‹ Magasin pittoresque (volume 2)Chapitre 333 sur 712 · PRÈS DE FA VERGES (HAUTE -SAVOIE · texte numérisé non relu

PRÈS DE FA VERGES (HAUTE -SAVOIE

Poi'le de réglise de l’abbaye de Tamié (’). —

Tamié est le nom que l’on donne depuis une époque très-reculée à une gorge étroite située sqj la chaîne secondaire des Alpes Pennines, entre Faverges, Albertville et Grésy f).

Ce défilé, qui s’étend sur une lieue de longueur, était couvert au moyen âge de forêts épaisses , au milieu desquelles serpentait un chemin presque impraticable. Les

(*) Cette porte, en chêne, s’ouvre sur un angle du cloître. Un des anciens possesseurs de l’édifice a eu la malheureuse idée de la faire peindre en nom.

P) Dans les plus anciens titres , Tamié est toujours appelé Stamedei, et quelques auteurs ont prétendu que ce nom est une contraction des deux mots sancti Amedæi, qui rappelaient un ancien édifice reliçeux dédié à saint Amédée. Mais il paraît plus naturel de chercher létyrnologie dans la position de Tamié, situé entre deux montagnes, aux limites de quatre anciennes provinces (la Savoie, le Genévois, laT^entaise et la Maurienne). Siat medium (situé au milieu) serait ainsi l’origine de nom latin de Tamié.

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D’après un dessin d’un religieux de l’abbaye.

neiges s’y amoncelaient l’hiver; la tourmente y régnait une partie de l’année. Cependant le col de Tamié était trèsfréquenté à cause des relations commerciales de Genève avec le Piémont, et du mauvais état de la route qui conduisait à la ville de l’Hôpital. Toutefois, il n’était pas sans danger de la suivre : le peuple l’appelait le Coupe-^ Gorge, parce que, durant la bellë saison, ce lieu sauvage' devenait un repaire de voleurs qu’attirait l’espoir de riches aubaines. Le comte Amédée III fit pratiquer des éclaircies dans l’épaisseur de la forêt; la route fut alors rendue praticable, et on pendit quelques brigands aux arbres qui la bordaient.

Dans la première moitié du douzième siècle, vers 1132, saint Pierre de Tarentaise et les seigneurs de Chevron avaient fondé au milieu de ce désert un monastère de l’ordre de Cîteaux.

Il fallait tout créer dans ce vallon resserré et sauvage,

où l’on ne trouvait pas même un abri contre 1 inclémence des saisons. On y appela d’abord quelques religieux ^t on les mit sous la direction d’un jeune homme qui avait fait à Bonnevaux l’apprentissage de la vie monastique ; d’autres frères vinrent se joindre à eux et complétèrent le nombre de douze fixé par saint Benoît pour la fondation d’une abbaye.

Les premières constructions de Tamié furent sans doute formées de branches d’arbres, comme ces cabanes de bûcherons que l’on rencontre dans l’épaisseur des forêts. Les Cisterciens n’avaient pour vaisselle que des vases en terre cuite et des tasses de bois. Leurs ornements sacerdotaux étaient de lin ou de futaine ; ils creusaient leurs stalles dans des troncs d’arbres. Ils portaient une tunique de grosse laine blanche, recouverte d’un long scapulaire noir et serrée d’une ceinture de cuir ; les vêtements des frères convers étaient de couleur brune ; l’abstinence d’aliments gras était perpétuelle ; ils ne vivaient que de racines et^ de légumes cuits à l’eau et au sel. Leur couche consistait en un grabat où ils se jetaient tout habillés ; ils observaient rigoureusement le silence et partageaient leur temps entre la prière et le travail des mains. En un mot, ils réalisaient dans toute sa sévérité le type monastique dont saint Benoît a tracé les caractères dans ses Constitutions.

Les donations faites à Tamié de 1132 à la fin du douzième siècle par les comtes de Genévois, le prince de Graisivaudan , les Dauphins de Viennois , les évêques des diocèses voisins et autres, enrichirent rapidement l’abhaye de Tamié.

Le vallon de Tamié ne tarda pas à se transformer. Il était couvert de bois dans sa plus grande étendue. Un torrent en traversait la partie inférieure; mais les eaux, n’ayant pas un libre cours, avaient transformé en marais la moitié de ce bassin et produisaient des éboulements aux endroits où la pente' était trop rapide. Les Cisterciens abattirent les bois. inutiles, tracèrent des routes et pratiquèrent des canaux dans les bas-fonds. Les sources découlant des forêts et les eaux pluviales se concentrèrent dans des étangs dont un seul subsiste encore.

