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LES RELIGIEUSES BOUDDHISTES

Selon les traditions, un jour, cinq cents femmes de la famille du Bouddha (Sâkya-Mouni) vinrent se prosterner i

(') Il faut ne pas oublier qu’en Angleterre on honore du nom de « gentleman » tout homme distingué par son éducation et son caractère, quelle que soit sa naissance.

(-) Dumas , de l’Académie des sciences.

P) Les Religieuses bouddhistes depuis Sâkya-Mouni jusqu'à nos jours, par M'"*' Mary Sumner, avec une introduction par P.-E. Fou- Cüux, professeur au Collège de France. 1873, E. Leroux. — Sur le bouddhisme, voy. les Tables.

devant lui et le supplier d’instituer l’ordre des religieuses.

Sâkya-Mouni ne répondit d’abord que par un refus.

Ces femmes persistèrent ; elles rasèrent leur tête , se couvrirent de vêlements grossiers, et renoncèrent à tous les plaisirs du monde. Elles prièrent Ananda, le disciple aimé du Bouddha, de les protéger et d’obtenir pour elles la grâce qu’elles avaient implorée.

Le Bouddha céda enfin , mais en prescrivant aux religieuses des règles sévères.

Alors s’ouvrirent de nombreux monastères, où toutes les opprimées eurent droit d’asile sans distinction de caste , pourvu qu’elles eussent vingt ans accomplis.

Cependant la postulante était soumise à des épreuves. Le noviciat ne durait pas moins de deux années. Une savante maîtresse était chargée d’instruire la nouvelle venue; elle lui posait certaines questions d.e dogme- par exemple : o > r

— Quels sont les trois refuges?

La novice répondait :

— Le Bouddha, la loi et l’assemblée des fidèles.

Puis venaient toutes les questions d’une sorte de catéchisme qui, avec les siècles, devint très-compliqué.

Quand la préparation était jugée suffisante , un conseil de religieuses, assisté de quelques religieux, s’assembiait solennellement.

On introduisait la novice : elle saluait en joignant les mains.

— Réfléchissez bien à ce que vous allez faire, pensez-y bien , lui disait-on à plusieurs reprises.

Elle répondait :

— Je vais au refuge , vers le premier des hommes le respectable Bouddha.

Alors une religieuse, s’approcknt, demandait :

femme, consentez - vous à faire raser vos

cheveux?

Et sur sa réponse affirmative, les ciseaux faisaient tomber la chevelure de l’Indienne. C’était le symbole du renoncement à la beauté et aux parures.

La tête dénudée était lavée , et on bénissait les diverses parties qui composaient l’habit monastique.

Puis, la catéchumène revêtait une rohe sans épaulettes; on drapait sur elle un manteau aux longs plis, et on plaçait dans sa main la sébile aux aumônes.

Le moment suprême était venu. La novice s’avançait vers 1 assistance , s’inclinait devant son institutrice, et faisait ses adieux au monde :

D "gage pour jamais à suivre la loi du vénérable

Bouddha; j abandonne tout ce qui ressemble au gouvernement d’une maison, et je prends tout ce qui est le caractère des religieuses mendiantes. (‘)

Les vœux prononcés, une religieuse mesurait les heures sur un cadran; elle disait lentement les divisions du jour

féglé^ religieux étaient

Une dernière fois on répétait à la novice ce quelle devait faire et surtout ce qu’elle devait éviter.

Le Bouddha ne voulait pas qu’une volonté fût surprise •

Il fallait contracter de si graves engagements en toute connaissance de cause.

Ces cérémonies terminées, on quittait la salle de l’ordination.

La nouvelle initiée avait encore à subir, à l’intérieur du cloître, un autre examen minutieux dont voici les principales questions : ^

Ton père et ta mère ont-ils donné leur consentement à ton entrée en religion?

(’) Extrait du Doul-va, ou Livre de la discipline.

Tu n’es pas esclave?

Tu n’as pas volé?

Tu n’es pas nâga (dragon des eaux)?

Tu n as pas blessé le roi ; tu n’es pas irritée contre lui ’

Tu n’es pas atteinte de lèpre"?

Etc.

Ce dernier examen enfin terminé ;

— Va, lui disait-on , tu n’es plus novice, et désormais tu t appelles Bikchouni.

Le trousseau était bien simple. Les religieuses portaient pour seuls vêtements : 1° la sanghati, sorte de camisole ou blouse, serrée à la taille et descendant jusqu aux genoux; 2o Vouttara-sanghati, manteau ou cape qui s attachait sur l’épaule gauche et sous la droite, laissant tout un bras à découvert; 3° Vanfara-vasaka, bêtement de dessous dont on s’enveloppait pour dormir.

Ces habits étaiçnt teints avec de l’ocre rouge- le jaune appartient aux sectes modernes.

Outre ces trois robes ou tuniques, la religieuse possédait une ceinture, un vase pour les aumônes, une aiguille, un filtre , une lampe , un tapis et une mince couchette.

