CONSTANTINOPLE
SAINTE-SOPHIE. — l’ÉGLISE. — LA MOSQUÉE.
Fin. — Voy. p. 22.
rv. — DESCRIPTION DE SAINTE-SOPHIE.
Examinons maintenant en détail la disposition des différentes parties de Sainte-Sophie. Étudier Sainte-Sophie, c’est apprendre à connaître tous les monuments de l’art religieux byzantin, dont cette basilique est le type le plus | riche, le plus complet et le plus grandiose.
(’) Le problème de mécanique qui est ici l’objet des études de noire Pierre Jousseiin a été , paraît-il , résolu par un habile serrurier mécanicien. Son ingénieux système contre les déraillements et pour l’isolement instantané des wagons, système dont il est l’inventeur breveté, réalise, comme moyen de sécurité, tout ce que peut prévoir la prudence humaine. L’importante modification que nécessiterait dans le matériel des chemins de fer l’application de ce projet aurait été, dit*on. jusqu’à ce jour, un obstacle à son adoption.
Sainte Sophie est orientée d après le rite grec, c’est- côté de l’occident. Cette orientation existe, dit reste, pour -i-dire avec le chevet du côté de 1 orient et les portes du toutes les églises du moyen âge ; une idée religieuse s’y
Vue intérieure de Sainte-Sophie, à Constantinople. —
rattache : on voulait que le prêtre, à l’autel, fût tourné du côté de Jérusalem, du côté du tombeau du Christ. Depuis, cette règle a été souvent oubliée par les architectes
modernes. Sainte-Clotilde , à Paris, a sa façade au nord; la Trinité a sa façade au sud.
La basilique de Justinien présentait dans son plan gé-
in'ral la figure rrun carré long. En arrivant du coté de la 1 cour rectangulaire, avec des portiques tout autour, et au façade occidentale, on rencontrait d’abord un atrium, ou 1 milieu un bassin d’où jaillissait un jet d’eau Ce bassin
Dessin de Sellier, d’après une photographie de J. Laurent.
servait aux ablutions des pieds, du visage et des mains. Venait ensuite un grand vestibule répondant au pronaon ou pronaos des temples païens. Ce vestibule, dans les édi-
fices chrétiens, était simple ordinairement : on l’appelait narthex. A Sainte-Sophie, il était double. On nommait naturellement exmarthex (narthex extérieur) le narthex
qui ouvrait sur l’airium, et csonarlhex (nartliex intérieur) l,e nartliex qui se trouvait entre Vcxonarthex et rintérieiir :Cle l’église. C’est dans l’exonarthex que les lidèles dé- .'posaient leurs chaussures; cette salle était construite en briques et sans ornements. L’esonartliex avait un sou- 1 bassement de marbre et une voûte ornée de mosaïques, dont rune l'eprésentait l’archange saint Michel faisant la garde, son épée nue à la main.
Neuf portes conduisaient de l’esonarthex dans la nef et les bas côtés de l’église. Ces portes étaient enrichies d’ivoire, d’ambre et d’argent.
L’église proprement dite est, à peu de chose près, un carré parfait ; 81 mètres de long sur 69 de large. Elle est divisée en trois par la nef du milieu et deux bas côtés latéraux. Au milieu de la grande nef, c’est-à-dire au centre du carré, s’élève la coupole. Cette coupole repose sur quatre grands arcs dont les extrémités s’appuient sur des piliers. Les quatre angles curvilignes qui se trouvent entre les quatre arcs font quatre pendentifs, et transforment par conséquent le plan carré déterminé par les piliers en un plan circulaire sur lequel porte la coupole. Sur les deux arcs perpendiculaires à l’axe de la nef s’appuient deux voûtes en quart de sphère, dont la projection héraicirculaire donne au plan de la nef l’aspect d’une ellipse. Chacune de ces demi-coûpoles donne naissance à deux autres demi-coupoles plus petites, soutenues par des colonnes. Cette superposition de coupoles, qui, par suite de l’agencem.ent des arcs, font l’effet de se tenir sans points ù’appui, donnait à la grande coupole centrale une légèreté inimaginable. Elle semblait littéralement suspendue dans les airs.
Disons tout de suite qu’un tremblement de terre, survenu dix-sept ans après, ébranla ce dôme qui s’écroula en partie. L’empereur Justin ordonna de le reconstruire. L’architecte chargé de ce travail fit la coupole surhaissée et elliptique , de sphérique quelle était. Toutes les précautions furent prises. On se servit encore de briques de Rhodes, comme solides et légères à la fois. Les échafaudages ne furent enlevés qu’au bout d’un an, quand le travail fut achevé , afin que le mortier eût tout le temps de sécher. Quand il fallut enlever toutes ces grandes poutres, on alla même jusqu’à transformer l’église en un vaste bassin, que l’on remplit d’eau à la hauteur de quatre aunes, de façon que les grosses pièces de bois en tombant ne pussent causer d’ébranlement au sol. On renforça aussi les quatre gros piliers du centre par d’énormes murs qui les soutenaient latéralement.
