‹ Magasin pittoresque (volume 2)Chapitre 490 sur 712 · DES FORÊTS DE L’ AMAZONIE · texte numérisé non relu

DES FORÊTS DE L’ AMAZONIE

Un soir, dit Wallace, il y avait, au bord de l’Amazone, une partie de buveurs; un peu avant la nuit, on entendit comme le son de plusieurs trombones et bassons venant sur la rivière dans la direction du village, et aussitôt après parurent huit Indiens jouant d’un instrument ressemblant à un grand basson. Ils en avaient quatre paires de différentes grandeurs et produisaient un son sauvage, mais qui plaisait. Ils en sonnaient tous ensemble assez d’accord sur P) Campo sanio.

un seul ton, et montraient plus de goût pour la musique que je n’en avais déjà remarqué chez ces peuplades.

Ces instruments sont faits d’écorce tortillée en spirale, avec une embouchure en feuilles. Dans la journée, je me rendis à la Malocca et trouvai deux vieillards jouant des plus gros instruments; ils les agitaient d’une façon singulière verticalement et latéralement, en faisant des contorsions correspondantes avec leur corps, et jouèrent longtemps sur un ton régulier, s’accompagnant l’un et l’autre très -correctement. Dès que la musique commença à se faire entendre, on ne vit plus une seule femme, ni jeune, ni vieille, car l’une des plus étranges superstitions des Indiens Uaupés (') est de considérer comme tellement dangereux pour les femmes de voir jamais l’un de ces instru-

(’) Les Uaupés forment une peuplade assez nombreuse , qui vit sur les bords du Uarirà, cours d’eau de la Guyane , l’un des affluents du rio Negro. Voy. Dicoionario do AUo Armn-nnas. Rerife, 1802, in-12.

MAGASIN PiTTOKESQÜE.

ments, qu’ils en punissent de mort, et généralement par le poison, la simple vue. (*)

TOUL

Suite. — Voy. p. 20, 102.

111. — La commune de Tout. — Le maïeur, le maître échevin, les assesseurs. — Histoire jusqu’au milieu du seizième siècle.

A la fin du douzième siècle, le comté de Toul, par suite d’une alliance, passa dans la maison de Lorraine. En 1261, l’évêque Gilles de Sorcy racheta au duc Ferry III l’exercice de la puissance temporelle, qui, comme nous l’avons vu, était entre les mains d’officiers laïques 'depuis l’évêque Gauzelin.

Mais l’esprit de liberté avait fait peu â peu des progrès pendant cette période si troublée, et la bourgeoisie, à Toul comme dans bien d’autres villes, levait la tête et avait besoin de garanties contre l’arbitraire. Les évêques supprimèrent la charge de comte, mais ils n’osèrent pas ne point établir de magistrats qui pussent en tenir lieu.' Ces magistrats furent un maïeur (majeur, maire) et un maître échevin. Leurs fonctions étaient fort importantes. Le maïeur, gouverneur de la ville et investi d’un pouvoir exécutif, avait les troupes sous ses ordres, surveillait et au besoin assurait par la force l’exécution des sentences du maître échevin. Celui-ci, du reste, n’était pas seul. Un conseil de dix assesseurs, plus tard nommés justiciers, fut institué par l’évêque Gilles pour assister le maïeur, l’aider à rédiger les sentences et ordonnances, et former avec lui un tribunal chargé de rendre la justice au nom de l’autorité épiscopale. Ces dix assesseurs représentaient chacun un des dix paraiges dont l’ensemble formait la commune. Ces dix paraiges se nommèrent bannières par la suite ; le chef de bannière s’appela naturellement banneret, et les bannières correspondirent à la division de la ville en dix quartiers. La commune de Toul n’était pourtant pas absolument indépendante de l’évêque, car on pouvait toujours en appeler de la juridiction des justiciers et du maître échevin à la juridiction épiscopale, qui décidait alors d’une façon souveraine.

