibles et indécis sont partout en majorité. Pour amener les choses au point où il les voulait, il lui fallut faire de nombreuses et, aux yeux des parents et du public, d’inexplicables expulsions. «Il importe peu, disait-il, que Rugby compte trois cents élèves, ou cent, ou cinquante, mais il importe beaucoup que ce soit une école de « gentilshommes » (’) et de « chrétiens. » La, suite à une autre livraison

POURQUOI LES HIRONDELLES RASENT LA TERRE A l’approche de la PLUIE.

De véritables poussières, minérales ou organiques, sont suspendues dans l’air : elles y flottent quand elles sont sèches; elles retombent sur le sol quand elles sont chargées d’une humidité qui les alourdit. Les insectes qui tourbillonnent autour de nous n’échappent point à cette loi. Si les hirondelles rasent la terre à l’approche de la pluie et remontent bien haut dans les airs par un beau temps , c’est que, dans le premier cas, les insectes qu’elles poursuivent sont surchargés d’humidité et ne peuvent s’élever, tandis que, dans le second, allégés de ce surcroît de bagage, ils prennent leur essor et montent dans l’espace à de grandes hauteurs. (^)

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