‹ Magasin pittoresque (volume 2)Chapitre 464 sur 712 · MON SOUHAIT · texte numérisé non relu

MON SOUHAIT

Je voudrais être le chêne qui s’élève là-bas, dans l’odorante verdure de la forêt, et, comme le chêne, vieillir quelque mille ans.

Caressé, quand tout repose encore, par le premier rayon du soleil, et, quand la nuit tombe, par la dernière lueur.

Je voudrais, à chaque printemps, revêtir un nouveau feuillage , habitation aérienne des oiseaux , m’arrondir tous les ans d’un anneau , et élargir mon ombre;

Et, tout rêveur, quand l’hiver approche, concentrer ma chaleur et ma force , le cœur plein de souvenirs d’été , la moelle pleine de désirs bouillonnants;

Puis me réveiller alors que le printemps fera jaillir mes bourgeons de leur enveloppe , et que chaque feuille sera un œil ouvert pour réfléchir le soleil de Dieu.

Je voudrais avoir le cœur tellement ferme, que la foudre même puisse à peine l’entamer ; être arrosé et rafraîchi par les ondées dont les mille diamants étincellent ;

Recevoir une douce clarté de la lune, ou resplendir de l’éclat des vers luisants, et m’assoupir tandis que le rossignol chante sa chanson dans le taillis.

Je verrais les hommes passer, et de jeunes devenir vieux, et les événements se presser sous des aspects changeants.

J imprimerais une portion des annales du monde dans ma mémoire , et ce que vous nommez grandeur aujourd’hui semblerait petit à ma vieillesse.

J abriterais le repos du voyageur et les bandes joyeuses des enfants, et je murmurerais à l’oreille de l’homme la légende des temps passés.

Et quand je serais devenu vieux, — vieux de quelque mille ans , — alors de moi l’on tirerait une maison , une table, un berceau, un cercueil.

Dans le berceau, un bel enfant en qui la vie s’allume ; sur la table, du vin, et des toasts portés en mon honneur peut-être. Dans la maison, mainte réunion bigarrée, cœurs où le bien alterne avec le mal, comme aussi l’homme, sous son toit, entrelace joies et douleurs.

Ainsi je vivrais, admis à tout ressentir. Je serais même la dernière demeure où, secouant le poids d’un monde de misère, le pèlerin puisse se reposer.

^ Là, devant moi, un chêne s’élève jusque dans l’azur. Si je contemple son vert feuillage, je suis à la fois joyeux et triste. G. -K. Herlossohn.

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