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LES SIX DONS

Frœbel , fondateur des écoles désignées sous le nom poétique de Jardins d’enfants, recommande qu’à la classe destinée à recevoir les enfants du premier âge soient toujours annexés des préaux plantés d’arbres et semés de parterres où, toutes les fois que le temps et la saison le permettent, on puisse donner aux petits élèves des leçons d’observation sur les merveilles de la nature.

Frœbel n’admet pour ce premier âge ni livre, ni leçon. H ne veut rien qui exprime une idée de contrainte.

C’est sous la forme d’un don que Frœbel présente à ses élèves les objets qui doivent servir de matière à leurs exercices. Ce nom gracieux, aimable, prépare l’enfant à recevoir les objets du travail avec plaisir.

Pour lui en mieu^ faire encore goûter l’attrait, on lui en ménage peu à peu la surprise. Les six dons qui forment la gradation de l’enseignement démonstratif de Frœbel sont successivement tirés de la boîte qui les enferme, au fur et à mesure que la classe est devenue capable d’en étudier le sens et d’en pratiquer le jeu.

Ainsi s’établit, entre la maîtresse et les élèves, comme un courant de confiance affectueuse et de gaieté. Frœbel a voulu que les facultés de l’enfant, cultivées avec tendresse, s’épanouissent, pour ainsi dire, d’elles-mêmes sous ce rayon de bonne humeur, comme la plante naissante sous les rayons d’un soleil de printemps.

On installe l’enfant devant une table commune, mais avec son siège propre et un espace qui lui appartient, de façon qu’il se sente maître de son petit domaine.

On excite tout d’abord sa bonne volonté par la promesse d’un jeu intéressant, et l’on développe successivement sous ses yeux les merveilles des six dons.

En premier lieu, on lui enseigne, d’après des objets exposés à son regard, balles de laine teinte et solides géométriques, à distinguer la couleur, la forme, la matière, les diverses parties d’un corps, de façon à l’habituer à voir, c’esLà-dire à saisir les aspects, les figures, les ressemblances, les différences, les rapports des choses.

Ensuite on lui met ces objets en main, et on lui montre à faire avec les balles de laine teinte des rapprochements de couleur agréables à l’œil ; à figurer, avec des allumettes réunies par des boules de liège, des carrés, des angles, des triangles de toutes sortes; à dresser de petits cubes à côté, au-dessus les uns des autres, en forme de croix, de pyramide, etc.

De même, soit à l’aide de bandes de papier colorié, pliées en divers sens, croisées les unes dans les autres, tressées comme un tisserand ferait une toile, soit avec le crayon , on l’exerce à reproduire, à créer des dessins représentant toutes les formes géométriques ; en sorte qu’à j l’habitude de l’observation s’ajoute peu à peu la faculté de ! l’invention.

Enfin , tandis que sa main est occupée de concert avec son intelligence, et que son besoin d’activité est rempli, on profite de cet effort d’attention éveillée et satisfaite pour fixer dans son esprit, par des questions appropriées, quelques notions sur les caractères et les usages des formes, en les rattachant à quelque grand principe d’ordre général simple et fécond.

On a soin surtout d’entremêler la leçon pratique d’observations morales, puisées ordinairement dans les incidents de la classe.

En général, les résultats sont excellents. Par ces procédés, la maîtresse s’empare des sens de l’enfant, elle les façonne, elle les rectifie, elle les discipline, et finalement elle s’en sert pour faire pénétrer dans son intelligence , sans autre peine que celle d’une observation sagement dirigée et appliquée avec suite à des exercices attrayants, les premiers éléments des connaissances, en même temps que pour jeter dans sa conscience les premières assises du sens moral.

Frœbel, en appliquant ces principes si rationnels dans ! son établissement de Marienlhal, il y a quarante ans, n’ignorait pas, d’ailleurs, qu’ils avaient été introduits, cinquante ans auparavant , dans l’institut d’Yverdun , par Pestalozzi.

« La base de l’instruction élémentaire de Pestalozzi », dit un de ses disciples, «est l’intuition, qu’il regarde comme le fondement général de nos connaissances, et le moyen le plus propre cà développer les forces de l’esprit bumain de la manière la plus naturelle. Il cherche cà lorrner le jugement de l’enfant, en parlant à ses yeux. »

Antérieurement à Pestalozzi, un de nos plus célèbres auteurs avait écrit ; « Les sens sont les premiers instruments de nos connaissances; avant d’apprendre à l’enfant à lire, il faut lui apprendre à voir. »

Enfin , en remontant plus haut encore, on retrouverait dans Fénelon, dans les maîtres de Port-Royal et dans Montaigne , très-opposés cà ce que ce dernier appelle « la science livresque », l’observation marquée comme point de départ de toute éducation. (*)

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