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LES ORCHIDÉES

Voy. la Table de quarante années.

Vers la fin du siècle dernier, le célèbre botaniste Linné comptait treize genres seulement de plantes appartenant à cette famille dont 1 orebis est le type ; danscestreize genres, il rangeait environ cent cinq espèces. Aujourd’hui, botanistes et horticulteurs connaissent près de quatre cents genres d’orchidées parmi lesquels se classent plus de trois mille espèces bien caractérisées et bien définies.

Ces chiffres nous démontrent ce fait, que les plantes de la famille des orchidées ont dû attirer l’attention des voyageurs et des amateurs par quelques caractères spéciaux. Il existe, surtout en Angleterre et en Belgique, des amateurs qui cultivent les orchidées avec amour, avec passion même, sansse laisser arrêterparles soins minutieux quelles exigent ou se laisser décourager par les insuccès dus au défaut des conditions de chaleur, d’humidité, de lumière, que l’on ne peut pas toujours réaliser en serre chaude ou tempérée. Les orchidées, du moins les plus belles, sont en effet originaires des contrées chaudes et humides de la zone équatoriale; elles abondent dans les Indes orientales, dans les grandes îles des mers de Chine, dans les forêts vierges humides, marécageuses, du Mexique, des Guyanes, du Pérou, du Brésil, etc.

C’est exclusivement à leur beauté et à leur originalité que les orchidées doivent leur brillante fortune ; car, parm.i les trois mille espèces connues, deux seulement, le vanillier et l’orchis, nous fournissent des produits utiles : le premier, l’aromate si estimé des gourmets; le second, le salep, fécule amylacée extraite des tubercules de VOrchis mascula, commun dans l’Europe orientale, administré en médecine comme réparateur des organes alignés, principalement de l’estomac.

Les plantes orchidées sont toutes vivaces; la généralité est herbacée, quelques-unes seulement sont de nature ligneuse ou sarraenteuse. Los unes sont terrestres, prennent leur base sur le sol ; les autres sont cpiphjies, autrement dit s’implantent sur les écorces pourries et réduites TU terreau des grands végétaux. Lesunes comme les autre

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ne demandent au sol qu’un support auquel elles s’attachent par quelques ramilles émanant de leur rhizome ou tige charnue, horizontale, de la racine, sa partie principale. Elles ne leur empruntent aucun des éléments nutritifs nécessaires à leur développement, mais puisent dans l’atmosphère les principes vivifiants et l’humidité, au moyen de longues racines extérieures adventives, formées tantôt d’un filament court et charnu, tantôt de tresses filamenteuses et pendantes, assez semblables à une tresse de filasse. Cette particularité que présentent les orchidées de vivre de l’air du temps est l’un des caractères qui permettent de les distinguer facilement des autres plantes ; elle oblige les hor-

Orcliidée. — Ffeurs du Renanthera Lotvii. — Dessin de Beiet.

ticulteurs qui les cultivent à rejeter les pots de terre pour adopter des espèces de boîtes à claire-voie remplies, au lieu de terre, de fragments de coke et de mousse. Ce mélange doit servir à l’implantation rudimentaire du végétal, tandis que du fond comme des côtés de ces caisses s’échappent en toute liberté les racines adventives nourricières.

Les Chinois , ces grands amateurs de curiosités naturelles, suspendent des caisses d’orchidées dans l’intérieur de leurs habitations, jouissant ainsi et de la vue de leurs belles nuances et de leur parfum.

Sur les racines de la plupart des orchidées, on remarque l’existence de corps renflés ou bulbes, de forme ovoïde ou presque sphérique, se ramifiant à leur extrémité libre en

forme de palme. Dans la plupart des circonstances, il existe deux de ces bulbes : l’une entretient la vie de la tige, tandis que l’autre se constitue et grossit pour Pourrir la tige de l’année suivante. Longtemps on crut que la bulbe nouvelle se produisait toujours auprès de la première , et du même côté de la racine, ce qui, à la longue, devait amener un déplacement de la plante, une espèce de progression dans une direction constante, déplacement très-sensible après un petit nombre d’années. Il paraît démontré aujourd’hui que la bulbe de l’année suivante se forme tantôt d’un côté , tantôt de l’autre du rhizome , ce qui rétablit l’équilibre et, conservant à la plante sa position stable, la maintient là où elle est née.

