LA VIERGE OUVRANTE DE MAUBUISSON
Voy. p. 27.
Nous avons décrit, dans une précédente livraison, une Vierge ouvrante qui appartient an Musée du Louvre. On va voir, par l’extrait suivant d’une communication faite à la Société des antiquaires de France par M. deMarsy, un de ses correspondants, que les objets de ce genre pouvaient atteindre à de très-grandes dimensions.
« En 1636 ou environ, ditM. de Marsy, il y avait encore dans l’église de Maubuisson (près de Pontoise), derriérele grand autel, une Vierge d’une grandeur et d’une grosseur prodigieuses; on prétend quelle avait été faite il y avait deux cents ans par la dévotion d’une abbesse. Cette Vierge, assise dans une chaise proportionnée à sa grosseur et à sa grandeur, était fendue parle milieu depuis le front jusqu’aux pieds et s’ouvrait en six pans, trois de chaque côl Quand elle était ainsi ouverte , ce n’était plus une Vierge, mais un monde entier : on y voyait le Paradis, le Purgatoire, l’Enfer, avec tous les mystères de l’Ancien et du Nouveau Testament, depuis la création du monde jusqu’au jugement universel; le tout représenté pardes figures en bosse grandes comme le doigt, rangées sur des tablettes qui faisaient les séparations des lieux et des histoires. Ces petites figures étaient jolies et parfaitement exécutées.
» Ce grand édifice était porté par des ermites qui chantaient et jouaient d’instruments de musique. Ils avaient des bouches ouvertes et immensément grandes et surtout celui qui battait la mesure qui faisait rire à voir. Ces ermites étaient le divertissement de tous les enfants de Pontoise qui ne venaient jamais à l’église de Maubuisson, soit en procession ou autrement, sans faire provision de pommes, de noix, de gâteaux, pour donner â manger aux ermites. Et quand ils avaient rempli la bouche de ces moiqes, c’étaient des ris et des caquets insupportables. » Pihan ajoute « que l’abbesse de Maubuisson, Marie Suyreau, connue par son zèle et son rigorisme, prit le parti de
faire enlever cette statue non-seulement à cause du ridicule qui était grand , mais encore parce que ce colosse, étant vermoulu de vieillesse, pouvait en tombant endommager le grand autel et tuer des personnes. Les religieux bernardins et quelques anciennes religieuses auraient désiré qu’on fit rétablir cette machine ; mais l’abbesse ne le voulut pas , non^seulement parce quelle n’y voyait aucune utilité, mais parce que les petites figures du dedans étaient délicates ; que cela, avec leur vieillesse , faisait qu’on n’y pouvait toucher sans qn’elles s’en allassent en poudre ; ainsi. Fleuret, maçon de Pontoise, démonta cette machine, abattit les ermites, et passa le tout dans le cloître des religieuses, où M"“ï l’abbesse, par condescendance pour les anciennes religieuses, la fit placer dans une chapelle. »
En terminant son récit, Pihan dit qu’on trouve la confirmation de ces faits dans les Mémoires de la sœur Candide, confidente de M™® Suyreau, et qu’ils ont été attestés par M. Nicole, après enquête, en 1685.
«Que devint cette statue?» dit en terminant M. de Marsy. Nous savons aujourd’hui qu’elle existe encore. M. de Guilhermy, membre de la Société des antiquaires de France, a fait connaître, à l’occasion de la publication qui précède, que la Vierge ouvrante de Maubuisson se voit actuellement près de Pontoise, dans l’église de Saint- Ouen l’Aumône.