‹ Magasin pittoresque (volume 2)Chapitre 411 sur 712 · UNE FONTAINE · texte numérisé non relu

UNE FONTAINE

La première épreuve de cette gravure, tirée à pa servi al un des jeux de famille que nous avons ind Tomk XLIV. — FiôveiEi-, 1876. ^ ’

dans un de nos précédents volumes ('). Voici la scène, ijp (*) Tomn XXXVII, 1869, p. 6, Ce que, vous aimez.

père avait la gravure à la main, mais ne la laissait pointvoir : — Elle représente, dit-il, une fontaine et des personnages ; devinez le sujet. — Les imaginations aussitôt se mirent à l’œuvre. On chercha dans l’histoire, dans la littérature. Chacun proposa un souvenir :

— C’est peut-être Agar trouvant une source au désert et désaltérant son fils Ismaël?

— Ou bien Rachel et Jacob qui lui découvre le puits?

— Rébecca puisant de l’eau pour Eliézer?

— La fille du roi Psamménit, habillée en esclave, allant chercher de l’eau pour les soldats de Cambyse?

— Andromaque, captive, puisant de l’eau à une fontaine, comme Hector le lui a prédit dans Y Iliade'!

— Serait-ce plutôt une idylle? Némorin près d’Estelle qui abreuve ses moutons?

Ainsi de suite. Les propositions se succédaient; à toutes le père n’avait qu’une réponse : Non.

— Pourquoi tant se tourmenter l’esprit? dit enfin une personne de la famille que l’on trouve ordinairement naïve. Il ne s’agit peut-être simplement que de servantes ou villageoises causant près d’une fontaine.

-7- Marie a deviné, répondit le père. Ce ne sont que de jeunes paysannes, vêtues comme on l’est quand on travaille aux champs. Elles sont belles naturellement, et elles intéressent parce que l’artiste les a bien choisies et les a représentées telles qu’il les a vues. Au dernier siècle, on n’eût guère osé peindre les jeunes filles de la campagne sans leur donner la grâce , le teint, l’afféterie des marquises. Parmi ces tableaux, il y en avait de charmants, mais c’étaient des fantaisies. Assurément, Roucher et ses disciples ne faisaient point poser devant eux de vraies campagnardes; on pourrait presque dire qu’ils en auraient eu horreur. Qu’une fille de paysan, brunie par le soleil, vigoureuse, mal attifée, pût figurer telle quelle sur la toile d’un peintre de goût et orner un boudoir ou un salon à la mode, voilà qui ne leur serait jamais entré dans l’esprit. Depuis, heureusement, on s’est défait de ces préjugés : on ne doute plus qu’on puisse rencontrer la beauté partout, et l’artiste qui en a le vrai sentiment n’a pas besoin de la travestir pour la faire admirer même dans les conditions les plus humbles.

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