ALBUM
Un album est un livre intime qui appartient de droit à toute femme d’intelligence et d’intérieur qui cultive son cœur et sa pensée.
Ce n est point un meuble de luxe et de salon , encore moins une enseigne de bureau d’esprit. C’est une chose privée, qui comme telle a sa pudeur, mais aussi sa sincérité , qui s offre à la sympathie , mais qui ne s’expose pas plus à la critique qu’à l’éloge. C’est un journal personnel qui se fait, comme à notre insu, sous la dictée du cœur; (q E. Egî"T, l'Hellénisme en France.
c’est le sanctuaire aimé de la pensée ; c’est, sous forme de poésie, de dessin ou de musique, le dépôt sacré des mélancolies et des aspirations saintes, la conversation reposée et'écrite du foyer, le terrain réservé où le souvenir règne et gouverne ; c’est un coin du cœur ouvert aux amis. Si l’esprit s’y glisse, c’est en famille, et sans bruit comme sans prétention ; l’album ne lui est point inhospitalier. En sa qualité de papier, il souffre tout, même le talent. Il accueille au besoin le génie lui-même , quand celui-ci lui. fait l’honneur de se présenter chez lui. Je sais quelques albums qui cachent des chefs-d’œuvre , vraies perles enfouies dans des océans inconnus. I
Les anciens avaient leurs tablettes qui les suivaient partout. Ils s’en servaient, dit -on, les hommes de loisir pour inscrire leurs projets de plaisirs ; les hommes d’affaires, leurs devoirs de tous les jours. Les hommes d’état de notre temps ont leur portefeuille, les hommes sérieux ont leur agenda ; pourquoi les femmes n’auraient-elles pas leur album?
L’album est entré dans nos mœurs, comme la lettre familière qui, tous les jours, fait colporter par la poste des drames plus émouvants que ceux de nos théâtres et de nos romans, des confidences de femmes et de mères aussi spirituelles peut-être et aussi éloquentes que les lettres de M'"fi de Sévigné.