‹ Magasin pittoresque (volume 2)Chapitre 466 sur 712 · VAN DER MEER DE DELFT · texte numérisé non relu

VAN DER MEER DE DELFT

Collection de M L. Double. - Un Géographe, par Van der Meer de Delft. — Dessin d’Édouard Garnier.

II y a beaucmiP de confusion et d’obscurité dans le peu de renseignements que l’on est parvenu à recueillir au dernier siècle et au nôtre sur les peintres qui ont porté le nom de Jan Van der Meer.

Cependant, grâce surtout aux recherches des écrivains et amateurs hollandais, Houbraken, Van Eynden, Van der ^\ illingen, et d’un Français qui a écrit sur les arts sous le pseudonyme de Burger, on sait aujourd’hui qu’il y a eu quatre peintres du même nom :

Jan Van der Meer, né à Schoonhoven , près d’Utrecht, et qui passa à Utrecht la plus grande partie de sa vie. 11 avait cependant fait le voyage de Rome. Il était riche, fut ruiné parla guerre, et obtint, en 1682, la place de contrôleur des convois et licences de la navigation. I! est peu connu comme peintre, quoiqu’il ait fait de grands tableaux aujourd’hui perdus.

Jan Van der Meer le Vieux, né en 1628, à Harlem, Tome XLIV. — Mai 1876.

mort en 16Ô1, et enseveli dans la vieille église de cette ville. Il a peint des paysages.

Jan Van der Meer le Jeune, né en 1656, mort le 23 mai l'I05. Il était heau-frére du peintre Dusart. On connaît de lui des paysages avec animaux dans la manière de Berghem.

Enfin Jan Van der Meer de Delft ou Jan Vermeer, le plus célèbre désormais, après avoir été longtemps oublié, et le plus digne de cette nouvelle renommée. Il naquit à Delft, en 1632, et fut élève de Carel Fabritius, qui lui-même avait étudié dans l’atelier de Rembrandt. Il avait vingtdeux ans en 1654, quand son maître Fabritius fut tué par l’explosion d’un magasin à poudre, et sa renommée était déjà grande dans sa ville natale. M. Burger pense qu’il alla alors à Amsterdam, et qu’il prit là quelques-unes des qualités qui distinguent les peintres formés autour de Rembrandt, les Maes,les Metsu, les Pierre de Hooghe, avec lesquels on l’a confondu quelquefois. « Ce qu’il y a de sûr,

ajoute le même auteur, c’est queVanderMeer était rentré à Delft en 1660, et qu’en 1661 il était un des six chefs de la guilde de Saint-Luc de cette ville. » L’année suivante, nous trouvons un témoignage précieux dans le Journal des voyages de M. de Monconys, conseiller du roi de France, grand amateur de peinture, qui avait vécu en Italie dans la fàmiliarité de Poussin et d’autres artistes célèbres, et qui visitait alors la Hollande :

« A Delphes, écrit-il (pour Delft), je vis le peintre Vermeer, qui n’avait point de ses ouvrages ; mais nous en vîmes un chez un boulanger, qu’on avait payé six cents livres, quoiqu’il n’y eût qu’une seule figure, que j’aurais cru payer de six pistoles. « Six cents livres , somme considérable à cette époque , c’était le prix qu’on payait pour une figure de Gérard Dow dans tout l’éclat de sa renommée. Van der Meer n’avait encore que trente ans. C’est à cette époque et dans les années qui suivirent qu’il a dû peindre ses œuvres les plus achevées, et parmi celles-ci le Géographe, de la galerie de M. L. Double, que reproduit notre gravure. Van der Meer a peint plusieurs tableaux qui représentent un sujet semblable, avec des différences dans la composition. Celui-ci pourrait s’appeler, pour le distinguer des autres, V Astronome, car c’est un globe céleste qui est placé devant le personnage et sur lequel il étend sa main.

On ne sait pas à quelle date mourut le peintre de Delft, ni ce qu'il devint après les invasions françaises qui portèrent un si grand trouble dans sa patrie, en 1672. A quelle époque cet artiste, dont la vogue fut si grande de son vivant, commença-t-il à être assez négligé pour que ses ouvrages aient eu pendant longtemps plus de chances d’être vendus sous la fausse signature de quelques-uns de ses rivaux, Pierre de Hooghe , par exemple? Aujourd’hui, ils sont estimés aussi haut qu’ils le furent jamais.

Son œuvre se compose de scènes familières , de vues prises dans l’intérieur des villes, et de paysages. Ses qualités ordinaires sont la finesse et la solidité de la peinture, la magie de la lumière, et toujours la sincérité.

« Il manie la pâte, dit Burger, comme Rembrandt; il fait jouer la lumière comme Pieter de Hooch , qu’il imite un peu; il a aussi quelque chose d’Aalbert Cuyp ('). »

M. Maxime du Camp a écrit en 1857 (*): __

« Cela est peint avec une vigueur , une solidité , une fermeté d’empâtemént, très-rares chez les paysagistes hollandais... Van der Meer est un rude peintre... » Théophile Gautier, en décrivant le Musée de la Haye (’), a dit aussi :

« Van Meer peint au premier coup avec une force, une justesse et une intensité de ton incroyable. »

« S’il était possible, dit encore Burger (^), de réunir dans une exposition tous ses tableaux. Van der Meer de Delft monterait vite au premier rang de fÉcole hollandaise. »

LES GÉOGRAPHES

ESQUISSE d’uIVE HISTOIRE DE LA GÉOGRAPHIE.

Qu’est-ce qu’un géographe? Pour bien répondre à cette question , il nous suffira de consulter le dictionnaire de M. Littré (®), Au mot géographie, voici ce que nous y lisons :

(I La Géographie est la science qui a pour objet de connaître les différentes parties de la superficie de la terre,

(■) Voy. p. 129'.

(-) Revue de Paris, 1®'' octobre.

P) Le Moniteur, juin 1858.

P) Galette des heaux-arts, 1866, p. 458.

P) Dictionnaire, de la langue française, par M. Littré; 4- vol. — Abrégé de- ce Dictionnaire, par M. Beaujean, professeur au lycée Louis-le-Grand ; 1 vot.

d’en assigner les situations réciproques, et d’en donner la description. »

Il convient de noter que cette définition est celle de la géographie physique. On devrait Tétendre beaucoup, si l’on considérait qu’il importe aussi d’étudier et de décrire la terre dans ses rapports non -seulement avec les climats, les saisons et le ciel, mais encore avec ses produits de toute nature, ses habitants, leurs mœurs, leur histoire, leurs arts, leurs progrès. Prise ainsi dans son ensemble, la géographie est, à vrai dire, la plus vaste des sciences, et il faut, pour s’en faire une idée complète, la diviser en un grand nombre de branches diverses : géographie astronomique, géographie historique, géographie politique, géographie botanique, etc. Toutefois, il reste vrai que le but principal qu’elle se propose reste toujours celui qu’indique avec concision son étymologie grecque : «Description de la terre. » {’)

Si l’on recherche quels ont été les hommes qui, depuis les temps les plus anciens jusqu’à nos jours, ont contribué insensiblement à faire connaître, les unes après les autres, les diverses parties de la terre, on en trouve naturellement un très-grand nombre, et on ne saurait les nommer tous et indiquer les services de chacun d’eux, à moins d’avoir à sa disposition beaucoup d’espace. Ici nous devons nous borner à une liste très-abrégée, soit des monuments géographiques, soit des géographes, et à une énonciation très-sommaire de leurs travaux.

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