Les concessions faites par l’évêque Gilles n’avaient pas été faites de bon cœur, comme on peut le croire. 11 ne s’y était même décidé que pour atténuer, dans une certaine mesure, la mauvaise impression produite par des mesures violentes qu’il avait prises dès qu’il avait été élu. Aussi songeait-il, sinon à reprendre ce qu’il avait donné, du moins à se créer des moyens de résister aux demandes ou exigences de la bourgeoisie. Il eut l’idée de faire bâtir au milieu de la ville une espèce de maison forte ou de citadelle, destinée à dominer et à intimider la cité. Le résultat ne fut pas ce qu’il avait prévu ou espéré; car la bourgeoisie, soulevée par son maître échevin et aidée par des troupes de la commune de Metz, prit la maison forte, la rasa et pilla l’évêché. Gilles de Sorcy s’enfuit à Nancy et revint accompagné de Ferry III, duc de Lorraine, et du comte de Bar. La ville de Toul fut assiégée et prise, et les habitants obligés de se soumettre à l’autorité épiscopale et de reconstruire la maison forte.

« D’autres contestations s’élevèrent bientôt ; une servitude étrange en fut la source : les Toulois étaient obligés de défrayer chaque année la maison de leur évêque pendant le mois des Versaines (avril) ; Gilles de Sorcy voulut relever cet usage tombé en désuétude et réclama les arrérages. Le peuple se révolta; il prétendit à son tour que 1 évêque payerait son droit de joyeux avènement. Trois

arbitres furent nommés, et l’on convint que les bourgeois donneraient chaque année à l’évêque seize livres, monnaie de Toul, et que l’évêque, de son côté, livrerait pour la milice et les pauvres, le jour de son ordination ou de son entrée solennelle, quarante mesures devin, huit cents livres de pain et un bœuf entier bouilli avec des panais. » (')

L’évêque Gilles avait donc racheté, comme nous l’avons dit plus haut, l’exercice de la puissance temporelle. Le duc de Lorraine, ami du prélat, tenait alors le comté de Toul par engagement; il fit volontiers à l’évêque la cession de ses droits, et le comte titulaire, Eudes de Lorraine, sanctionna la vente. Ce succès inspira alors à l’évêque de grandes prétentions, qui eurent pour effet de blesser le duc de Lorraine. Les bourgeois de Toul firent un traité avec le duc de Lorraine, mais celui-ci, assez occupé de ses propres affaires, n’eut ni loisir ni possibilité d’aider ses alliés de Toul.

A la mort de Gilles de Sorcy (1271), des troubles violents éclatèrent à l’occasion de la nomination de son successeur. Le siège épiscopal resta vacant pendant huit années. Le chapitre lui-même était divisé, et comme cette division se traduisait par de doubles élections successives, le calme et la paix ne semblaient pas près de se rétablir. Le désordre dura jusqu’à ce que le pape Nicolas III se fût décidé à nommer lui-même un évêque, le franciscain allemand Conrad Probus. La bourgeoisie, pendant cette vacance, s’était attribué des libertés considérables, et l’autorité municipale n’avait fait que s’accroître. Aussi, lorsque le nouveau prélat, comptant sur l’appui du duc de Lorraine et du comte de Bar, voulut parler en maître aux bourgeois et revenir, pour les châtier, sur les désordres qui avaient eu lieu pendant la vacance de l’évêché, la révolte recommença. Dans cette lutte, on voit les cités libres de Metz et de Verdun prêter un appui fidèle et efficace aux bourgeois de Toul contre leur évêque , le duc de Lorraine et le comte de Bar. Ni la force, ni la ruse, ne réussirent à Conrad, à qui, du reste, ses deux voisins n’étaient guère en état de fournir l’appui qu’ils lui avaient promis. L’évêque d’abord , puis les chanoines , furent chassés de la ville. Dans l’intervalle, les bourgeois de Toul, par bravade, construisirent une tour fort élevée qui dominait et menaçait le palais épiscopal, et qu’ils appelèrent Gloriette ou Qui-qu en-grogne. Ce nom , familièrement expressif, se retrouve ailleurs, appliqué à plusieurs constructions élevées dans un but de défi. Une des plus connues en ce genre est la tour élevée par la reine Anne à Saint-Malo, à la suite de démêlés avec l’évêque Guillaume Briçonnet, au sujet du droit de régale. L’évêque Conrad, enfermé dans sa forteresse de Liverdun , ne revint à Toul avec ses chanoines que quand les bourgeois se sentirent assez forts pour ne plus rien craindre de lui, et alors lui accordèrent la permission de rentrer dans la ville.

