‹ Magasin pittoresque (volume 2)Chapitre 368 sur 712 · SI LES ANIMAUX SONT PERFECTIBLES · texte numérisé non relu

SI LES ANIMAUX SONT PERFECTIBLES

Voici, sur cette question, quelques lignes extraites de la correspondance d’un auteur spirituel, l’abbé Galiani. Ce n’est là évidemment qu’un jeu d’esprit; mais il est assez singulier de trouver, même sous cette forme, au dix-huitième siècle, le germe d’une idée que de nos jours des naturalistes éminents essayent d’élever à la hauteur d’une théorie scientifique.

« Nous croyons, dit l’abbé, que tout ce que les bêtes savent leur a été donné par instinct et non pas transmis par tradition. A-t-on des naturalistes bien exacts qui nous disent que les chats, il y a trois mille ans, prenaient les souris , préservaient leurs petits, connaissaient la vertu médicinale de quelques herbes, comme ils font à présent? Si on n’en sait rien , pourquoi prend-on pour sûr ce qui est en question, et fait-on des raisonnements à perte de vue sur un fait faux ou douteux? Mes recherches sur les mœurs des chattes m’ont donné des soupçons très-forts qu’elles sont perfectibles , mais au bout d’une longue traînée de siècles. Je crois que tout ce que les chats savent est l’ouvrage de quarante à cinquante mille ans. Nous n’avons que quelques siècles d’histoire naturelle : ainsi le changement qu’ils auront subi dans ce temps est imperceptible.

» Les hommes aussi ont mis un temps immense à leur

(') Extrait d’un Mémoire sur l’enseignement primaire à Paris , adressé au préfet de la Seine par M. Gréart.

perfectibilité ; car les peuples de la Californie et de la Nouvelle-Hollande, qui sont anciens de trois ou quatre mille ans, sont encore de vraies brutes. La perfectibilité a commencé à faire de grands progrès en Asie, à ce qu’on dit, il y a plus de douze raille ans , et Dieu sait combien de temps, avant on n’avait fait que de vains efforts ! »

l’idéal.

Le peintre est dans l’obligation de faire les choses, non comme les fait la nature, mais comme elle devrait les

. Raphaël.

TOUL

ÉDIFICES DE TOUL. — SAINT-ÉïIENNE. — SAIXT-GENGOLLT.

L’ancienne cathédrale de Toul, aujourd’hui église paroissiale (Saint-Étienne), compte parmi les plus remarquables de France. Commencée vers la fin du dixième siècle, elle fut consacrée une première fois dans les dernières années du même siècle (981), et, en 1149, le pape Eugène III, pour qui le séjour de Rome n’était pas toujours sûr, la consacra de nouveau pendant une de ses retraites à l’étranger. Ce n’est pas, du reste, l’église du douzième siècle que l’on a aujourd’hui. Celle que l’on voit (à gauche dans notre gravure) s’élever au-dessus de la ville, quelle domine de sa masse à la fois majestueuse et élégante, date de plusieurs époques postérieures au douzièmesiècle. Le chœur et les transepts sont du treizième siècle et du beau style de ce siècle. La nef et les bas côtés datent du commencement du quatorzième siècle, à l’exception des deux premières travées, voisines du grand portail occidental, qui sont de la première moitié du quinziéme siècle. Malgré cette diversité d’époques, l’intérieur, dans son ensemble, est d’une merveilleuse harmonie. Quant au grand portail et aux tours, c’est un véritable chef-d’œuvre d’architecture. Jacquemin de Commercy en donnâtes plans en 1447, et en dirigea la construction. Notre gravure ne peut donner qu’une idée très-sommaire du dessin de ce portail, qui se trouve assez loin du spectateur; elle suffit cependant à donner une idée de l’élégance et de la légèreté de ses lignes, de la richesse et du goût de son ornementation au point de vue architectural. Ce portail est percé de trois portes, dont les voussures sont garnies de niches nombreuses; les bases et les dais de ces niches sont soigneusement et habilement sculptés : on connaît le soin, la délicatesse, le talent et parfois la profusion que les artistes du quinzième siècle apportaient à la décoration des édifices. Au-dessus de la porte du milieu s’ouvre une magnifique rosace aux vitraux resplendissants. La façade, dans toute sa largeur, est coupée par d’admirables galeries à balustres en feuilles de trèfle, d’une élégance charmante. Les deux tours (hautes de 76 mètres environ) sont surmontées d’une belle couronne découpée à jour, qui fait penser à la couronne de la tour centrale de Saint- Ouen, à Rouen.

Sur la droite, dans notre gravure, se dresse un autre édifice religieux : c’est l’église Saint-Gengoult, qui remonte au treizième siècle, excepté le grand portail occidental, qui est du même siècle que celui de Saint-Étienne. Saint-Gengoult d’ailleurs, comme Saint-Étienne, a un caractère général de bon goût, d’harmonie et d’élégance dans les proportions qu’on a remarqué et vanté avec justice. Les fenêtres, colonnes, colonnettes, chapiteaux, d’un dessin fin et soigné, ont la légèreté qui est un des caractères de l’art gothique arrivé à son plein épanouissement. Le grand portail n’offre pas le même aspect que celui de Saint-Étienne :

les. deux tours, carrées à leur base et sans ornements, ont i du nord seule est terminée; quant à la tour du sud, elle quelque chose de froid et de sévère. On voit que la tour 1 ne dépasse pas la toiture de la nef.

■ - Les deux églises sont accompagnées chacune d’n dattre. Celui de Saint-Étienne date du treizième et d siècle; celui de Saint-Gengoult appartient

la première moitié du seizième siècle, et est remarquable par les sculptures aussi variées que riches dont il est orné. C’est une fort belle neuvre de la dernière période de l’art

ogival, et l’ensemble de ces galeries, aux façades découpées comme de la dentelle, aux élégantes ogives, aux faisceaux de colonnettes d’un si fin galbe, produit un effet des plus remarquables. La suite à une autre livraison.

Page 1