‹ Magasin pittoresque (volume 2)Chapitre 432 sur 712 · DU CHATEAU DE SAINT-ROCH · texte numérisé non relu

DU CHATEAU DE SAINT-ROCH

Fin. — Voy. p. 36.

Pendant tout le moyen âge, des portes étroites et basses mettaient en communication les pièces des palais et des maisons seigneuriales, et elles étaient ornées trèssimplement, parce qu’on avait coutume de les ouvrir der-

rière des tapisseries. Les plus grandes, ouvrant sur de grandes salles destinées à des fêtes , et qui devaient par conséquent donner accès à une compagnie nombreuse, ne dépassaient cependant pas 2“. 50, soit en hauteur, soit en largeur. La renaissance, au contraire, a mis beaucoup de goût et de soin à embellir les portes d’appartement. On en connaît des exemples nombreux et charmants. Néanmoins, elle n’en modifia pas sensiblement les proportions , qui , jusqu’au règne de Louis XIV , restèrent à peu près telles que les avaient fixées les architectes du moyen âge. Le salon du château de Saint-Roch a trois portes : une de chaque côté de la cheminée, c’est-à-dire s’ouvrant dans l’une des parois de la longueur, — en face de celles-là sont deux fenêtres ; — la troisième , au centre d’une paroi de la largeur, et ayant, elle, pour vis-à-vis, une vaste haie de plus de trois mètres d’ouverture. Elles mesurent environ 2™. 80 sous linteau, excé-

dant un peu les proportions habituelles à la renaissance.

Chaque vantail est divisé en quatre compartiments encadrés d’une moulure riche et saillante. Sur le champ de trois de ces compartiments, les plus petits, se profilent en or modelé au pinceau des entrelacs et des arabesques d’une grande élégance. Dans le quatrième, de beaucoup le plus' grand , est peinte une figure en camaïeu bleuâtre qui se détache d’un fond noir bordé d’ornements analogues à ceux des petits compartiments. Les figures personnifient la Poésie, l’Histoire, la Peinture, la Musique, l’Architecture et la Sculpture. Enfin, dans des bas-reliefs en bois, occupant en hauteur et en profondeur toute la surface des embrasures , sont groupés les divers attributs de chaque art.

Du banc placé entre les deux fenêtres, comme on le voit dans une de nos gravures, on peut examiner à l’aise, et d’un point plus favorable, la cheminée. Le lambris au-

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quel il est adossé est orné d’un niellé d’or courant en frise continue entre deux moulures ornementées d’une rangée de caissons à doubles moulures , de nielles incessamment variés et de colonnettes guillocliées et engagées. Les panneaux qui complètent le lambris, au-dessous des caissons, font ressortir par leur décoration sobre et calme la décora-

tion somptueuse qui les surmonte. Ce lambris est haut de deux mètres. Ainsi que toutes les autres boiseries du salon, il est en chêne ; une légère couche d’encaustique a seulement atténué la crudité du bois neuf ; on a laissé au temps le soin de monter le ton actuel , de lui donner la patine brune et chaude si fort appréciée des vrais amateurs.

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Château de Saint-Roch. — Un des côtés du grand salon. — Dessin d’Olivier Merson.

Au-dessus du lambris règne la tenture. C’est une toile peinte, suivant une coutume assez répandue au moyen âge et à l’époque de la renaissance. Nous compléterons notre dessin par les indications suivantes ; le champ est un peu sombre, bordé de rayures plus claires; un treillis d’or retient les rinceaux de feuillage et de fleurs qui s’épanouis- 8Êût colorés en bleuâtre, sortant de vases teintés de jaune

rosé, avec quelques notes de vermillon jetées çà et là.

Il nous reste à parler du plafond.

Ainsi qu’on peut le voir dans notre gravure, le plafond se compose de poutres et de solives apparentes et moulurées. Quatre poutres maîtresses partagent la salle en cinq travées égales, et, à travers ces poutres, se combine d’un bout de la pièce à l’autre , figurant des parties saillantes,

d’autres enfoncées , une manière d’entrelacs en solivage qui dessine dans un ensemble symétrique cinquante et un compartiments ou caissons d’angles variés , de grandeurs et de formes différentes. Chacun des caissons a reçu un motif particulier de peinture. Ces motifs sont, pour les petits caissons, tantôt des cartouches ou des grotesques, tantôt des vases, tantôt des griffons. Mais les grands compartiments sont ornés de figures. Dans la travée du milieu, le panneau central montre quatre enfants , génies ailés, portant un élégant cartouche où sont inscrites les armes de la famille de Monbrison ; de là, sur un autre panneau, même travée, deux vierges chimériques élèvent audessus de l’épée féodale acostée de lauriers la couronne de comte, couronne à neuf pointes ornées de perles. Dans les travées. voisines sont quatre figures emblématiques, deux par travée. Elles personnifient la Fidélité et le Courage, la Loyauté et la Générosité . On voit une de ces figures, la Loyauté, sur une de nos gravures. Des deux mains écartant son voile, elle se présente de pleine face. Son regard est celui de l’homme que n’agite aucune pensée mauvaise. Les serpents, attributs des Furies, qui décrivent leurs cercles fantastiques à ses côtés, ne peuvent troubler sôn inaltérable sérénité.

Les peintures de ces riches travées, où se pressent une foule de détails originaux et d’incidents charmants, œuvres d’un pinceau toujours correct et flexible, sont exécutées sur fond d’or, quadrillé pour les caissons d’ornements, uni et mat pour ceux qui portent des figures , moyen ingénieux d’augmenter les proportions des personnages et de les isoler, dans une tranquillité lumineuse, des sujets environnants.

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