Jean de Sierck, qui succéda à Conrad, fut plus avisé que lui, et fit aux bourgeois certaines concessions qui lui permirent de vivre avec eux en bonne intelligence. Mais sous ses successeurs les bourgeois eurent à lutter tantôt contre leurs évêques, tantôt contre les seigneurs du voisinage. Les ducs de Lorraine ne prêtaient à Toul qu’un appui fort équivoque et nullement désintéressé : aussi la ville conclut-elle, en 1300, avec Philippe le Bel, un traité par lequel le roi de France la prenait sous sa protection ; le maïeur et les écbevins de Toul, de leur côté, s’engageaient à payer au roi douze petits tournois par feu et à combattre pour lui, sur les frontières de la Champagne, deux jours l’an et à leurs dépens. Ce traité fut invoqué plus tard par Philippe de Valois, à la suite d’une nouvelle

(*) Revue maritime et coloniale, 1. XLlll, novembre 1874.

(’) Bègin, Guide de l’étranger à Nancy.

querelle survenue entre l’évêque Amédée et les boufgeois de Toul. Dans cette querelle, le duc de Lorraine se trouvait être du parti des bourgeois, et s’était engagé, moyennant une pension de cent livres, à les défendre contre toute espèce d’ennemis, y compris le roi de France et leur évêque. Le roi de France fut informé par l’évêque de cette alliance; il chargea le bailli de Chaumont d’entrer avec des troupes à Toul. Le comte de Bar voulut défendre les bourgeois et ne s’attira que des dommages. Quant au duc de Lorraine, il donna et fit accepter comme excuse son ignorance de l’ancien traité, et se montra désormais fidèle allié du roi de France.

Sous le successeur d’Amédée,, la querelle recommença entre l’évêque et la ville. Un détail assez plaisant de cette lutte, c’est que défense fut faite par les bourgeois à qui que ce fût de rien vendre aux chanoines, si bien qu’ils quittèrent la ville encore une fois. A ce moment-là, il y eut un traité entre les trois évêques de Metz, de Toul et de Verdun, pour résister aux bourgeois de leurs vi>lles respectives ; mais les bourgeois de ces trois villes étaient également unis, et ceux de Toul en particulier s’assurèrent l’appui de Yolande de Flandre, comtesse régente de Bar.

Quand les gens de Toul n’avaient pas de difficultés avec leur évêque, il leur en survenait d’autres côtés. Aiqsi, en 1356, Marie de Blois, régente du duché de Lorraine, exigea le gouvernement de la ville au nom de son fils mineur Jean P'’. Mais comme les ducs de Lorraine prédécesseurs de Jean avaient échangé ce droit contre une pension annuelle de cent livres, les bourgeois de Toul refusèrent énergiquement de reconnaître l’autorité de la régente , et comme le duc de Bar leur vint en aide , la duchesse Marie consentit à accepter la pension. Cette pension fut payée jusqu’en 1376, époque où le duc Jean y renonça.

Cependant les empereurs d’Allemagne ne voyaient pas sans inquiétude les rois de France protecteurs de Toul, qui, en droit, relevait de l’Empire. Aussi l’empereur Charles IV, pour s’attacher cette ville, lui accorda-t-il, en 1367, une bulle par laquelle il confirmait tous les privilèges des bourgeois, et proclamait bien haut leur affection, leur fidélité et leur obéissance.

Au commencement du quinziéme siècle, les ducs de Lorraine reviennent sur la décision de Jean pi’ relativement à la pension, et augmentent la somme à payer. D augmentation en augmentation, on arriva à un total de mille livres que les bourgeois, vaincus après différentes tentatives de résistance, même les armes à la main, payèrent désormais exactement jusqu’au milieu du dix-septiéme siècle. Alors le roi de France défendit formellement aux Toulois de plus rien payer au duc de Lorraine.

