‹ Magasin pittoresque (volume 2)Chapitre 270 sur 712 · MENU D’UN REPAS · texte numérisé non relu

MENU D’UN REPAS

AU QUINZIÈME SIÈCLE (*)

Le festin dont on va lire le menu eut lieu le 10 février 1482, dans la ville de Gand. Il fut offert par le marquis Josse de Trazegnies à Maximilien d’Autriche.

On a les noms des convives, mais ils n’ont point de célébrité. « Ils furent assis à la table de mondit sieur le duc qui contenoit environ 14 pieds de long et plus de 4 pieds de large.

« Et fut le service par ordre tel que s’ensuit. »

Le premier service.

Sallade de verdure menue coupée, et pardessus carotte et raimponse tant bien taillées et assis (disposées) que sembloit painture. Et tout de mesme au milieu des plats, dont il y avoit de chacun metz deux pour la table de monseigneur, estient ses armes tant bien faits qu’on ne pourroit mieux.

hem. Capons au vin bastard et prônes de Damas

Pertris (perdrix) à la trimouillette, — Pieds de mouton à

la froide saulge, — Cynes par quartiers au potage,

Mouton as racines, — Les menus droits (abattis) des chines (cygnes), — Espolles de mouton rosties cbauldes et verdelettes, ■ • Pouchins farsis, — Oiseaux de rivière à la dodine, — Paste de venaison à la mode d’Angleterre, — Venaison au potage. ’

Orenges, — Limons, — Camelines, — Olives.

P) Sur les Repas, voy. les Tables.

Le second service.

Gappon aux orenges, — Lapins au saupiguet ( ? saupiquet), — Cappons au blanc menghier, — Langhues de bœut à la saulce chaude, — Venoison de sangler au potage, — Aygneau rosti, — Faisan rosti, — Pertris rostis (neuf en chacun plat), — Pastes de chappons de bruyères, — Pastes de pans, ■ — Lièvre rosti.

Orenges (en) rouelles bien chucrées, — Saulce verde,

— Poivrade, etc.

Le tiers service.

Hures de sanglers, — Chappons pellerins, — Tetines de haches (? hases) à la poure de duc (sic), • — Oiseaulx de rivier à la saulse madame, — Pastes de lapins, — Petits oiseaulx de rivier rostis de broche en bouce. — Lapreaux rostis, Cynes rostis, — Pastes de venaison , — Pans rostis, — Grand pioches de char sallée de bœuf. Orenges,— Moustardes chucrées etaultres saulces, etc. Le quart service.

Tartes et flans, — Prennes de Damas confites, — Crespes et Laitues et Ruissoles, — Tartelettes de raisin de Corinthe à la moulle de bœuf, — Dades( Dattes) confites, — Tailli d’Englelerre, — Paste d’amande, — Confitures, — Amandes chucrées, — Reliées (sic?) chucrées,

— Roisins de Corinthe bien lavés et chucrés. ^ — Grains de pomes de Grenades?

Issue.

Et pour issues, ypocras et le mestier (accessoire ordinaire).

Il fault savoir que desdites gellées chucrées, pastes d’amande, tailli d’Engleterre et confitures, y eut de plus de 20 manières fetes de toutes couleurs les mieux et les plus nouvellement que l’on se peult aviser. Si commes aulcune gellèes de chucres fetes en guise de chasteaux, assis ( établis) sur haulte motte verde.

Item. A l’entour de la motte y avoit poisson vif naigant soubs la gellée.

Item. En aultres plats y avoit grans navires a hunes, faictes a fachon (de) karaques, lesquelles etoient de confitures et pastes damande dorrées et coulourées, ainsi qu’il appartenoit. Lesquels navirs semblient estre en uneeaue engellée qui estoit de gellés blancs sous laquelle aussi on veoit naigier les poissons vifs.