Les religieux comptaient dans leurs rangs quelques membres des illustres familles de la contrée ; Louis et Godefroi de Mercury, Âmédée de Gémilly et Hugues de Montraélian, avaient échangé la cotte de mailles contre la bure de Cîteaux, etl’épée contre la bêche. Cesjeunes seigneurs fendaient du bois , transportaient de la terre sur les rochers stériles, creusaient des tranchées ou élevaient des constructions au milieu du plus rigoureux silence. Quand le temps de la moisson arrivait, ils sciaient eux- mômes leurs blés. Voici comment on a décrit les travaux de défrichement des Cisterciens (‘) ;

« L’abbé , tenant une croix de bois d’une main et de l’autre un bénitier, précédait les travailleurs. Arrivé au milieu des broussailles, il y plantait la croix, comme pour prendre possession de cette terre vierge au nom de Jésus- Christ. Il faisait tout alentour une aspersion d’eau bénite; puis, s’armant de la cognée, il abattait quelques arbustes ; ensuite tous les moines se mettaient à l’œuvre, et ils ouvraient une clairière qui leur servait de centre et de point de départ.

» Les moines essarteurs étaient divisés en trois sections : les coupeurs (incisores), qui faisaient tomber les arbres sous les coups de la hache; les extirpateurs (extirpatores), occupés à déraciner les souches ; les brûleurs {mcentores), qui réunissaient tous les débris pour les livrer aux flammes, armés de fourgons ou longues perches [furgones), avec lesquels ils soulevaient les tisons pour rallumer le feu. »

Grâce à cette ardeur de travail et aux libéralités crois-

(*) Dubois, Histoire de Vnhhaye de Mnrimond.

santés de sffs protecteurs, le monastère devint un domaine de plus en plus considérable. Il eut non-seulement des métairies, des granges, des moulins, des pressoirs, mais aussi des fonderies. Le droit de pâturage accordé à l’abbaye dès sa fondation , et qui s’étendait sur une grande . partie de la Savoie, permit à Tamié d’élever une quantité considérable de bêtes à cornes, de mulets et de pourceaux. Pendant la belle saison , ces animaux étaient parqués sur les hautes montagnes, et on les vendait à l’automne. Les produits des porcheries de Tamié avaient surtout acquis en Savoie et en France une grande réputation.

On a dit que le douzième siècle avait été l’âge d’or pour l’ordre de Cîteaux (') ; on y observait avec ferveur la règle de saint Benoît, et les moines n’avaient rien tant à cœur que de passer leur vie dans l’obscurité, appliqués seulement à la prière et au travail des mains. Les religieux restaient absolument étrangers aux affaires du siècle. Mais, insensiblement, à cette simplicité primitive succédèrent un amour du bien-être et des vues ambitieuses qui menacèrent le monastère de décadence et de ruine.

Les abbés se mêlèrent aux intrigues politiques, et plusieurs d’entre eux ne menèrent qu’une vie mondaine. On en cite, pour exemple, Jacques-François de Chevron, qui, à la fin du quinzième siècle, cessa absolument de résider au monastère ; il en confia l’administration à Guillaume Royer, professeur de droit et chanoine de Tarentaise. Pendant une partie de Tannée, Jacques-François habitait lurin ou Chambéry ; au retour de la belle saison , il venait s’installer dans une maison de plaisance appelée la Tour ou la Maison-Forte et située sur la paroisse de Plahcberine. Les gens du pays, que scandalisait la vie peu édifiante de l’abbé, avaient donné à sa résidence le nom de Tour-Gaillarde. On n’avait rien épargné pour faire de la villa de Plancherine une charmante dèmeure. On y admirait une chapelle somptueusement décorée et des appartements meublés avec un luxe princier. Des aqueducs amenaient d’une grande distance Teau nécessaire pour desservir la maison et former plusieurs bassins où .se jouaient des cygnes. Une longue allée de charmes côtoyait un jardin toujours fourni des plantesles plus rares. Duhautde la terrasse, la vue s’étendait sur la combe de Savoie, et les Alpes aux neiges éternelles formaient le fond de ce délicieux paysage. Plancherine était le rendez-vous de tous les gentilshommes du pays. A l’époque de la chasse et des vendanges, on n’entendait dans la vallée qu’aboiements de meules, fanfares et chants des joyeux invités de l’abbé.

