‹ Magasin pittoresque (volume 2)Chapitre 267 sur 712 · LE CHEVAL DE BANKS · texte numérisé non relu

LE CHEVAL DE BANKS

Le docteur Donne , poêle satirique anglais de la fin du seizième siècle , parle d’un cheval appartenant a un nommé Banks, et qui fit beaucoup de bruit dans le monde à cette époque. Ce n’est pas le seul ouvrage où il en soit question, ainsi que nous l’apprend Payne Collier dans la troisième conversation de son Décaméron poétique.

Morton. — On 'trouve, dans nos anciens écrivains, (les allusions fréquentes à Banks et à son singulier cheval.

Elliot. — Quoi donc? ce cheval était-il une sorte de « cochon savant », de «chien intelligent », ou « d éléphant qui raisonne » ?

Morton. — Oui. Seulement ce cheval dut paraître d’autant plus merveilleux alors qu’on ne s’était pas encore beaucoup occupé de l’éducation des animaux; cependant, à en juger par le concert d’éloges dont le cheval de Banks fut l’objet, et par tout ce qu’on rapporte de s(’,s faits et gestes, on peut croire qu’il était très-supérieur à Toby et

Bourne. — Vous pourriez être désappointé : je l’ai été en la lisant. Toutefois, quelques passages mériteraient d’être cités. En voici un où Marocco fait la critique de certains puritains hypocrites de son temps: — «Je vous dirai, mon maître , et c’est la pure vérité, ce que je sais d’un marchand de cette ville. Il avait une Bible sur le bord de sa boutique, et un jour il vendit (à fausse mesure) trois aunes de satin à un gentilhomme et se parjura au moins trois fois en les vendant, quoiqu’il eût le livre saint ouvert devant lui et qu’il y eût lu les Proverbes de Salomon quelques instants auparavant. »

Morton. — Cela me rappelle ce que Covvley fait dire à une puritaine de défunt son m.ari dans le ruilleur de hi rue Coleman : « C’était, dit-elle avec simplicité, c’était, je suis bien obligée de l’avouer, un vrai coquin quand U ne s’agissait que d’affaires d’homme à homme ; mais vis-cà-vis de Dieu il a toujours été sincère, fidèle et très-lervent... » Bourne. — On rapporte que, plusieurs années après, le pauvre Marocco et son maître furent brûlés vifs tous deux, en Portugal, comme convaincus d’intelligence avec le diable. SirW. Raleigh, dans son Histoire du monde, semble avoir eu le pressentiment de ce triste dénouement, lorsqu’il écrivait à propos des «divers genres. de magies défendues » : — «Certainement si Banks avait vécu dans les temps anciens, il eût humilié tous les enchanteurs du monde , car le plus fameux d entre eux tous n eut jamais réussi à donner à aucune hèle l’instruction qu’il a su donner à son cheval. »

à Munito

Bourne. — Il serait, en effet, très-long d’énumérer tous ses talents. Dekker, dans son Salir omasiix, dit, par exemple, que le cheval de Banks était jongleur, joueur de gobelets, qu’il montait jusqu’au sommet de la cathédrale de Saint-Paul. On ajoute même, dans les Jesls do Peele , qu’il jouait du luth.

Elliot. — Ce dernier trait surpasserait assurément tout ce que l’(}n a vu de nos jours en ce genre. J’ai peine à imaginer un cheval tirant des sons d un si délicat instrument.

Bourne. — Le luth était un instrument fort a la mode, et il ne manquait pas de professeurs pour enseigner à en jouer... Permettez-moi de mettre sous vos yeux un petit pamphlet de treize feuillets qui se rapporte à Banks et qu’on a vendu, il y a quelques années, à Gordonstown, au prix d’une guinée (25 francs) par feuillet.

Elliot. — C’est là quelque chose de presque aussi surprenant que le cheval lui-même, et ce prix est supérieur peut-être à ce que valait l’animal... mais, excusez-moi, et veuillez continuer.

Bourne. — Le titre de l’opuscule est : i^Maroccus exta- » ficus, ou le Cheval bai de Banks en extase. Joyeux dis- » cours sous forme de dialogue entre Banks et sa bête,

» anatomisant certains tours et abus de notre, temps, etc.

Morton. — Maroccus était donc le nom du cheval? Bourne. — On l’appelait Marocco, et en latin Maroccus. y ous remarquerez, à l’une des pages, une gravure sur bois représentant une sorte d assaut d armes entre l’animal et son maître ; à leurs pieds est une paire de dés pour indiquer sans doute que le cheval savait en jouer.

Morton. — J’aimerais assez à connaître quelque chose de cette conversation où l’on «anatomise» certains tours et abus du temps.

Elliot. — Ce doit être curieux et amusant.

(') Nous no. savons ce qu’était ce Tobij ; mais nous avons beaucoup entendu parler du diien Munito dans notre enfance. Il était surtout célèbre ])our son babileté à jouer aux dominos.

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