Item. En y avoit aultres plats fais en guyse de lyons enchaînés de chaînes d’or... le tout fait de viande sucché (? séchée) et par tout dorures où il appartenoit.

Item. D’aultres plats fais en guyse de gypechières do diverses fâchons desquelles gypechières tomboient piècbes d’or de même semés p(ar) tout le vuint (vide) des plats.

^ Item.. En d’aultres plats y avoit grand roses (?) desdites viandes très bien fetes.

Item. En d’aultres plats y avoit tours par ou partient (sortaient) fontaines et buses gectans (jetant) ypocras qui se recueilloit en la fachon d’un petit bacq tellement coposé que ladite fontaine eut incessamment courrut mais que (encore que) l’on ne l’eustpas touchée.

ÉTUDES CÉRAMIQUES

Suite. — Voy. p. 60, 163.

faïences de PARIS, SAINT-CLOUD, SCEAUX.

Paris a été un centre important de fabrication céramique, et cependant nous ne possédons pas de documents certains sur les manufactures qui y furent établies, au moins depuis Bernard Palissy et ses continuateurs, jusqu’à la dernière moitié du dix-huitième siècle; il y a là, dans l’histoire de la poterie, une importante lacune à combler.

Cl. Cl.

Le seul titre officiel du dix-septième siècle que l’on possède est une autorisation donnée, suivant lettres patentes datées de 1664, à un sieur Claude Révérend, bourgeois

■de Palis, qui demandait à faire des faïences et imitations de porcelaines orientales, et à introduire en France les marchandises déjà fabriquées en Hollande, où il avait long-

temps été établi comme potier, et où, disait-il, il était parvenu à surprendre les meilleurs procédés employés dans ce pays.

Faïenco de Saint-Cloud. — Pot-pourri.

H est très-difficile de distinguer les produits de Révérend ceux de Delft, et, à part quelques pièces représentant rers personnages accompagnés d’inscriptions françaises :

le Marchand ambulant, le Violon de campagne, la Comédienne, etc., nous ne connaissons que trois plats que l’on puisse lui attribuer avec quelque certitude; deux portent le chiffre et l’écu de Colbert, le troisième est aux armes de France. Ces plats , d’un ’nleu doux légèrement bouillonné, sont décorés d’une façon charmante dans le meilleur style japonais : l’un d’eux figurait à la remarquable Exposition de Blois; les autres appartiennent au Musée céramique de la manufacture de Sèvres.

A la fin du siècle dernier, les documents deviennent plus positifs : on connaît les noms de plusieurs potiers, établis, à cette époque comme aujourd’hui encore, dans la rue de là Roquette , au faubourg Saint-Antoine ; mais la plupart de leurs produits ne se distinguent par aucun caractère particulier et se confondent avec ceux de Rouen, qu’ils imitent d’une façon grossière et auxquels ils sont de beaucoup inférieurs.

Nous nous bornerons à citer le nom de Digne, qui a fabriqué plusieurs faïences remarquables, entre autres de magnifiques vases armoriés faits pour l’abbaye de Chelles dont Louise-Adélaïde d’Orléans était abbesse, et celui A’Ollivier, qui pendant la période révolutionnaire produisit des faïences patriotiques lourdes et grossières, brunes à l’envers et pouvant aller au feu. Ollivier est en outre l’auteur d’un poêle représentant la Bastille, qu’il offrit à la Convention nationale, et que l’on peut voir aujourd’hui au Musée de Sèvres ; il est signé en toutes lettres : Ollivier, F* Antoine, Paris.