La nef destinée aux fidèles partait de l’esonarthex et , dépassait un peu le point correspondant au centre du jdôme. Le pavé était en marbre vert, aux veines ondoyantes, et disposé de manière à figurer quatre fleuves. Au milieu de la coupole était une gigantesque image en mosaïque du Père éternel. Les pendentifs étaient également décorés de figures représentant les apôtres, disent les uns, des chérubins, disent les autres. A la base de cette coupole régnait une corniche de marbre blanc, d’où partaient des nervures aboutissant au centre du dôme. La coupole était percée de quarante-quatre fenêtres cintrées et couverte de lames de plomb primitivament dorées.
Les bas côtés étaient séparés de la nef par de grosses colonnes. Sur ces colonnes s’appuyaient des arcs en plein cintre, aux archivoltes ornées de feuillages. Les chapiteaux et tailloirs n’appartenaient à aucun ordre, et, comme silhouette, offraient des lignes un peu massives; mais les feuillages, les moulures, les croix, les inscriptions qui les garnissaient leur donnaient un caractère particulier, que l’on retrouve, du reste, dans les chapiteaux de l’architecture appelée romane. Ces bas côtés étaient
divisés dans le sens de la longueur en trois compartiments, communiquant entre eux par de grands arcs et formant des chapelles. A droite et à gauche du dôme, dqs portiques coupaient ces mêmes bas côtés perpendiculairement à leur axe. Ces deux portiques conduisaient au gynæconilès (tribune des femmes), où il y avait également des places pour les catéchumènes. Le gynæconitès était une longue galerie construite au-dessus des bas côtés. Nos gravures peuvent faire très -bien comprendre une partie de cette disposition des lieux. Les deux galeries du gynæconitès faisaient un angle en retour à leur extrémité occidentale et se trouvaient reliées par une troisième galerie ménagée au-dessus de l’esonarthex.
Les bas côtés étaient éclairés par des fenêtres cintrées garnies de vitraux. Les fenêtres du gynæconitès étaient plus grandes, et fermées en bas par des lames de talc ou pierre spéculaire, et en haut par des vitraux. Au bout des bas côtés se trouvaient, à gauche, la place des empereurs, et à droite, celle des impératrices.
Au delà du dôme , à l’entrée de la demi-coupole qui précédait le sanctuaire, s’élevait l’emàon (pupitre, chaire), îl était fait de marbres précieux, et surmonté d’un dais en dôme soutenu par des colonnes dorées. Au sommet du dais se dressait une croix d’or constellée de perles fines. Derrière l’ambon était un espace libre, et au bout de cet espace se trouvait le sanctuaire ou bêma. Ce sanctuaire était protégé par un mur en bois de cèdre, divisé par douze colonnes accouplées et revêtues d’argent. Des médaillons représentant la Vierge, les apôtres, les prophètes et le Christ, et des monogrammes de Justinien et de Théodora, complétaient la décoration. Trois portes fermées avec des voiles d’une grande richesse servaient à pénétrer de la nef dans le sanctuaire.
Le sanctuaire s’arrondissait en hémicycle, et se terminait en haut par un enfoncement en quart de sphère, à la façon des autres demi-coupoles : c’est la voûte en cul-defour que l’on trouve plus tard fréquemment dans les chapelles absidales des églises romanes. Ce sanctuaire était éclairé par trois fenêtres qui recevaient les premiers rayons du soleil levant. Les légendes racontent que Justinien dans son plan avait d’abord marqué une seule fenêtre pour l’abside, puisqu’il se décida à en mettre deux; mais qu’au moment où on allait suivre ces dernières indications, un ange vêtu de la pourpre impériale apparut aux architectes et leur dit : « Je vous ordonne d’éclairer l’autel par trois fenêtres, en l’honneur du Père, du Fils et du Saint-Esprit. »
La table de l’autel était faite, disait-on, d’un mélange de perles et de diamants, d’or et d’argent, de fer et de platine, fondus ensemble. Tous les autres objets du sanctuaire, colonnes, arcs, petites coupoles faisant dais, ciborium, fleurs de lis, globe, croix, trône du patriarche et sièges des prêtres, étaient en or ou en argent, ou en argent doré.
Nous laissons de côté certains détails relatifs à des parties accessoires de l’église ; mais nous en avons assez dit pour donner une idée de la richesse éblouissante que dut offrir Sainte-Sophie sous les empereurs grecs.