‹ Magasin pittoresque (volume 2)Chapitre 306 sur 712 · BONNETS ET CHAPEAUX · texte numérisé non relu

BONNETS ET CHAPEAUX

Exposition historique du costume (1874). — Bonnets et chapeaux. — Dessin de Sellier.

. L anachronisme, témoignage de l’ignorance ou du moins de 1 extrême légèreté, inexcusable aujourd’hui chez un écrivain, a été à peu près constamment accepté, autrefois surtout, dans les œuvres de peinture; exemples, les tableaux d histoire religieuse et profane des illustres maîtres de toutes les écoles du quatorzième au dix-huitième siècle.

Erreur involontaire ou fantaisie voulue, les plus [iré- 'lùME XLIII, — Novembre 187.ô

deux documents pour l’histoire du costume nous sont fournis par le rapprochement forcé de deux époques distinctes, qui nous montre les personnages d’une scène biblique ou d’un fait de l’antiquité vêtus comme les contemporains, compatriotes de l’artiste.

Tout en reconnaissant l’importance des services que les peintres inodernes doivent aux anaclironisrnes des maîtres

anciens, il nous semble nécessaire de faire observer que cette confusion des temps et de la mode ne saurait être tolérée de nos jours, où nous possédons tant de moyens d’information exacte pour l’étude du pittoresque chez tous les peuples et dans tous les âges.

S’il existait encore de nombreuses et regrettables lacunes pour que cette étude pût être complète , on peut dire que beaucoup ont été comblées en 187-1 par l’intéressante Exposition de l’Union centrale des beaux-arts appliqués à l’industrie.

Le zèle éclairé des membres de la commission exécutive , généreusement secondé par l’obligeance des exposants, au nombre de trois cents environ, a permis de réunir dans ce Musée historique du costume les pièces les plus rares et même des exemplaires uniques dus aux laborieuses recherches des collectionneurs d’objets d’art et de curiosité.

Bien que toutes les parties du costume soient également dignes d’attention et d’étude, on conviendra que s’il peut être question de prééminence entre elles, c’est à la coiffure quelle appartient. Quelles que soient les variations (le la mode et la diversité d’ornements dont le goût personnel l’agrémente, elle demeure le signe distinctif, le plus apparent de l’âge, du sexe, de la condition sociale, de l’époque historique et de la nationalité du sujet dont elle protège la boîte crânienne. Ainsi les yeux des moins intelligents saisiront la différence qui existe entre le béguin de l’enfant au berceau et le bonnet enrubanné de la fillette, de même qu’entre la coiffe de la religieuse et le capuchon du moine ; ils ne confondront pas davantage le chapeau galonné du valet et celui de son maître, le chaperon de la noblesse du moyen âge et le bonnet à poil d’un grenadier du premier empire , le turban du mufti musulman avec la mître de l’évêque chrétien.

Ceci posé , il nous reste à parler de quelques curieux spécimens de coiffufe gravés d’après les modèles en nature exposés dans le Musée historique du costume.

Les numéros 1 et 3 sont des bonnets d’enfant à fleurs brochées et brodés d’or et d’argent, travail de l’époque de Louis XIV ; le premier appartient à M. Périlleux, le second à M. Pascal. Ont-ils atteint l’âge d’homme et laissé d’eux un souvenir, ceux qu’abritaient ces riches coiffures? Question insoluble, mais qu’on ne peut s’empêcher de s’adresser à la vue de ces petits bonnets d’enfant sous lesquels on voudrait écrire un nom, afin de suivre par la pensée la destinée de ceux à qui ils ont appartenu.

On doit le numéro 2 à M. Bauer, dont le nom se retrouvait dans plusieurs parties de l’Exposition. C’est la coiffure d’un coureur anglais du dix-huitième siècle; elle est en drap rouge et porte-au milieu de ses divers ornements la devise de l’ordre de la Jarretière brodée en or et en argent.

Auquel des vingt-cinq chevaliers de l’ordre fondé par Édôuard III, enl350, a-t-il appartenu, l’homme qui ornait son chef de ce somptueux bonnet? Peut-être précédait-il l’équipage de Georges III, le jour où cet implacable ennemi de la France vit une foule de citoyens anglais, partisans de notre révolution, entourer son carrosse en criant ; « Du pain ! la paix ! A bas Pitt ! A bas Georges ! »

C’est du riche cabinet de M. le baron Schwiter que le numéro 4 a été tiré ; il offre aux méditations des lingères brodeuses de notre époque le modèle d’un bonnet de nuit du dix-septième siècle ; quatre pointes de toile blanche à dessins piqués sont réunies au sommet par des rubans de couleur. Le roi d’Yvetot, de pacifique mémoire, se coiffait pour dormir moins élégamment que les riches bourgeois du temps de Louis XIV.

M. le baron Davillier a exposé le curieux exemplaire

qui porte le numéro 5. C’est un bonnet de mariage vénitien du dix-huitième siècle. Les emblèmes qui ornent la coiffe ovoïde tronquée à'ia base sont brodés en soies de couleur. On lirait tout un poème sur ce bonnet, où l’amour couronné a pour pendant le symbole 'des devoirs de la paternité. Les rinceaux du bord relevé qui figure des deux côtés les proues accouplées d’une colonne rostrale, se détachent en relief par une broderie d’or et d’argent.

Le numéro 6, dû à M. Oppenheim, nous montre comment se coiffaient au dix-septième siècle les bourgmestres flamands. Le chapeau est en soie plissée, orné d’un chou de même étoffe. Il faudrait s’incliner devant lui si l’o-n pouvait apprendre qu’il a eu pour possesseur l’un de ces courageux magistrats dont la résistance aux oppresseurs de son pays fonda la liberté des Flandres.

Dans son vingt-septième volume (année 1859), le Magasin pittoresque a mis sous les yeux de *ses lecteurs quelques-unes de ces élégantes et riches coiffures à ornements de métal qui font l’orgueil de la Hollande méridionale et de la- Frise. L’exposition de l’Union centrale doit â M. Orville la coiffure frisonne composée de deux coquilles d’argent que nous reproduisons sous le numéro 7 de notre gravure. Le numéro 8 est la reproduction d’un bonnet vénitien en velours brodé, dont l’époque n’a pas été indiquée.

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