‹ Magasin pittoresque (volume 2)Chapitre 307 sur 712 · ENTRE AMIS · texte numérisé non relu

ENTRE AMIS

A. .. — En n’acceptant pas le service que tu m’offres, c’est notre amitié elle-même que je crois sauvegarder. L’amitié vit d’égalité; elle, périclite grandement si l’équilibre est une fois rompu, si d’un côté ou de l’autre on est dans l’impuissance de s’acquitter. Je te l’avoue sans honte, si j’étais ton'obligé, je me sentirais moins ton ami. Je suis capable, certes, de reconnaissance, et j’estime la reconnaissance ce quelle vaut; mais combien je mets au-dessus d’elle l’amitié aux libres élans, l’amitié qui se donne et qui ne se doit pas!...

B. .. — Je ne laisserai point passer sans y répondre tes étranges doctrines sur l’amitié. Elle vit d’égalité, me dis-tu, je te l’accorde; mais, moi, j’entends cette égalité qui est dans le cœur, j’entends une parfaite communauté d’affections, un élan semblable pour l’assistance, le sacrifice, le dévouement à là vie et à la mort en faveur de celui qu’on aime. Qu’importent, à côté de cela, deS conditions inégales dans les moyens matériels à la portée de l’un ou de l’autre? Que parles-tu d’obligations, de reconnaissance? Deux vrais amis sont toujours quittes entre eux. Ce que l’un fait , l’autre eût voulu le faire ; et il y a au moins autant de générosité chez celui qui accepte le service offert que chez celui qui l’offre. L’amitié, c’est cela; ou bien c’est un grand mot qui ne recouvre qu’une pauvre chose.

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