L’ÉTRILLE
Les porlunes ou crabes-étrilles sont des crabes nageurs, non de haute mer, mais de rivage. Sur nos côtes de l’Océan et de la Manche, on en compte au moins sept espèces; sur celles de la Méditerranée, quatre ou cinq. Les portunes, ainsi que les autres genres voisins, sont tous faciles à distinguer des crabes vrais par leur dernière paire de pattes dont les tarses et les extrémités sont élargis en forme de nageoire et bordés de cils roides qui augmentent la surface de résistance à l’eau.
Notre gravure représente le portune qu’on trouve le plus ordinairement, surtout sur les côtes océaniques de la France et de l’Angleterre : on l’appelle vulgairement ï étrille ou le crahe à laine, ou le crabe espagnol, etc.; la science lui donne le nom de Portunus ptiher, Linn.
De même que tous les crustacés, les crabes subissent un grand nombre de mues, surtout dans leur jeunesse, et au moins une par an dans l’âge adulte. Ce n’est pas un médiocre sujet d’étonnement que la manière dont se peut renouveler une carapace munie d’une toison de poils roides comme celle de l’étrille. On manque absolüment d’informations à cet égard : répétons, cà cette occasion, que
si l’instruction et par suite l’esprit d’observation étaient plus répandus, on n’en serait pas encore à ignorer des choses semblables.
Armé de pinces médiocres, l’étrille, quoique nageur, aime les rivages et se cache le plus souvent dans le sable vaseux, auprès des rochers. Sa nourriture consiste en petits mollusques et crustacés de faible taille. Peu agile, il se laisse prendre facilement ; mais on ignore quand et comme il fait sa chasse'; il se peut qu’elle soit nocturne.
Ces animaux paraissent vivre réunis en famille ou en société, tandis que les vrais crabes sont si peu sociables, qu’aussitôt que deux d’entre eux se rencontrent ils s’attaquent avec fureur ; après le combat, le plus fort mange le plus faible.
Le nombre d’œufs des étrilles est prodigieux. Chaque femelle porte de quatre à six cent mille œufs , petits, globuleux, transparents. On croit savoir qu’elles font plusieurs pontes dans l’année.
L’étrille est fort recherché. Sa chair, plus abondante que celle des autres crabes, est aussi plus délicate; il s’en fait une grande consommation. On ne sait absolument rien sur l’incubation, l’éclosion des œufs, ni sur la forme des jeunes au moment de leur naissance.
L’Étrille; grandeur naturelle, — Dessin de Mesnel.
Dans les bacs de raquarium du Havre, en 1867, nous avons vu de temps en temps les étrilles exhaler par la boiiche une bouffée de fumée blanchâtre qui, en y regardant de près, était composée de détritus extrêmement déliés. Est-ce un moyen que. possède l’étrille de débarrasser son estomac de résidus non digestifs triturés par cet organe pour en extraire les parties assimilables?
Les étrilles se reconnaissent facilement dans l’eau à leurs pinces minces et noires et à leurs pattes-nageoires bordées d’un listel également noir.
Le crabe enrage, carcin ménade {Cnreinus Mænas, Bast.), que l’on voit courir sur les plages avec rapidité, en
Normandie , appartient aussi <à la tribu des portuniens. Quelquefois il s’enterre dans le sable, mais il a cette propriété curieuse de pouvoir vivre très-longtemps hors de l’eau. A-t-il le moyen d’emporter avec lui une provision d’eau dans ses branchies, ou bien la forme des lamelles écartées de ces organes lui permet-elle d’absorber une certaine portion d’air en nature? On ne ]e sait pas encore. Ces portuniens sont également comestibles, et, en été surtout, on en apporte de grandes quantités à Paris.