Au reste , la papauté elle-même s’était montrée d’une grande indulgence ; AlexandreAlI, Sixte IV, avaient donné au chapitre général et aux abbés de Tordre le pouvoir de dispenser les religieux de l’abstinence de la viande, selon leur conscience et pendant tout le temps que la nécessité l’exigerait. Il en résulta une confusion générale. Quelques abbés rigides jje tenaient aucun compte de la permission, d’autres poussaient la condescendance à l’extrême.

Les disputes entre les religieux devinrent si fréquentes, que le chapitre de 1485 rendit une ordonnance en vertu de laquelle, dans tous les monastères, on servirait de la viande trois fois par semaine à un seul repas , les dimanches, mardis et jeudis, mais dans un lieu séparé' du réfectoire ordinaire.

C’est ainsi que Tordre de Cîteaux, fondé pour mettre en pratique dans toute son étendue la règle de saint Benoit, en abandonna successivement les points essentiels : le travail des mains, les veilles, et l’abstinence de tout aliment gras.

Cet état de choses dura jusqu’au dix-septième siècle, lors de la réforme connue sous le nom de TÉtroite-Obser-

(') D. le Nain, Essai sur l’ordre de CHemi.r.

vance, et qu’un certain nombre de monastères cisterciens affiliés à Clairvaiix formèrent en 1618.

Mais la réforme ne fut complète qu’en l’année 1677, où la réforme de la Trappe fut établie àTamié. M. de Rancé écrivait, le 8 octobre 1683, à l’un des religieux : « Je vous avoue que je regarde Tamié comme la Trappe, et que je vois ce que vous faites en ce pays-là comme si vous le faisiez ici. »

A cette époque, la plupart des anciennes constructions de l’abbaye tombaient en ruine. La voûte de l’église était effondrée sur plusieurs points. L’abbé de Somont dom Cornuty et son frère formèrent le projet de bâtir une nouvelle abbaye. On vivait «dans un pays et dans un temps d’une désolation presque infinie », ainsi que M. de Rancé le marquait dans ses lettres. Ces obstacles n’arrêtèrent point les réformateurs. Les religieux se mirent eux-mêmes à extraire ou tailler des blocs de pierre, à creuser les fondations, à servir les maçons. Malgré les malheurs de la guerre qui avait régné six ans entre la France et la Savoie, les lieux réguliers etl’église furentachevés en 1698.

Voici quelles étaient, en 1701, les possessions de l’abbaye : dix-neuf granges, des vignes formant une étendue d’environ 590 fosserées, des moulins rendant ensemble 142 quartes de froment ou méteil et 75 florins d’argent.

Les montagnes d’Udrison, du haut de* Seytenex, d’Orgeval et du Haut-du-Four, étaient comprises dans l’enceinte du territoire qui lui appartenait.

L’abbaye touchait chaque année de ses différentes possessions un revenu de 5 073 florins en argent ('), outre du vin et des denrées de tout genre en nature ; elle jouissait en outre du droit de pâturage sur un grand nombre de communes.

Les caves de l’abbaye renfermaient deux cents charges de vin, et ses greniers cent quarte's de froment. Au cellier de Tournon, il y avait cent quarante charges de vin, huit grandes cuves de chêne cerclées en fer, trente-neuf tonneaux tenant six charges pour la plupart, et deux grands pressoirs.

En 1710, un illustre savant, dom Marlène, bénédictin de Saint-Maur, vint en Savoie. On lit dans la relation de son voyage ; « Il est impossible de voir les religieux sans être touché de leur modestie et de leur recueillement. Cette modestie passe aux domestiques, qui gardent également le silence, se voient, et font leurs ouvrages sans se parler. Les hôtes y sont reçus avec toute la charité et la propreté possible; mais leur appartement est séparé de celui des religieux, qui ne peuvent avoir de communication avec eux.

» La grande retraite des religieux de Tamié n’empêche pas qu’ils n’aient une bibliothèque. Nous y trouvâmes même des manuscrits parmi lesquels il y a un ouvrage de Pierre Abailard. Leur char trier est le plus propre et le mieux arrangé que j’aie vu. Nous vîmes dans la sacristie une main de saint Pierre de Tarentaise, ses habits pontificaux et un morceau de la vraie croix. L’abbaye de Tamié est l’unique du diocèse, qui est très-petit. »

Dans la nuit du 2 au 3 août 1756, à deux heures moins un quart et peu de temps avant que la communauté se levât pour chanter matines, la foudre tomba avec un éclat épouvantabe sur Tabbaye de Tamié, et l’ébranla jusque dans ses fondements ; le.plomb des vitres se fondit, les- cloches et les horloges furent brisées en partie et jetées au loin avec violence. Tous les lieux réguliers, le cloître, l’infirmerie, le noviciat surtout, éprouvèrent les atteintes de ce terrible phénomène.