Saint-Cloud produisit aussi des faïences qui, comme celles de Paris, procèdent de l’imitation rouennaise. On ne peut guère affirmer, faute de preuves suffisantes, l’existence de diverses fabriques; il est toutefois certain

qu’il y eut plusieurs phases bien distinctes dans la production de ces faïences. C’est cà Saint-Cloud, en effet, qu’un habile céramiste, Chicaneau, fabriqua non pas peut-être la

première porcelaine tendre, — l’iionneur de cette découverte doit être attribué àPoterat, de Rouen, — mais établit la première manufacture importante de cette por-

Faïence de Sceaux. — Soupière. — Dessin d’Édouard Garnier.

celame aujourd’hui si recherchée. Or, des documents officiels datant de la fin du dix-septième siècle prouvent ïjue Chicaneau, avant de faire de la porcelaine, était fabricant de faïence, et c est à cette époque, ou quelques années après, qu il faut faire remonter les rares pièces que possèdent nos collections , et dont l’assiette donnée par M. Edouard Fleury au Musée de Sèvres est un des types les plus parfaits. Cette assiette, d’une très-belle ornementation originale, quoique rappelant la disposition des

décors rouennais, est marquée c’est-à-dire Saint-

Cloud, Troit. Ce dernier nom est celui du successeur de Chicaneau dont il avait épousé la veuve ; il marquait éo-alement ainsi les porcelaines qui portaient de sa manufcicfcure.

Que la fabrication ait dégénéré ou qu’une ou plusieurs autres manufactures se soient établies à Saint-Cloud, nous ne pouvons rien affirmer encore ; ce qui est positif’ c’est que les produits aussi parfaits que l’assiette mentionnée p us haut furent rares et firent place bientôt à une faïence p. us lourde, plus grossière, mais conservant néanmoins une certaine originalité dans son décor, emprunté à Rouen et peint en bleu un peu foncé entouré d’un trait noir

On paraît surtout avoir fait à Saint-Cloud des faïences üur commande, rappelant, outre les inscriptions dont elles étaient chargées et qui donnaient les noms des destinataires, la profession de ces derniers par la figuration des outils dont ils se servaient. Le saladier que nous repro-

duisons, destiné à un chirurgien du régiment des Suisses, en est un des plus curieux spécimens ; on retrouve éga-

Faïence de Sceaux. — Assiette.

lement sur plusieurs pièces les outils des vignerons, des tonneliers, des charpentiers, etc.

C’est aussi à Saint-Cloud que l’on fabriquait la poterie destinée aux résidences royales. Nous donnons le dessin d’un pot-poimi (*) fait pour Triauon et marqué d’un T; d’autres pièces sont marquées d’un C (Chantilly) ou de trois couronnes royales. On ne sait rien de certain sur l’époque où cessa la fabrication des faïences à Saint- Cloud.

Parmi les autres manufactures des environs de Paris, nous citerons seulement celle de Sceaux, fondée au milieu du siècle dernier et qui subsiste encore aujourd’hui. Placée sous la protection de la duchesse du Maine, et plus tard sous celle du duc de Penthiévre, grand amiral de France, cette manufacture, dirigée d’abord par Chapelle, démonstrateur en chimie et membre de Y Académie royale des sciences, et ensuite par Richard Glot, sculpteur habile, produisit des faïences extrêmement remarquables, d’une pâte fine enrichie de moulures et de reliefs, et décorées avec beaucoup d’art de figures et d’arabesques rehaussées d’or. La petite soupière oblongue et l’assiette dont nous donnons les dessins sont certainement deux des produits les plus élégants et les mieux réussis, de cette fabrication exceptionnelle.

Glot, qui avait eu l’honneur d’être choisi par tous les industriels ses confrères pour présenter à l’Assemblée nationale leurs doléances au sujet du traité de commerce conclu entre la France et l’Angleterre quelques années auparavant, traité qui avait porté un coup si fatal à l’industrie céramique, céda, en 1794, la manufacture de Sceaux à Antoine Cabaret; mais avec lui cessa la période de production artistique : on ne fit plus que très-peu de faïences décorées, et bientôt même on suspendit entièrement cette fabrication pour ne plus livrer au commerce que des faïences blanches usuelles.

Sceaux a marqué ses produits de Yancre du duc de Penthiévre, et aussi du mot Sceaux, imprimé en bleu à la vignette et accompagné ou non de l’ancre.

