FÉNELON ET AUGUSTIN THIERRY
Fénelon a écrit ;
« Le point le plus nécessaire et le plus rare pour un historien, est qu’il sache exactement la forme du gouvernement et le détail des mœurs de la nation dont il écrit l’histoire, pour chaque siècle. Chaque nation a ses mœurs très -différentes de celles des peuples voisins. Chaque peuple change souvent pour ses propres mœurs. »
Et après avoir cité, dans l’histoire ancienne, des exemples de ces changements, Fénelon poursuit :
« Notre nation ne doit point être dépeinte d’une façon uniforme ; elle a eu des changements continuels. Un historien qui représentera Clovis au milieu d’une cour polie, galante et magnifique, aura beau être vrai dans les faits particuliers, il sera faux pour le fait principal des mœurs de toute la nation. Les Francs n’étaient alors qu’une troupe errante et farouche, presque sans loi et sans police, qui ne faisait que des ravages et des invasions ; il ne faut pas confondre les Gaulois polis par les Romains avec ces Francs si barbares. 11 faut laisser voir un rayon de politesse naissante sous l’empire de Charlemagne ; mais elle doit s’évanouir d’abord. La prompte chute de sa maison replongea l’Europe dans une affreuse barbarie. »
Un soir que je venais de relire cette page de Fénelon, et qu’elle m’avait frappé par sa ressemblance avec la nouvelle doctrine qui dicta une partie au moins des célèbres Lettres sur l'histoire de France , j’arrivai, Fénelon à la main, chez M. Augustin Thierry, et je lui lus ce qui m’avait si vivement frappé. « Mais c’est tout juste mon programme ! s’écria-t-il. J’ai dû lire cela autrefois. J’avais oublié Fénelon ; quel dommage que j£ ne l’aie pas eu présent à l’esprit pour m’en autoriser à propos ! » (’)