LE TOMBEAU DE JONAS
Le tombeau de Jonas {Néhi-Younous) est le nom donné à une éminence sur laquelle s’élèvent une mosquée et d’autres constructions, et qui est contenue dans la même enceinte de briques crues avec soubassement de pierres de taille et blocage qui renferme Koyoundjick. On sait que cette ville fut bâtie sur les ruines de Ninive.
Voici dans quels termes il en est parlé dans le grand ouvrage de MM. Place et Thomas, qui contient la relation de leurs fouilles à Ninive et en Assyrie ; « Trouver sur l’emplacement de Ninive un tertre portant la désignation de « Prophète Jonas », il y avait là de quoi faire espérer toute une mine de souvenirs. Au nom venaient s’ajouter d’autres circonstances non moins intéressantes. Déjà nous connaissions la fête commémorative qui se célèbre tous les ans à Mossoul, en souvenir de la mission de Jonas. Dans les traditions du pays, tant chrétiennes que musulmanes, le monticule passe pour renfermer le tombeau du prophète qui avait porté à Ninive la parole de Dieu, et cette tombe, recouverte par une belle mosquée, est encore le but d’un pèlerinage très-suivi. Enfin, nous savions que les Turcoraans établis en haut de l’éminence avaient, en creusant des caves et des puits sous leurs maisons, mis à découvert des plaques sculptéesavec inscription où l’on avait pu lire le nom d’Assaraddhon. Le désir d’explorer une ruine si pleine de promesses était donc bien naturel ; mais nous nous sommes vus arrêtés par un obstacle auquèl nous ne nous attendions pas. Le monticule de Nébi-Younous est tellement respecté dans le pays, précisément à cause de la mémoire de Jonas,
Le Tombeau de Jonas (Nebi-Yomous), sur les ruines de Ninive. — Dessin de Sellier, d’après une pliotograpliie.
que tous les habitants du village turcoman s’opposèrent à ce que nous y fissions la moindre fouille. En vain avonsnous offert d’exécuter les travaux ^ans l’angle opposé à celui où sont le tombeau et la mosquée , sur un terrain qui ne supportait aucune maison, nous ne pûmes rien obtenir, et si nous, étrangers et chrétiens, nous avions persisté à vouloir opérer des tranchées, nous aurions, sans le
moindre doute, provoqué un soulèvement de la population musulmane.
Plus tard, le gouvernement ottoman fit exécuter à Nébi- Younous quelques travaux pour son compte; mais ses agents, trop préoccupés de la recherche des trésors, ne surent pas donner àleurs excavations une direction utile, et le palais d’Assaraddhon reste encore à peu près inexploré.