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EN DANEMARK

Ces écolesont été fondées depuis dix ans dans le Jutland et dans les îles danoises. Il en existe six en Danemark; elles sont toutes prospères.

Voici les notes d’un voyageur français (') qui a visité l’une de ces institutions :

L’école , dit-il , est située dans l’île de Seelande, aune douzaine de kilomètres de la station de Taastrupp, sur le chemin de fer de Copenhague à Corsoer. — Elle porte le nom de Thüne landbrugs Skole (École agricole de Thüne).

Elle a été fondée, en 1865, par M. Vale'ntiner, l’un des agronomes les plus distingués du Danemark.

Le directeur de l’école exploite une cinquantaine d’hectares ; il a une jolie vacherie de 20 bêtes, et à côté de lui se trouve une ferme qui n’a pas moins de 130 à 140 vaches laitières de la race d’Angeln, que l’Exposition universelle de 1856 a fait connaître aux éleveurs français.

Le directeur a, pour le seconder, sa femme et trois professeurs.

L’enseignement comprend deux sections d’élèves.

Du le>’ septembre au l®*' novembre, l’établissement ne comprend que des filles.

Du 15 novembre au 1®® août, les filles sont remplacées par des garçons. Les filles payent 35 écus danois pour leur pension ; c’est environ 90 francs pour deux mois, ou 4*5 fr. par mois. Elles sont tenues de se pourvoir d’effets de literie et du linge personnel. Moyennant cette pension , elles sont logées, nourries, chauffées, blanchies, éclairées. Elles reçoivent une excellente instruction professionnelle.

Au moment de ma visite, j’ai trouvé, dans cet établissement, soixante-deux belles et vigoureuses jeunes filles, toutes ayant une tenue propre et montrant tous les carac-

(') M. Tisserand, membre du conseil.de la Société d’encouragement pour l’industrie nationale.

tères de Taisance et du bonheur ; le directeur m’a assuré quelles étaient toutes des filles de propriétaires ou fermiers exploitants de la classe des paysans aisés.

L’instruction est théorique et pratique.

Les élèves arrivent avec une bonne instruction primaire; elles ont de quinze à dix-huit ans. On leur donne deux à trois heures de leçon sur l’histoire de la Scandinavie; on développe en elles l’amour du pays; on excite les sentiments élevés et patriotiques. Elles ont, en outre, un cours de calcul, de comptabilité, de laiterie, d’histoire naturelle; on leur donne des notions de physiologie sur la vache laitière, sur le fonctionnement des glandes mammaires, sur l’alimentation des vaches ; on cherche , en les instruisant, à exciter leur curiosité et à les intéresser aux choses de l’agriculture.

La comptabilité qu’on leur apprend est simple : c’est surtout la tenue des livres de la laiterie et du ménage qu’on leur enseigne. Toutes tiennent leurs livres d’après les faits de chaque jour; c’est là une excellente méthode d’enseignement de la comptabilité.

Dans Taprés-midi, la couture elle-même n’est pas négligée ; enfin on exerce les élèves au chant en leur faisant répéter des airs religieux et patriotiques.

La plus grande partie des matinées est occupée aux travaux pratiques.

Les jeunes fdles sont, à cet effet, distribuées, à tour de rôle, dans tous les services de la laiterie , de la vacherie et du ménage.

Quatre séries de trois jeunes filles reçoivent, chacune, 100 litres de lait écrémé à transformer en fromage.

Huit d’entre elles sont à la baratte, quatre président au lavage du beurre; les autres écrément, font la traite des vaches, procèdent au lavage des ustensiles, préparent la présure, en quatre jours ; une jeune fille passe par tous les services.

Le travail journalier se fait ainsi sur 4 à 500 litres de lait en moyenne; les opérations sont, d’ailleurs, notées et expliquées avec soin. — Tous les meilleurs procédés sont signalés, et l’établissement est pourvu du matériel le plus perfectionné et d’une excellente installation.

La laiterie comprend ;

1° Le lavoir, avec deux chaudières pour eau chaude, et des robinets pour eau froide ;

2® Le compartiment aux manipulations ; on y trouve la baratte mue par un manège à cheval placé à côté , la presse à fromage , et une bascule pour peser le lait , le beurre et le fromage, à l’entrée ou à la sortie;

3“ Le caveau au beurre : c’est là qu’on le conserve ;

4® Le caveau où on dépose le lait destiné à l’écrémage ;

5® La chambre où se mettent les fromages.

Les jeunes filles couchent dans deux dortoirs d’une propreté parfaite.

Elles mangent dans un réfectoire. La salle d’étude, comme celle des cours, est très-claire; les murs en sont garnis de cartes et de tableaux d’enseignement.

Les garçons qui succèdent aux filles, et qui restent à l’école du 15 novembre au 1®*' août suivant, reçoivent un enseignement plus développé, qui se rapproche beaucoup de celui de nos écoles régionales. Les jeunes gens qui le suivent, tous fils de paysans cultivateurs à leur aise, arrivent avec un bon fonds d’instruction ; ils ne sont admis qu’autant qu’ils ont passé une année au moins, après leur sortie de l’école primaire, dans une école dite de perfectionnement.

Dans ces hautes écoles, fondées par les particuliers, par les sociétés et encouragées par l’État, les jeunes gens reçoivent un complément d’instruction primaire; ils apprennent Thistoire, la géographie, la géométrie, les lan->

gués vivantes , les sciences naturelles, elles éléments de physique.

Il y a une centaine de ces écoles en Danemark; les jeunes gens les fréquentent de l’âge de quatorze à quinze ans ; le Danemark leur doit d’avoir l’instruction la raeil-leure et la plus étendue qu’on puisse trouver dans aucun pays : aussi figure-t-il, avec la Suède, à la tête des pays où l’instruction primaire est le plus développée.

L’école de laiterie de Tliüne reçoit, chaque année, 40 élèves ; ceux-ci ne font guère qu’une à deux heures de pratique, mais ils assistent à tous les travaux; par contre, ils ont quatre heures de cours par jour. Le prix de la pension est de 35 francs par mois, blanchissage non compris. Laboratoires, collections, herbiers, rien ne manque à ces jeunes gens; on leur fait faire, chaque semaine,, des excursions dans la campagne et des études dans le laboratoire : aussi quittent- ils l’établissement avec une instruction étendue et solide, et un grand amour pour la vie et les occupations des champs.

La Norvège et la Suède sont entrées dans la même voie depuis quelques années. Ces deux pays ont fait venir des

professeurs du Danemark et fondé, à l’instar de l’École de Thüne, plusieurs écoles ou laiteries modèles pour les jeunes filles et les garçons. Parmi ces établissements, nous citerons l’école de Haddorp (Ostrogothie), fondée il y a cinq ans , et l’école de laiterie de Bergqvara (province de Smaaland).

Indépendamment de ces écoles spéciales , il y a quatorze ou quinze laiteries modèles subventionnées par l’État et les gouvernements provinciaux, à charge de recevoir trois ou quatre paysannes ou jeunes garçons pour les instruire dans l’art de fabriquer le beurre et le fromage.

Les pays Scandinaves n’ont qu’à s’applaudir des résultats de ces créations : on s’applique à les développer; l’industrie beurrière leur doit d’avoir réalisé de très-grands progrès.

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