Le port de l’orchidée dépend du mode de développement de la tige. Dans les orchidées terrestres, le rhizome, très-court, émet chaque année une tige herbacée. Chez les espèces grimpantes , cette tige est très-haute, généralement charnue et verte , serpentant comme une liane jusqu’au sommet des arbres les plus élevés. A côté de ces orchidées terrestres et grimpantes se place une troisième variété, l’orchidée à pseudo-bulbe. Le rhizome de celle-ci se couvre de feuilles serrées comme des écailles, et c’est de l’aisselle, ou intervalle libre entre ces écailles, que sortent les rameaux, présentant dans leur partie inférieure un renflement oblong, déprimé, tantôt arrondi, tantôt anguleux, désigné par le nom de pseudo-bulbe. C’est à l’extrémité de ce renflement qu’apparaît la fleur.

Les feuilles des orchidées, molles dans certaines espèces, charnues et dures dans d’autres, présentent diverses particularités vraiment remarquables suivant leur mode d’attache ou de développement. Il en est dont la surface externe, de nuance vert foncé, est marquée par un réseau ou dessin compliqué, très-irrégulier, formé par des sillons qui brillent d’un éclat métallique, paraissant argentés ou dorés. Suivant le naturaliste anglais Morren, ce fait serait dû à la présence d’un liquide transparent logé dans les cellules de l’épiderme , cellules prismatiques comme les alvéoles d’abeilles, serrées et groupées comme celles-ci, et laissant entre elles des vides remplis d’air. Quelle que soit la cause, l’effet produit est d’une richesse et d’une variété peu communes.

C’est surtout, avons-nous dit, par leurs fleurs que les orchidées ont depuis longtemps attiré l’attention des voyageurs, des botanistes et des horticulteurs. Ces fleurs sont, en effet, bien différentes de celles que nous sommes habitués à voir dans nos climats. Les unes sont solitaires au sommet de leur pédoncule, ou tige de support, directement implanté sur le rhizome ; mais le plus souvent ces fleurs sont disposées en épis ou en longues grappes comme dans la variété que nous représentons : elles sont aussi disposées en spirale et quelquefois distiques, c’est-à-dire implantées deux par deux sur les faces opposées de la tige ou du pédoncule. Souvent, avant la floraison du bouton, l’ovaire ayant subi un effet de torsion , la fleur épanouie apparaît dans une position renversée par rapport à son support ou même à la plante.

C’est aux formes bizarres de leurs différentes parties, à la coloration de leurs folioles membraneuses ou charnues, aux dispositions souvent des plus singulières des labelles, ou lèvres du calice, à une espèce de renfoncement se prolongeant en éperon à la base du périanthe, ou ensemble de ses enveloppes extérieures, que la fleur des orchidées doit ; ces aspects si divers et si caractéristiques. Tantôt elle offre j l’apparence d’un sabot renversé, d’où le nom de Sabot de i la Vierge donné à quelques variétés; d’une calotte, d’un^ bonnet, d’un casque ; tantôt ses formes se rapprochent de la gueule de divers animaux. ,

La belle sméléRenantheraLowii, originairede Bornéo,

et dessinée dans les riches serres deM. Luddemann, horticulteur à Paris, peut être rangée parmi l’une des plus belles espèces connues. Sa Heur est une longue grappe, dont chaque partie présente une chaude moucheture rouge velouté et foncé sur un fond jaune indien ; chacune des

fleurs de la grappe paraît mouchetée comme la peau de la panthère.

Ce n’est pas sans peine et sans sacrifices que l’on parvient à se procurer les belles orchidées que nous pouvons admirer dans les serres de nos jardins botaniques ou que

Orchidée. — Renanthera Lowii. — Dessin de Belet.

les horticulteurs élèvent pour le commerce. Telle plante qui n’a coûté que quelques centimes dans son pays natal, ou simplement même la peine de la recueillir, parvient en Europe avec une valeur centuplée par les frais de transport, d’entretien pendant le voyage, de répartition des pertes sur le nombre, très-restreint souvent, des sujets arrivés jusque dans les serres, soit chaudes, soit tempérées, où, suivant le climat de leur pays d’origine , elles devront désormais végéter. Aussi ne faut-il pas trop s’étonner si ces plantes se maintiennent toujours à des

prix qui n’en permettent la possession qu aux privilégiés de la fortune.

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