La suite à une autre livraison.

THOMAS ARNOLD

Suite. — Voy. p. 214., 258, 297.

Effrayé d’une liberté qui, à Rugby, lorsqu’il y arriva, touchait à la licence , Arnold pensa d’abord à changer le système, révolution hasardeuse et d’un succès douteux. Des enfants d’âges divers, abandonnés à eux-mêmes une grande partie du jour, formant une société indépendante, exerçaient nét^ssairement les uns sur les autres une influence autrement puissante que ne pouvait l’être celle des maîtres, eussent-ils été dix fois plus nombreux. En présence de droits établis par l’usage, revendiqués par les élèves, il résolut de faire de l’ebslacle un moyen. Pour extirper le mal à sa racine, il était nécessaire d’élever le niveau moral, d’opposer à l’affectation d’une fausse virilité un mâle courage, de remettre en honneur ce qu’on vilipendait , d’établir nettement les marques distinctives du bien et du mal. Le docteur était soutenu par le désir d’introduire de nobles principes d’action dans des régions où ils n’avaient pas encore pénétré. De là sa coutume de traiter les jeunes gens en êtres raisonnables et responsables, leur apprenant à se respecter par le respect qu’il leur montrait, en appelant à leur conscience et s’en remettait à elle. Le mensonge était, honni et puni sévèrement comme une des plus graves fautes. Si le menteur persistait, il étai

(9 On désignait sous le nom de pot-pourri un vase percé de trous destinés à recevoir des tiges de fleurs d’essences et d’odeurs différentes ; l’extrémité de ces tiges était soit trempée dans de l’eau , soit , le plus souvent, enfoncée dans du sable fin humide.

chassé de l’école. Toujours sur l’éveil contre ce vice corrupteur, le principal réprimait à l’instant toute tentative d’excuse, toute assertion persistante. « Vous le dites, cela suffit; je vous crois. » Il en résultait un sentiment général qui se traduisait ainsi : « Ce serait une grande honte de mentir au docteur; il nous croit toujours. » Quand il parlait aux élèves réunis, soit le matin pour la prière, soit dans les cas particuliers qui exigeaient sa présence, il exprimait sa satisfaction d’être à la tête d’une école où dominait la droiture. Il insistait sur la foi qu’il avait dans l’honneur des élèves et sur la bassesse qu’il y aurait à en abuser. Cependant un jour de sérieux mécontentement, il disait ;

« Est-ce là une maison chrétienne? S’il me faut gouverner par la contrainte et par la force, s’il me faut descendre au rôle de geôlier, je donne sur-le-champ ma démission ! »

On savait que ce n’était pas une vaine menace, et la crainte de le perdre faisait rentrer les plus mutins dans l’ordre.

Il relégua autant que possible les punitions corporelles sur l’arrière-plan, sans cependant les abolir. « On doit rougir de la faute, non du châtiment; c’est une expiation qui, noblement acceptée, n’a rien qui avilisse. »

La sixième classe {’), composée de trente élèves, les aînés de l’école et les plus instruits, offrant par leurs progrès les meilleures garanties comme application et comme caractère , devint la base sur laquelle il appuya son système de réforme. Centre de cette jeunesse intelligente et mobile qu’il enseignait directement, il l’eut bientôt formée à son image ; il la groupa autour de lui, la logea dans son intérieur,, et en tira les préfets (monitors et præpositors) , auxquels il délégua une large part d’autorité, moyen efficace de créer le respect pour la supériorité morale et intellectuelle. Il s’efforça de leur faire comprendre qu’ils étalent ses aides et ses collaborateurs dans la grande tâche qu’il avait entreprise; qu’ils avaient, ainsi que lui, une' haute responsabilité et un profond intérêt à la prospérité réelle de l’école. «Vous devez, leur disait-il, vous considérer comme l’état-major de l’armée, dont la moindre défaillance serait une lâcheté. Tant que j’aurai confiance dans la sixième, il n’y a pas de poste en Angleterre que je voulusse échanger contre le mien. »