Malgré ces luttes, la ville était loin d’être en décadence. Une des meilleures preuves d,e son activité, c’est que l’empereur Sigismond, en 1426, autorisa les bourgeois à créer une banque, et permit aux Lombards établis dans la ville d augmenter leur nombre. Charles IV avait fixé ce nombre à douze. On sait que Lo7nhards était un terme générique sous lequel on désignait au moyen âge ceux qui s’occupaient d affaires d’argent, parce que les premiers banquiers étaient originaires d’Italie. Il faut ajouter que ce nom était aussi appliqué aux usuriers.

Pendant^ plusieurs années, de 1427 à 1432, Toul fut inquiété par le seigneur ou damoiseau de Commercy, qui essaya a plusieurs reprises , par force ou par ruse , de s emparer de la ville; mais les vaillants bourgeois de Toul déjouèrent tous ses projets, et le damoiseau, à une dernière attaque, se noya dans le fossé des fortifications.

En 1445, Charles Vil, roi de France, qui venait de so faire payer une bonne somme par la ville de Metz, ré- \

clama des bourgeois de Toul une rente annuelle de deux raille livres et vingt raille livres d’arriéré, moyennant quoi il s’engageait à les prendre sous sa protection. Les bourgeois réclament, refusent; les troupes du roi arrivent devant Toul et brûlent les faubourgs. La ville se soumet, puis refuse de s’exécuter. Le sénéchal Pierre de Brézé, chef des troupes royales, revient sur ses pas, et le siège allait recommencer quand un accord fut conclu ; les Toulois ne payeraient ps les vingt mille livres, et la pension annuelle était réduite à cinq cents florins. On trouve dans les documents relatifs à cette affaire un détail curieux : le sénéchal de Brézé y est appelé lieutenant général pour le roi dans les Trois-Evèchés. On pense tout naturellement aux événements qui, un siècle après, donnaient les Trois-Evêchés à la France.

L’histoire de Toul, pendant la seconde moitié du quinziéme siècle et le seizième siècle jusqu’à Henri II, est remplie par les démêlés des bourgeois avec l’évêque Guillaume Fillàtre; par les efforts que font les Toulois pour rester neutres dans la guerre qui survient entre le duc dé Bourgogne Charles le Téméraire, et le duc de Lorraine René H; par une guerre, désavantageuse pour la cité, qu elle soutient contre le duc de Lorraine a-u sujet de la pension de mille livres ; par plusieurs invasions de la peste; par les dévastations des maraudeurs et pillards appartenant aux deux armées pendant la lutte de François pr et de Charles-Quint, et par les travaux que fait exécuter la ville à cette époque, malgré les privations qu elle endurait et la disette qui sévissait, pour se mettre à l’abri d’une attaque que l’on croyait avoir à craindre de la part des Français.

En 1544, Charles-Quint lui-même vient à Toul; et lorsque, deux ans plus tard (1546), le bruit se répandit qu’une armée française allait envahir les Trois-Évêchés , on se prépara, du moins en apparence, à résister vigoureusement. Il y avait une garnison qui occupait le château fort de Void, petite ville située en avant de Toul, à la rencontre des routes de Toul à Commercy et de Commercy à Vaucouleurs, presque à l’endroit où la petite rivière de Meholle se jette dans la Meuse : la position était forte. Les chanoines de Toul ordonnèrent à la garnison de cette forteresse de refuser le passage au roi de France, s’il se présentait. Malheureusement pour lui, Charles-Quint ne savait pas ménager les gens dont il avait besoin, et la ville de Toul, comme la ville de Metz, était fatiguée d’avoir sans cesse des sommes considérables à payer comme subsides à l’empire, qui demandait toujours et ne rendait jamais, pas même en services. Lorsque Henri H monta sur le trône de France, il trouva là une bonne occasion de se saisir de ces villes à qui le joug impérial pesait lourdement, et il sut en profiter.

La fin à une prochaine livraison.

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