Les règles relatives à la cellule sont nombreuses. La cellule doit être consacrée. Elle a douze empans de long sur sept de large. Le lit est étroit et ne prête pas à il mollesse. La couverture est faite de laine brune et doit duier six ans. Le tapis, sur lequel on s’assied, est tissé avec deux parts de laine noire, une de laine blanche et une de laine brune; tout mélange de soie est interdit

Si le tapis est renouvelé, on y ajoute une pièce du vieuxtapis. Il en est de même pour la robe sanghati.

On ne met pas au rebut une sébile qui n’est brisée qu en cinq endroits.

Jamais on ne remplit la sébile complètement.

L’étui à aiguilles ne peut pas être en corne' en ivoire ou en or.

On ne peut manger que ce qu’on a reçu comme aumône ; tant qu on n’a rien obtenu des personnes charitables, on ne doit apaiser la faim qu’avec l’eau seule

On doit manger sans avidité et sans choisir les morceaux. La nourriture ne se compose que de riz, de racines ou de fruits. C’est seulement lorsque l’on est malade que 1 on peut obtenir 1 autorisation de se nourrir de viande de beurre, de poisson et de sucre. ’

L’eau est soigneusement filtrée, à cause des insectes car il ne faut ôter la vie à aucun être.

On ne peut allumer de feu dans la cellule qu’en cas de maladie. ^

On ne prend que deux bains par mois.

^ On fait une confession publique deux fois chaque mois a la nouvelle et à la pleine lune. (')

Les femmes mariées peuvent entrer en religion avec le consentement de leurs maris.

Instruire la jeunesse, mendier et méditer, adorer les reliques du Bouddha , telles sont les principales occupations des religieuses.

Voici le tableau que Mary-Sumner donne de la journée d’une religieuse :

Transportons-nous aux portes de Bénarès. Loin des bruits de la ville et du contact des étrangers, sur les confins d une forêt , s’élève le couvent. Le jour vient de paraître. Déjà la religieuse est debout, se préparant à quêter le repas quotidien. Elle tient à la main la sébile deshnée à recevoir les offrandes ; le chapelet à cent huit grains pend à sa ceinture, et l’outtara fixé sur son épaule descend jusqu’à terre en plis flottants. Elle marche, mais pas a pas, pour ne pas écraser les insectes du chemin, la tête nue, ne portant pas le regard plus loin que « la lôn- (*) Extrait du Praümôkcha.

giieiir d’un joug. » Elle ne voit rien de ce qui se passe autour d’elle ; pour elle le monde extérieur n’existe pas. Elle entre clans la ville; point d’empressement, de l’humilité et du calme; elle tend la main en silence, lui donnera qui voudra. On verse du riz bouilli dans la sébile; elle mange sans avidité la portion qui lui est nécessaire, et retourne ensuite au couvent.

L’heure de la classe est arrivée ; les enfants se groupent autour de leurs institutrices (')• L’enseignement a ordinairement pour objet la doctrine du maître et ses légendes merveilleuses.

La classe terminée, la religieuse absorbe sa pensée dans la prière et la méditation.

La règle n’a pas été en tout temps aussi rigoureusement observée; plus d’une fois il a fallu réformer les monastères.

Ils sont aujourd’hui beaucoup plus rares que dans les premiers âges du bouddhisme; mais ils offrent encore un refuge aux femmes privées de leur protecteur naturel.

Au Japon , en ce temps-ci , la meilleure ressource d’une veuve est d’embrasser la vie religieuse. Lorsqu’une femme de trente ans a perdu son mari, elle serait déconsidérée si elle convolait en secondes noces. La plupart du temps, elle rase ses cheveux, prend le costume d’une bikchouni, tout en restant dans sa famille et en s’occupant de l’éducation de ses enfants. Elle obtient ainsi l’estime générale.

L’évêque de Birmanie , Bigaudet, a visité deux couvents de femmes bouddhistes dans son diocèse. L’un contenait soixante-dix religieuses, l’autre une cinquantaine environ. Les dames du pays vont là, de temps en temps, faire une retraite. Il y a aussi des religieuses qui vivent séparément dans de petites maisons attenant aux pagodes. Msf Bigaudet rend justice à la bonne conduite des religieuses; parmi elles, rien n’est plus rare qu’un scandale.

A Siam, les religieuses sont désignées sous le nom de 7uing chj (dames dévotes) : elles y sont respectées et saluées quand elles passent. Elles visitent les pauvres et les malades, entendent tous les jours la prédication, et restent des heures entières à prier dans les temples.

Les religieuses chinoises sont moins sympathiques : leurs manières sont rudes, leur apparence est peu prévenante. Elles ont la tonsure et portent la robe flottante comme les religieux chinois ; elles lisent une sorte de bréviaire composé et imprimé â leur usage.

Au Thibet, les couvents de femmes sont presque toujours situés au pied des montagnes, dans des vallées désertes et d’un abord difficile.

Il n’existe de communautés de femmes ni à Ceylan , le berceau du bouddhisme , ni dans l’Inde. Ce sont les dames ceylanaises du plus haut rang et de jeunes filles magnifiquement parées, qui quêtent de l’huile , du riz, du coton ou de l’argent pour les temples. Elles tiennent sur la paume de leurs mains l’image du Bouddha, voilée par un morceau d’étoffe blanche, et disent d’une douce voix; « Nous implorons votre charité en vue du sacrifice du Bouddha. »

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