SUR LA FAMILLE DE RONSARD
A l’occasion de l’article publié l’an dernier sur le manoir de la Poissonnière (‘) et sur Ronsard, on nous a fait quelques observations qui tendent à faire douter de la véracité du poète en ce qui se rapporte à sa généalogie.
Il se peut, en effet, que Ronsard ait reculé plus que de raison le point de départ de sa famille et lui ait attribué, sans assez de fondement, une noblesse quasi légendaire, en se donnant pourancêtre un certain Baudouin, 7narquis à la fois hongrois et bulgare. — Et cependant , dés le seizième siècle, à partir de Claude Binet, son premier biographe, et du cardinal Duper-ron qui fit son oraison funèbre, ses contemporains comme ceux qui sont venus après, depuis Moréri jusqu’à Sainte-Beuve, ont accepté sans discussion la généalogie du poète ; il est vrai que Bayle ,
(’) Le dessin reproduit par notre gravure avait été fait en 1847. Depuis, des réparations ont quelque peu modifié l’aspect du manoir.
dans son Dictionnaire , se borne à dire que Ronsard était de noble maison, et que son annotateur Desmaiseaux ajoute, «qu’il faut mettre le marquisat en question au nombre des chimères que la plupart des maisons nobles racontent de leurs premiers fondateurs. »
Mais, dans la séance de l’Académie des inscriptions du 25 juin 1875, l’iin de ses membres a cru pouvoir réduire les prétentions du poète à des proportions très-modestes; suivant ses recherches, la noblesse de Ronsard ne remonterait qu’à son aïeul et à son père, l’un et l’autre monnayeurs à Bourges, cette profession ayant la prérogative connue de conférer la noblesse.
Cette assertion a, depuis, donné lieu à quelques recherches. Il faut partir de ce fait incontestable que Louis de Ronsard, père du poète, était chevalier de l’ordre et maître d’hôtel du roi Henri II. On peut d’abord mettre en doute que cette fonction se conciliât avec la profession de monnayeur, et que cette dernière s’accordât avec les hautes alliances de la famille de Ronsard et des nobles maisons des la Trémouille et des du Bouchage. Des renseignements précis constatent, d’ailleurs, que la charge de maître de la monnaie à Bourges était, à cette époque, comme inféodée, suivant l’expression d’un chroniqueur, à une famille Peloude , dont une branche reçut même le surnom de Peloude de la Monnaie.
Relativement au nom, il est à remarquer qu’aux quinziéme et seizième siècles, Bourges a compté parmi ses principales familles bourgeoises une ou plutôt deux maisons dont les noms se rapprochent beaucoup : les Rowsard et les Arousard ; d’où cette supposition que de la première aurait pu descendre la famille de Ronsard, soit qu’on admette le changement assez fréquent dans notre langue de la diphthongue on et de la voyelle on, soit qu’on ait fait confusion facile de la lettre u avec la lettre n dans la lecture des originaux manuscrits; tandis qu’en s’appuyant sur le témoignage des documents imprimés et présentant le plus de garantie, tels que V Histoire du Berry de la Thaumassière, les Privilèges de Bourges, attribués à Thoubeau, etc., partout on trouve le nom précité imprimé Romsard et jamais Ronsard.
Comme de raison, et suivant l’usage d’alors, cette famille de grosse bourgeoisie se décora d’armoiries fort compliquées et qui n’ont pas le moindre rapport avec le blason bien connu et très-simple des Ronsard.
Une dernière preuve vient confirmer la noblesse d’extraction de Pierre de Ronsard, et attester que ses ascendants avaient droit à la qualité de gentilshommes, sans la devoir aux fonctions monétaires qu’on leur attribue. Un entrefilet du journal V Intermédiaire , du mois de mars 1866, page 164, constate qu’on trouve aux archives d’une petite commune de la Sarthe (la Chapelle-Gaugain) , dès 154i, d’abord un Claude de Ronsard ; puis, en 1567, un Loys et un Charles; enfin, l’année suivante, Pierre, l’illustre poète vendômois ; tous nés au château de la Poissonnière, à six ou sept kilomètres plus loin, ils étaient aussi seigneurs de la Chapelle-Gaugain , où leurs armes, trois poissons (trois ronces), sont sculptées en plusieurs endroits autour de la nef de la vieille église.
Quel que soit le succès de cette sorte de réhabilitation, il est une autre noblesse inséparable désormais du nom de Pionsard ; c’est la noblesse de son esprit. (')
(M C est à la parfaite obligeance et au savoir de M. Boyer, membre de la Société historique du Cher, que sont dues les investigations curieuses ayant trait au nom et à la noblesse monétaire attribuée à Ronsard, et dont il n’a été possible de donner qu’un extrait.
PARABOLES DE KRUMMACHER (‘).
LE GUIDE OU l’exemple.
Un voyageur avait à faire une route longue et périlleuse, car elle passait par-dessus des montagnes abruptes, et notre homme ne connaissait pas son chemin.
Il s’informa auprès d’un passant qui lui parut expert dans la contrée, car il venait de la parcourir.
Ce passant expliqua en quelques mots au voyageur quels sentiers il lui fallait suivre , quels il lui fallait éviter, ainsi que les abîmes et les mauvais pas qu’il trouverait sur sa route ; après quoi l’on se sépara.
Notre homme tâcha de serrer toutes ces informations dans sa mémoire, et à chaque détour du chemin il s’efforçait de se rappeler les indications du passant. Il marcha ainsi hardiment et d’un pas allègre; mais plus il avançait, plus les rochers s’amoncelaient devant lui, et son chemin paraissait près de se perdre dans les montagnes entre les précipices.
Alors le courage lui faillit ; il regarda les rochers, qui s’élevaient sombres au-dessus de sa tête, d’un œil d’angoisse, et s’écria :
— Non, c’est impossible à un homme de parcourir jusqu’au bout un si rude chemin ; et, pour escalader des rochers si escarpés , il faudrait avoir les ailes des aigles ou les pieds des chamois!
Déjà il regardait en arriére et pensait à reprendre le chemin par lequel il était venu, quand voici qu’il entendit une voix qui lui cria :
— Prends courage, et suis-moi.
Et, s’étant retourné, il reconnut à sa grande joie la figure du passant qui lui avait indiqué son chemin ; il le vit marcher tranquillement au milieu des abîmes et au bord des torrents à l’eau bouillonnante.
Cela lui donna confiance, et il reprit sa route en suivant cet homme; et avant que la nuit ne fût venue, tous deux, ayant passé la montagne, étaient arrivés dans une vallée charmante où croissaient les grenadiers; elle les reçut comme s’ils avaient été au but de leur pèlerinage.
Alors notre voyageur tout joyeux remercia son guide et lui dit :
— Comment te payerai-je ce que je te dois? Non-seulement tu m’as remis en chemin, mais encore tu m’as rendu la force et le courage.
A quoi l’autre répondit ;
— Non point! tu ne me dois rien; ne suis-je pas un voyageur comme toi? Seulement, tu as vu par mon exemple qui tu es et ce que tu peux faire.