PAR RUDE
La vie de Rude a été racontée dans le Blagasin pittoresque et ses travaux ont été appréciés (*) ; nous n’avons pas à y revenir. Nous dirons seulement quelques mots encore de sa statue de Mercure, dont le dessin est ici gravé d’après l’original appartenant à M. Thiers, et que l’on a pu voir l’an passé à l’Exposition faite au profit des Alsaciens- Lorrains.
La figure de Mercure parut pour la première fois au Salon de 1828. Rude en avait commencé l’esquisse pendant son séjour à Bruxelles. Il arrivait à Paris, à l’âge de quarante-trois ans, après un long exil, déjà en possession d’une grande réputation en Belgique , mais tout à fait inconnu en France, sinon de ses anciens camarades d’études et de son maître Gartelier, qui obtint pour lui la commande d’une statue de la Vierge Immaculée, destinée à l’église de Saint -Gervals. Cette statue terminée, et comme six semaines devaient s’écouler encore avant l’ouverture du Salon, il reprit son esquisse, et, dans ce court espace de temps, acheva la figure de grandeur naturelle, dont le plâtre fut exposé avec celui de la Vierge de l’église Saint-Gervais. La renommée de Rude fut dés lors
(') Tome XXXIV, 1866, p. 329; —t. XXXV, 1867, p. U, 102.
fondée, au moins parmi les artistes et les véritables connaisseurs. Le Èlonitenr universel, dans un article élogâeux, fit valoir le mérite d’une œuvre si bien conçue, d’une forme
si élégante dans l’exécution, si savante et si souple; il en décrivait ainsi le sujet : « Le messager des dieux est représenté au moment où il vient de tuer Argus, et où, ra-
Cabinet de M. Tlùers. — Mercure, statuette en bronze, par Rude. — Dessin de Sellier.
justant sa talonnière, il va remonter aux cieux. Le double mou\ement par lequel le dieu manifeste son impatience de s élever dans les airs en s’occupant d’un léger accessoire produit dans le développement de la figure des contrastes
heureux. Déjà le bras gauche sur lequel voltige une élégante chlamyde semble prendre sa route vers le haut de l’atmosphère, tandis que le regard se dirige encore vers la main qui touche au talon. Rien de gêné dans cette at-
titude, quelque hardie qu’elle soit ; tout est souple ; les formes sont nobles et légères. »
La même figure coulée en bronze fut exposée en 1833, et achetée par le ministère de l’intérieur pour le Musée du Luxembourg. On la peut voir actuellement au Louvre, où elle occupe une place d’bonneur dans la salle de la sculpture moderne.
La statuette qui appartient à M. Thiers n’est pas une réduction de la statue du Louvre, mais une œuvre nouvelle sur le même sujet. M. Thiers s’était de bonne heure intéressé aux travaux de Rude. Étant ministre, il lui avait confié l’exécution de plusieurs ouvrages, et notamment celle du groupe du Départ, son chef-d’œuvre, pour la décoration de Tare de triomphe de l’Étoile. Il avait désiré posséder une reproduction du Mercure. Rude voulut lui témoigner sa reconnaissance en composant une figure originale, qui fut, comme la première, fondue en bronze. La donnée est la même et l’exécution mérite les mêmes éloges. L’artiste en avait conservé un moulage, qui était placé dans son salon. Cette heureuse prédilection de l’auteur pour un ouvrage auquel il ne faisait que rendre luimême justice l’a en effet sauvé, car, lorsque le modèle eut péri dans les incendies de la Commune, au mois de mai 1871, il a été possible, grâce à ce moulage, de le restituer.
HANS RERNER ET SES FILS