‹ Magasin pittoresque (volume 2)Chapitre 301 sur 712 · LE MOLOCH · texte numérisé non relu

LE MOLOCH

Dans la classe des reptiles, si riche enfermes étranges et en types singuliers, il n’est pas à coup sûr d’être plus bizarre que celui que les colons d’Australie désignent sous le nom de spiny devil ou de diable épineux.

Que l’on se ligure un être d’aspect vraiment formidable

Le Molocli ou diable épineux, reptile d’Australie. — Dessin de Mesnel.

et tout hérissé de pointes aiguës ; les yeux sont surmontés de deux grandes et fortes épines qui simulent une paire de cornes; le cou est entouré d’un collier de pointes, et sur la nuque s élève une protubérance volumineuse, de forme presque sphérique, recouverte elle-même d’aiguillons acérés, dont deux l’emportent sur les autres par leurs dimensions; le tronc, la queue, les membres, sort revêtus d’écailles granuleuses entremêlées de piquants disposes en senes longitudinales et régulières. Toutes les écaillés du dos sont elles-mêmes légèrement bombées, et chacune d’elles,vue à la loupe, ressemble à une mûre dont les parties saillantes seraient surmontées d’une pointe épineuse aiguë et déliée. Puis, le long du corps, depuis la protubérance verticale jusqu’à l’extrémité de la queue, deux rangées de grandes épines; en dehors de ces séries, quatre autres rangs de pointes sont parallèlement disposés, les deux rangées les plus inférieures garnissant les flancs. Le corps est ainsi revêtu en dessus, non-seulement de séries longitudinales, mais encore de bandes transversales de grandes écailles épineuses, dont celles des côtés sont les plus longues. Les membres sont armés en dessus de trois ou de quatre rangées régulières de pointes semblables à celles du corps. En dessous, l’animal est bien moins protégé. L on n y voit, en effet, entremêlées aux écailles gra-

nuleuses, que des scutelles garnies d’une carène saillante se relevant en pointe mousse dans sa partie postérieure.

Le moloch, tel est le nom scientifique du diable épineux des colons d’Australie, le moloch est d’un brun tirant sur le rouge. De chaque côté du cou s’étend une tache noire qui se prolonge sur la saillie cervicale et descend plus bas que l’épaule. Sur le dos, à droite comme à gauche, se voit une tache large et irrégulière, suivie elle-même de deux taches allongées; toutes ces taches, d’un noir profond, ne sont séparées de celles du côté opposé que par un étroit espace brunâtre. Le milieu et les côtés de la queue, ainsi que les flancs, sont irrégulièrement mouchetés de noir, tandis que les membres sont ornés de larges bandes obliques de même couleur. Le dessous du corps porte des taches rougeâtres bordées d’une ligne sombre.

Ces couleurs sont celles de l’animal au repos ou en captivité. Tout autres sont, en effet, les teintes que peut revêtir le moloch vivant en liberté; commeTe caméléon, il a a propriété de changer de couleur et de s’harmoniser avec la nuance des objets qui l’entourent.

D’après la description que nous venons de donner, le lecteur pourrait penser que cet animal, hérissé de toutes parts de pointes acérées, est un reptile de mœurs farouches. Mais le moloch est de petite taille ; il atteim au

plus dix-huit centimètres. Sa nourriture se compose presque exclusivement de fourmis qu’il poursuit avec agilité dans les régions sablonneuses. Un seul terrier sert de. demeure à trois ou quatre d’entre eux qui ont l’habitude de s’y retirer et d’où ils ne sortent que la nuit pour se mettre en quête d’une proie. Dans ces trous, creusés au milieu du sable, la femelle pond quelques œufs de la grosseur de ceux du passereau.

LE RAJAH KURRNA.

ANECDOTE

Dans l’ère de Krishna vivait un rajah nommé Kurrna, qui, chaque matin, avant de rompre le jeûne, distribuait en aumônes une somme de 2 400 pièces d’or.

11 fut tué dans une bataille , et, en récompense de ses bonnes œuvres, il entra dans le Paradis.

Là, il vit des montagnes d’or, et l’un des gardiens du séjour céleste lui dit :

— Toutes ces richesses sont à toi ; l’or que ta charité distribuait sur terre s’est multiplié dans le ciel.

Cependant le rajah avait soif et faim ; il demanda quelque aliment, et le gardien lui répondit :

— Si , lorsque tu étais dans le monde des humains , tu avais donné à boire et à manger à ceux qui avaient soif et qui avaient faim, tout ce que tu aurais donné se serait centuplé ici comme ton or. As-tu jamais fait une charité de cette nature?

Après y avoir gravement songé, le rajah dit ;

— Je me rappelle qu’un jour, tandis qu’un de mes voisins donnait à dîner aux brahmes , un pauvre homme affamé vint à moi et me demanda dans quelle maison était préparé le banquet ; je la lui indiquai du bout du doigt.

— Pour une telle œuvre, reprit le gardien, tu recevras une récompense. Mets dans ta bouche le doigt qui a donné une indication à ce pauvre homme : ta faim et ta soif seront apaisées.

Le rajah se dit alors :

— Si pour avoir seulement du bout du doigt montré un refuge à un malheureux je suis ainsi rémunéré , quelle sera la récompense de celui qui aura fait asseoir les brahmes à sa table? (‘)

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