En 1762, l’abbé Bourbon s’appliqua à mettre par écrit les usages particuliers de Tamié et à dresser le plan de

(') Environ 10 000 franc.s en monnaie actuelle.

vie de ses religieux conformément à la règle de saint Benoît et aux règlements de la Trappe. En voici le résumé, d’après un manuscrit du temps (') :

Les religieux de Tamié mangent toujours en communauté dans un réfectoire où l’on fait la lecture pendant les repas, excepté les jours de jeûne à collation. Ils ont à dîner la soupe , deux portions , une mesure de vin telle que la prescrit la règle de saint Benoît, du fromage et du fruit. A souper, on leur donne deux portions, le vin et le dessert comme au dîner. Aux collations desjoursde jeûne d’ordre, ils ont la moitié de la mesure ordinaire de vin , avec le fromage et le fruit aux collations des jeûnes d’Église , la moitié de la mesure devin, et le pain seul.

Ils font toujours maigre et n’ont pour mets que les légumes et les racines qui croissent dans leur jardin. On ne leur sert que très-rarement du poisson. En cas de maladie, les religieux sont mis à l’infirmerie où, selon la règle, ils mangent de la viande jusqu’à ce que leur santé soit rétablie.

Ils gardent un rigoureux silence en tout temps et en tout lieu, soit entre eux, soit avec les séculiers. A moins d’une permission expresse qu’un supérieur peut accorder pour de justes causes, il n’est permis à personne de parler, si ce n’est en présence de Tabbé et des supérieurs, ou des présidents établis pour veiller à la conservation de la régularité.

La pauvreté étant l’un des points essentiels de la vie monastique, ils ne reçoivent ni ne donnent quoi que ce soit sans l’agrément des supérieurs, qui ont soin de pourvoir chaque religieux des choses nécessaires.

Outre les jeûnes commandés par l’Église, ils jeûîient deux fois par semaine depuis la Pentecôte jusqu’au 14 septembre, c’est-à-dire le mercredi etle vendredi, et tous les jours depuis le 14 septembre jusqu’au carême, à l’exception des dimanches et du jour de Noël.

Ils couchent tout vêtus, afin d’être prêts pour les matines au premier coup de cloche. Ils n’usent jamais de linge, soit pour leurs habits, soit dans leur lit, mais à l’infirmerie on permet aux malades d’avoir des draps de toile etdes chemises. Ils ne portent point de lumière dans leur cellule.

Ils se lèvent régulièrement tous les jours à deux heures après minuit pour aller aux matines, qui, en y comprenant la méditation, durent ordinairement deux heures, et les jours de fête et dimanches deux heures et demie.'

Les dimanches et fêtes, depuis le 14 septembre jusqu’à Pâques, ils se lèvent à une heure après minuit; alors il leur est permis de se recoucher après matines jusqu’à cinq heures et demie. On dit ensuite prime , puis une messe conventuelle à laquelle toute la communauté assiste. A l’issue de la messe, on se rend au chapitre, où on lit le martyrologe, la règle et les constitutions de l’ordre. Après les prières accoutumées, le supérieur fait ordinairement quelque instruction et reprend ce qu’il y a de répréhensible dans la conduite de ses subordonnés. Le reste du temps jusqu’à huit heures et demie est employé à la prière et à dire les messes.

Depuis Pâques jusqu’au 14 septembre, les religieux peuvent se recoucher tous les jours jusqu’à prime ; mais depuis le 14 septembre jusqu’à Pâques, cet intervalle doit être employé à la prière, à la méditation ou à des lectures pieuses. Les jours de fête, depuis Pâques jusqu’au 14 septembre, le chapitre se tient immédiatement après prime. Le supérieur distribue ensuite le travail, qui dure jusqu’à sept heures et demie ; alors les prêtres vont dire leurs messes jusqu’à ce que tierce sonne.

Le travail du soir se donne en carême à deux heures, et

(9 Archives de Tamié.

en lout autre temps à une heure ; il dure toujours une heure et demie. En été, pendant qu’on ramasse les foins et les h'és, les religieux y travaillent jusqu’à quatre ou cinq heures; on leur donne un rafraîchissement à leur retour au monastère, ou même daus la campagne. Ils disent aussi vêpres au milieu des champs, ainsi que l’ordonne la règle ; dans ce cas, il en reste toujours un certain nombre au monastère pour dire vêpres à l’église.

Excepté le temps du carême, les vêpres se disent toujours à quatre heures et sont précédées d’un quart d’heure de méditation, ce qui dure environ une heure et quart.

