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UN CROQUIS DE VELASQUEZ

Musée de Florence. — Esquisse par Velasquez,

Les plus simples croquis des grands maîtres, ceux qui laissent à peine deviner leur pensée première , sont aussi recherchés que les autographes des écrivains les plus illustres. Rien de plus intéressant, en effet, pour ceux qui les peuvent lire, rien de plus instructif pour l’artiste, que ' Tome XLlll. — Déce-muke 1875.

ces traits improvisés d’où pourra naître plus tard un chefd’œuvre.

Ici, en présence de ce fier Espagnol à cheval, qui domine la scène de son geste énergique, on devine déjà un portrait équestre , qui a été ou a pu être supérieur par son

exécution à celui de Philippe lY . On ne saurait lui com parer, et c’est un grand éloge, que celui de don Gaspard de Guzman, qui exprime si bien le mépris du danger et l’habitude du commandement. Ge projet d’un portrait probablement historique a-t-il été jamais transporté sur la toile? Gette création, si bien indiquée, a-t-elle été jamais achevée? Rien ne l’indique dans les biographies de Velasquez ; c est ,une question presque insoluble aujourd’hui, et que 1 avenir seul pourrait éclaircir.

La hardiesse, l’impétuosité du crayon, que l’on remarque dans cette esquisse, se retrouvent dans les ébauches des tableaux du maître.

«Velasquez, dit M. Viardot, peint du premier jet; sa toile est à peine couverte; les" contours des objets ne sont point arrêtés : terre, arbre et ciel, tout est massé et sans détails.

» 'Si l’on s’approche trop curieusement , l’œil ne rencontre, comme dans une décoration de théâtre qu’.on touche du doigt, que l’incertitude, la confusion, le chaos. Reculet-on de quatre pas, les ténèbres se dissipent, les éléments se séparent, les êtres prennent vie, le monde est de nouveau créé, et la nature est là, belle , simple et sublime.

» Velasquez n’aurait peintque des portraits, qu’il devrait partager au moins la gloire de Van-Dyck , et peut-être que nul ne devrait partager sa gloire ; car, dans ce genre, s’il a vaincu tous ses compatriotes , il n’est surpassé par aucun de ses rivaux des autres écoles. » (‘)

C’est au Musée de Madrid qu’on peut le mieux apprécier la variété et la puissance de son génie. Velasquez est, à juste titre , considéré comme le génie le plus universel de l’école espagnole. « De tous les maîtres , de toutes les écoles représentées au Museo del Rey, c’est don Diego Rodriguez de Silva y Velasquez qui a la part principale. Il y compte aujourd’hui soixante-quatre tableaux, parmi lesquels se trouvent les plus importants de son œuvre. » (^) Divers écrivains avaient dit de Velasquez qu il estimait peu le génie de Raphaël, et, en général, des maîtres italiens. On a opposé récemment à ces critiques quelques pages adressées en 1656 par ce grand peintre à Philippe IV, en lui rendant compte d’une mission que ce roi lui avait donnée pour l’acquisition de peintures en Italie, à son choix. Il dit, à propos d’un tableau peint par Raphaël sur bois, et représentant la Vierge avec l’Enfant, sainte Elisabeth et saint Jean ; — « Tout y est excellent, aussi bien le dessin que le coloris. Le mouvement et la tête de la Vierge sont surhumains. Les paroles manquent pour exprimer son extrême grâce, ainsi que celle de l’Enfant et de saint Joseph. » (®)

L’HEUREUX RERGER.

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