CHARGES DE COUR
Les détails suivants sont extraits de rapports faits au bureau général des dépenses du roi, en mars 1780, par M. Mesnard de Chousy (*), et de divers autres documents Q).
Il y avait 295 officiers de bouche, sans compter les garçons pour la table du roi et de ses gens.
Le premier maître d’hôtel recevait 84 000 livres par
(’) Archives nationales, O' 738.
P) Mémoires d’Augeard, de d’Argenson, de M-» Campan, etc. Consultez aussi Warroquier, Etat delà France en 1789, V Essai sur les capitaineries royales et autres, etc. ; Taine.
an (’) en billets et en nourriture, outre ses appointements et les «grandes livrées» qu’il recevait en argent.
Les premières femmes de chambre de la reine, inscrites sur l’almanach pour 150 livres et payées 12 000 francs, se faisaient en réalité 50 000 francs par la revente des bougies allumées dans la journée.
La place du secrétaire des commandements, marquée 900 livres, lui en rapportait, d’après ses propres déclarations, 200 000.
Le capitaine des chasses à Fontainebleau vendait, à son profit, chaque année, pour 20 000 francs de lapins.
Dans chaque voyage aux maisons de campagne du roi,, les dames d’atours , sur leurs frais de déplacement, gagnaient 80 pour 100.
Une gouvernante des enfants de France f) s’était fait 115 000 livres de rente dans sa place, parce que, à chaque enfant, ses appointements augmentaient de 35 000 livres.
La surintendante, inscrite pour 6 000, en touchait 150 000. i
Sur un seul feu d’artifice , le duc de Gèvres gagna 50 000 écus par les déhris et charpentes qui lui appartenaient en vertu de sa charge.
Une dame Q), qui avait le titre de garde du lit de la reine, touchait 12 000 francs sur la cassette du roi.
Le fils aîné de M. de Machault, nommé intendant des classes, recevait 18 000 livres par an ; il n’avait d’autre travail que de signer son nom deux fois par an.
La place de secrétaire général des suisses, donnée à l’abbé Barthélemy, lui rapportait 30 000 livres de rente.
La place de secrétaire général des dragons, qui fut donnée successivement à deux poètes assez médiocres. Gentil Bernard et Laujon, valait 20 000 livres par an.
Il y aurait une longue liste à faire de tous les appointements donnés à un grand nombre de personnes dont les fonctions n’étaient guère quedes sinécures ; grandsofficiers du palais, chambellans, écuyers, pages, dames d’honneur, dames d’atours, dames pour accompagner la reine chez les princes et les princesses, etc.
Quant aux sommes données gracieusement, par pure libéralité, aux princes, nobles, etc, elles s’élevaient à un chiffre extraordinaire. Quelques-uns de ces dons sont motivés de la manière la plus étrange : 6 000 livres et 10 000 livres de pension à la nièce et à la fille de M. de Rouillé, en compensation de ce qu’il n’a pas participé au traité de Vienne ; une pension de 10 000 livres à la marquise de Sade, parce qu’elle a déplu à Madame Infante, et qu’elle se retire.
Ces ahus étaient de tradition ; ils n’étaient guère plus imputables à un règne qu’à un autre ; par malheur, le trésc4' de l’État était épuisé, les impôts étaient écrasants, les famines fréquentes; la misère publique soulevait un mécontentement universel. Les ministres, qui se succédaient sans pouvoirfaire les réformes nécessaires, demandaient en vain des économies, qui, d’ailleurs, au degré de désordre et de pénurie où étaient arrivées les finances, n’auraient apporté que peu de remède au mal. De là, comme l’on sait, la nécessité de convoquer une assemblée des notables qui fut impuissante, et ensuite les États généraux, dont Louis XI Y avait voulu se passer, afin de ne rencontrer aucun obstacle à son pouvoir, quoique de sages avertissements des trois ordres réunis eussent peut-être prévenu la triste fin de son règne et la suite des événements qui ont amené la chute de l’ancienne dynastie.
(') Cette somme et toutes celles qui suivent doivent être doublées si l’on veut avoir l’.équivalent en valeur de l’argent aujourd’hui;
(2) jvi“» de Tallard.
(’) M">' de Lahorde.
LE POMMIER DE l’Église de bouillon (manche).
Rien n’est si fréquent dans l’Inde et dans les terres chaudes de l’Amérique que de voir d’antiques constructions envahies par de puissants végétaux qui croissent
au milreii des pierres et qui finissent par couvrir les ruines d’un réseau de verdure pour ainsi dire inextricable. Lb hameau de Bouillon , q-ui apprtient au département de la Manche, et qui n’est pas inconnu aux archéologues, en raison du superbe menhir qui se dresse encore sur son territoire, non loin du village de Vaumoisson , offre un petit phénomène de ce genre fort rare sous nos climats.
Un pommier, que les plus vieux habitants du pays se rappellent avoir vu dans le même état de croissance , s’est implanté, on ignore à quelle époque, sur le mur de cette petite église, et ses racines se sont frayé un passage dans les interstices des pierres, sans que l’on puisse supposer qu’elles aient rencontré aucune parcelle de terre végétale . Ce pommier, renommp dans tout le pays d’alentour, fleurit chaque année, et, la saison venue, se couvre de pommes; elles sont petites, mais, au dire de chacun, d’un goût excellent.
CIMETIÈRE DE MONTIVILLIERS (.seine-inférieure).
Jadis, sur l’emplacement du cimetière que notre dessin représente, Jacques Deschamps, vicomte de Montivilliers, habitait un château dont la situation au milieu d’une charmante vallée devait faire un séjour aussi riant qù’il est triste aujourd’hui; un jour, une fille de ce seigneur tomba dans un puits et mourut. Désespéré, Jacques Deschamps
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ne voulut plus vivre en ces lieux ; il transforma sa demeure en cimetière et lit élever une croix à la pkce du puits où avait péri sa fille ; on rapporte que son projet avait été d’entourer ce « champ de paix » (‘) d’un beau cloître.
Il mourut en 1520 ou 1525, comme l’indique la date un peu effacée de la pierre tombale placée à l’entrée de !a chapelle, où il est représenté avec le costume du commencement du seizième siècle.
La croix est gothique tà l’exception du sommet; mutilée à l’époque des guerres de religion, elle fut restaurée, en 1600, par Beuriot, vicomte de Montivilliers, qui, sans souci du style de l’ensemble du monument, fit refaire au goût de son temps la petite croix qui le surmonte.
Le cloître, commencé selon les intentions de Jacques Deschamps, est de style renaissance; la voûte a conservé la forme ogivale. Il est, du reste, construit en charpente, sauf le mur extérieur et la chapelle. Sur les piliers plus ou moins mutilés on voit des écussons où quelques fragments de peinture figurent une danse macabre, et les instruments de la Passion.
En 1830, on a détruit, dans l’attique du cloître, un charnier formé de têtes superposées avec deux os intercalés entre chacune.
Nos lecteurs n’ont sous les yeux que deux des côtés du cloître. Sur le troisième est la chapelle; des bas-reliefs y représentent la Résurrection de Lazare et les armes du
Ln Cimetière de Montivilliers ( Seine-Inférieure). — Dessin d’Émile Laborne.
fondateur; et des fresques, recouvertes d’un badigeon dont on n’a pu les débarrasser, figuraient l’Enfer, le Purgatoire, et le Paradis.