Le souper et la collation se sonnent à cinq heures.

Depuis Pâques jusqu’au 14 septembre , les religieux se rendent à six heures et demie au chapitre, où l’on fait la lecture publique pendant une demi -heure; ensuite on chante les compiles qui sont suivies d’un quart d’heure de méditation, et on sonne la retraite à huit heures. Depuis le 14 septembre jusqu’à Pâques, on avance la lecture et les compiles d’une heure.

La retraite sonnée, tous les religieux se retirent dans leurs cellules du dortoir, dont on ferme les portes ; il n’est plus permis à personne d’en sortir, à moins que les offi-

Sellier, d’après une lithographie d’un religieux de l’abbaye.

Enterrement d’un chartreux à l’abbaye de Tamié. — Dessin de

ciers du monastère ne soient obligés de tenir compagnie aux étrangers ou de visiter les malades.

Les dimanches après none, on tient la conférence, où les religieux s’édifient par des entretiens sur l’Évangile et autres sujets de piété. Elle dure environ une heure. Pour les jours de fête, on emploie àlalecture ou àla prière tout le temps qui n’est pas occupé par les offices.

Tous les quinze jours, les religieux ont, au lieu de travail , la promenade ou spachnent , depuis none jusqu’à vêpres. Ils peuvent alors se parler.

Dans ces règlements n’est pas.comprise l’indication des travaux des trappistes de Tamié.

Ils cultivent les champs, défrichent, créent des prairies artificielles, et font les récoltes. Ils s’occupent particulièrement d’élever du bétail. A l’intérieur, tous les métiers utiles peuvent être exercés selon les besoins de la maison et l’aptitude des sujets, principalement la boulangerie, la couture, la cordonnerie, le charronnage, la forge, la menuiserie, la fabrication du fromage, etc.

Après les décrets de l’Assemblée nationale et l’occupation du territoire savoisien, les religieux durent abandonner le monastère. Le roi Charles-Félix *en acheta les bâtiments et quelques terres en 1828.

Au mois d’octobre 1829, l’abbé Favre , supérieur des missionnaires de la Savoie , vint s’y installer avec trois prêtres. La donation du roi à cette petite communauté est du 15 juillet 1830. Neuf ans après, les missionnaires quittaient Tamié ; l’archevêché de Chambéry en devint propriétaire en 1 841 .

Depuis 1842, on avait fait d’assez nombreuses tentatives pour introduire à Tamié une communauté religieuse. Après plusieurs années de négociations, les frères de la Sainte- Famille, dont la maison mère est à Belley (Ain), achetèrent l’abbaye et quelques-unes de ses dépendances. Au commencement du mois d’avril 1856, le frère Gabriel Taborin, supérieur de l’institut, accompagné du R. P. Auzone, aumônier , et de plusieurs religieux , prit possession de Tamié. Ils y établirent une école-pensionnat pour les jeunes gens et un noviciat pour la Sainte-Famille; le gouvernement sarde approuva ces deux institutions en 1858.^

Enfin, les Trappistes de la Grâce -Dieu, au diocèse de Besançon , entrèrent en pourparlers avec les frères de la Sainte-Famille, et signèrent un contrat d’acquisition de ce monastère.

Seize religieux arrivèrent à Tamié le mardi 15 octobre

' L’abbaye actuelle, spacieuse et bien distribuée, est alimentée par une source d’eau vive dont le réservoir principal est ci plus de six cents mètres. Ses bfitiments se com-

posent d’un vaste édifice cà deux étages, avec une cour intérieure et des pavillons à cliacun de ses angles. L’église occupe toute la longueur de la façade du côté de l’occident.

Le jardin, clos de murs et orné d’un bassin, est placé au niidi dans une excellente position. Au-dessus de l’église détend un petit bois de sapins d’un effet très-pittoresque. Ite Ttaitre côté du chemin qui conduit à la porte d’entrée

existe un étang artificiel, seul reste des nombreux travaux d’assainissement pratiqués par les anciens religieux. Faute de soins, les autres pièces d’eau se sont transformées en marais. Les moulins de Tamié sont établis non

Join de l’étang. Dans la même direction, mais plus près de l'abbaye, on trouve la ferme de Martignon, composée d’une petite maison de maître et d’une grange avec écurie. Les propriétés acquises par la nouvelle colonie, et dans lesquelles sont compris l’étang, les moulins et Martignon, forment une lisière presque continue de terrains entre le chemin qui les limite en bas et la forêt qui les couronne au-dessus.

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