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CISEAUX PERSANS

B'ERNARDINO LÜINI

La Madone des Roses, tableau de Bernardino

La biographie de Luini est des plus obscures : on le fait naître, mais sans preuve positive, vers 1460, à Luino, riant \illage du lac Majeur. Cette indication d’origine n’a d autre base jusqu’à présent qu’une similitude de nom, et ce nom varie souvent, de Luino ou Luini, ce qui est tout un, en Lovino ; Vasari le transforme même en Bernardino del Lupino dans les trop courtes lignes qu’il co'nsacre incidemment au peintre lombard, à la fin des Vies deLorenzotto, du Boccacino et de Beavenuto Garofolo. — L’incertitude sur 1 époque de sa mort est la même. Luini n’est guère mentionné dans l’histoire qu’à propos d’une aventure romanesque dont il aurait été le héros peu après la grande peste de lo24. — C’est donc à l’aide de ses œuvres innombrables qu’il faut apprécier cette existence Tome XLlll. — üéce.\ibke 1875.

Luini, à Lepano. — Dessin de Clievignard .

mal connue ; deux mots semblent aevoir la résumer : travail incessant, amour sincère de l’art.

L’influence de Léonard de Vinci sur la manière de Luini est incontestable. Bernardino ne reçut pourtant jamais ses enseignements, du moins d’une façon directe et à titre de disciple ; mais il partageait l’enthousiasme excité par l’illustre fondateur de l’Académie de Milan, ‘et l’on sait de tradition qu’il recueillait avec un soin filial ses esquisses et sesmoindrescroquis. La sfumatezza léonardesque apparaît surtout dans ses tableaux de chevalet exécutés à l’huile ; la Madone des Roses, du musée Brera, rentre dans cette catégorie.

Quand il emploie la fresque, le peintre, tout en gardant la môme douceur pénétrante, se montre davantage ce qu’il

est, un vaillant artiste, prêt cà toutes les tâches, ne reculant devant aucune entreprise, si vaste soit-elle; nomade, mais dans le rayon étroit de sa province, qu’il couvre de ses productions avec une telle abondance qu’il n’est guère de • ville lombarde, de monastère du pied des Alpes, sans Madone de Luini. — Il déploie alors des qualités exceptionnelles de clarté dans l’ordonnance, de dignité tranquille, et surtout cette vive compréhension de la beauté féminine et des souplesses de l’enfance qui l’a fait appeler le peintre suave par excellence. — A Milan, devant la décoration de la double église du monasterio Maggiore; • — à Sarono, dans le sanctuaire où il lutte avec Gaudenzio Farrari, 1525 ; — à Lugano, en présence de l’immense Crucifiement de Santa-Maria-degli-Angeli, 1530; — on s’exclame comme à l’aspect de découvertes inopinées, et l’on comprend difficilement le rang secondaire où les historiens de l’art ont confiné Luini.

Peut-être, en appelant de l’arrêt, faut-il reconnaître qu’une exécution hâtive nuit parfois à ces oeuvres; leur correction n’est pas toujours irréprochable ; mais comment ne pas savoir gré au peintre d’avoir évité l’emphase et d’avoir conservé avec la foi des vieux maîtres leur naïveté touchante, alors que, partout ailleurs, l’art inclinait déjà vers un paganisme de surface et la convention d’école? — Nous citerons à l’appui de notre dire, non plus une fresque, mais le grand tableau du maître-autel de l’église San- Magno, à Legnano (').

Dans cette œuvre peu connue des touristes étrangers, l’artiste a traité le thème favori de la Renaissance. La Vierge, tenant l’enfant Jésus, est assise sur un trône recouvert d’un baldaquin; des anges l’entourent et jouent de divers instruments; d’autres s’élancent en adoration; quatre grandes figures d’apôtres et de saints prélats servent de complément à la composition centrale, supportée par une pradella, tandis qu’au sommet, suivant la disposition usitée à cette époque, le Père éternel contemple et bénit le groupe divin.

Nous recommandons à ceux de nos lecteurs assez heureux pour visiter l’Italie de s’arrêter à Legnano. En ce coin retiré du Milanais brille un des plus radieux chefsd’œuvre de la peinture, et certainement la perle de Luini.

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