Nommé chapelain sur sa demande, il renonça aux honoraires de ce grade. Principal de l’école, professeur de la classe supérieure , pasteur à la chapelle , il s’empara de toutes les sources d’influence ; mais les plus fécondes étaient sa vie, son caractère, sa foi évangélique. Ses allocutions, le dimanche, aux élèves assemblés, ne duraient qu’un quart d’heure, vingt minutes au plus. « Il est difficile )) , dit son éloquent et érudit biographe, Arthur Stanley, doyen de Westminster, ancien élève de Rugby, « de décrire l’attentien que prêtaient à ses discours les plus jeunes et les plus vieux élèves. Rien des années se sont écoulées f depuis, et beaucoup d’entre eux ne peuvent rien retrouver j\ dans leurs souvenirs qui leur ait laissé une impression î aussi profonde, aussi durable, que ces courtes conférences, j ' pendant lesquelles, assis devant la chaire, les yeux fixés sur le maître , on aspirait pour ainsi dire chacune de ses paroles. » C’est qu’elles étaient animées d’un souffle vivifiant. Il avait l’art d’enflammer les âmes pour l’idéal du devoir.

Les professeurs lui étaient aussi de précieux auxiliaires.

Il avait relevé leur dignité en les appelant à faire partie d’un conseil où il les consultait sur certains points de discipline, sur certaines parties de l’enseignement, les laistsant libres de donner leur avis, de proposer les mesures qu’ils jugeaient utiles, pourvu qu’elles ne fussent pas en ; opposition avec le principe fondamental de l’école. Il leur ,

(9 C’est la première de nos lycées.

ménageait du temps pour lire et se perfeotiomier, toujours dans l’intérêt de l’institution. Préoccupé de la modicité du salaire, il attribua exclusivement aux maîtres les plus dignes le privilège de recevoir chez eux des élèves, dont le nombre et la pension étaient réglés par lui. Il abolissait en même temps la coutume qui s’était introduite parmi les professeurs ecclésiastiques d’adjoindre à leurs chaires le service de cures paroissiales. Devenus pasteurs du jeune troupeau confié à leurs soins, ils lui devaient protection, affection, dévouement; et, sous l’inspiration du principal, ils le dirigeaient dans la voie qu’il avait tracée. L’école s'incarnait ainsi dans l’homme; Puigby, c’était Arnold.

Les honneurs universitaires de ses élèves furent considérables, et dépassèrent ceux des autres écoles. Il en était bien aise, mais n’y attachait pas une importance excessive. Il veillait à ce qu’on n’en fit pas le but de l’éducation. J1 revenait souvent sur les curieuses alternatives d’intelligence et d’incapacité qui, chez les jeunes gens, semblent défier tout calcul et tout effort humain. Un piorheur était toujours encouragé par lui. Une fois, à Laneham, il se départit de cette règle, et, perdant patience, il parla sévèrement à un travailleur un peu obtus. L’écolier, tout surpris, le regarda et lui dit : « Pourquoi vous fâchez-vous. Monsieur? En vérité, je fais ce que je peux. » Revenant là-dessus, longtemps après : « Je ne crois pas, disait-il, avoir de ma vie été plus confus; je n’ai jamais oublié ce regard et ces mots. »

Quant à la direction intellectuelle, il fut le premier maître anglais qui, dans les écoles publiques, attira l’attention sur la valeur historique, politique et philosophique de 1 étude des langues vivantes. Il l’introduisit à Rugby, en mêine temps que l’histoire moderne et les mathématiques; innovations qui furent louées et blâmées avec exagération. Il donna une grande impulsion aux lectures variées, au goût des élèves pour la géologie, et pour la science en général, sans cependant surcharger les programmes.

