‹ Magasin pittoresque (volume 2)Chapitre 442 sur 712 · L’ENFANT · texte numérisé non relu

L’ENFANT

L’enfant naît avec le goût d’observer et de connaître. La vie intérieure n’étant pas encore éveillée en lui, il appartient entièrement aux phénomènes du monde qui l’entoure ; tous ses sens sont ouverts ; tous les objets que son regard ou que sa main rencontre l’attirent, l’attachent, le ravissent. Sa faculté d’attention s’épuise vite, mais elle se renouvelle sans cesse. Encore, encore, est le mot expressif qu’il répète incessamment à ceux qui lui donnent une explication ou qui lui racontent une histoire. Il a des trésors de confiance aveugle et de défiance naïve. Pour peu I qu’on manie avec habileté, disons mieux, avec bonté, les

délicats ressorts de son intelligence, on peut lui faire suivre le lil d’une démonstration, d’un raisonnement, d’une idée. Dés qu’il est arrêté , il questionne; et, de question en question, il arrivé à pénétrer, dans la mesure de ses forces , le fond des choses, — A ce goût d’observation , l’enfant joint le besoin inné de l’activité. Ce n’est pas assez qu’on lui montre les objets; il faut qu’il les louche, qu’il les manie, qu’il se les approprie. Voyez-le dans ses jeux. «Les jeux des enfants, dit Montaigne avec un sens profond , ne sont pas jeux, et les fault juger en èulx comme leurs plus sérieuses actions. » Au besoin, ils briseront l’objet qui les amuse pour en connaître le secret. L’enfant ne détruit, d’ailleurs, que pour essayer de rétablir. Il se plaît à construire, et ses constructions sont parfois merveilleuses de rectitude et de grâce : il est naturellement-géomètre et artiste. Il a, par-dessus tout, une inépuisable fécondité d’invention; il fait, défait, refait : c’est un créateur. — Enfin, le dernier trait qui le caractérise, c’est qu’il n’aime pas à se sentir comme

peidu dans la foule. Il a un vif sentiment de sa personnalité ; il veut avoir sa place à lui, son occupation à lui, son maître à lui. Admirable ressource, pour celui qui saura faire sortir de ce sentiment l’idée instinctive de la responsabilité morale et la première notion de la distinction du bien et du mal. (•)

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