Toutes les semaines, il consacrait deux jours à entendre 1 une après l’autre chaque classe. Ces examens généraux excitaient chez tous les écoliers un vif intérêt; ils étaient trappes de la façon dont l’examinateur tirait d’eux tout ce qu ils savaient et les obligeait à s’en rendre compte; mais la sixième resta surtout l’objet de sa prédilection. Ceux qui y ont passé ont encore présents son regard, lorsque, avant de commencer, il parcourait des yeux le cercle, son attitude ferme et douce, l’accent aimable et gai du « merci » qui suivait une réponse heureuse, la sévérité de sa physionomie lorsque, levant ses majestueux sourcils, il disait; «asseyez-vous, » aux moins prompts, aux moins zélés.

Sa méthode consistait à éveiller l’intelligence de chacun en particulier. De là son habitude d’enseigner en questionnant. Règle générale : il ne donnait jamais d’informations qu’en récompense d’une bonne réponse. Ses explications étaient lucides et courtes, juste assez pour résoudre la difficulté, pas plus. Ses questions attiraient l’attention de l’élève sur le point essentiel , et lui montraient l’exacte limite de ce qu’il savait ou ne savait pas.

A mesure qu’ils avançaient, il cultivait chez tous l’habitude de recueillir les faits, de les exprimer avec clarté, de les comparer entre eux, d’en dégager les principes et les conséquences. «Vous venez ici, leur disait-il, non pour lire, mais pour apprendre comment il faut lire. »

Il travaillait avec sa classe, prenant autant d’intérêt que les élèves à chercher et à trouver le sens d’un passage obscur; 1 important était qu’ils se formassent une opinion personnelle. Les exercices de composition étaient toujours choisis de manière à présenter une idée claire du

■sujet à traiter. Au lieu du thème banal Virtus est hona res, il donnait à faire des descriptions historiq;ies ou géographiques, des lettres imaginaires, des recherches étymologiques sur les mots, des appréciations de textes latins. Il excellait à prêter aux sujets religieux une forme saisissante. «Dans ses commentaires de l’Évangile, on sentait qu’il y cherchait la règle de sa vie, et qu’il s’y conformait. »

Ne faisant jamais parade de son savoir, qui était grand, il n’y avait recours que pour instruire. Rencontrait-il une difficulté, il confessait scm ignorance. Il en appelait, poulies langues étrangères et les mathématiques, aux élèves qu il savait être plus habiles que lui dans ces études spéciales. Il traduisait, avec une rare élégance, à la lecture, les passages des^uteurs grecs et latins. C’était, selon lui, la meilleure manière de se familiariser avec l’esprit des anciens. Il exigeait aussi que les traductions fussent faites dans le style qui convenait le mieux à l’époque et au sujet. Les élèves se rappellent la précision avec laquelle chaque nuance du sens était rendue. Il évoquait non-seulement le langage, mais l’auteur et le siècle. 11 avait mis Tibulle et Properce à l’index, comme poètes secondaires et lectures inutiles pour le moins; mais il disait d’Homère que c’était une source intarissable de beautés et de délices. En histoire moderne, il se montrait difficile, et faisait du livre qu’il choisissait un texte à observations, y rattachant d’autres lectures ou des réminiscences historiques. Lors d’un examen général, il questionnait les élèves sur les principaux événements de la quinzième ou vingtième année de deux ou trois siècles successifs, afin que les jeunes gens pussent rapprocher et comparer les ressemblances et les différences de l’état de l’Europe à une époque donnée.

Il insistait sur les rapprochements à faire entre les traits de vertu et l’esprit du christianisme, et par contre entre le paganisme et ses fruits de licence et de cruauté. Après avoir lu dans les écritures une description du monde des Gentils, il ouvrait les Satires d’Horace et disait : « Maintenant, nous allons voir ce qu’était ce monde et ce qui s’y passait. » La suite à une prochaine livraison.

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