‹ Magasin pittoresque (volume 2)Chapitre 501 sur 712 · LA PERLE DE L’OBERLÂND · texte numérisé non relu

LA PERLE DE L’OBERLÂND

Nous sommes au cœur de la Suisse , dans 1 Oberland bernois, — le pays montagneux de Berne, — et à peu près à égale distance du Schreckhorn à l’ouest, et du Saint-Go-

thard à l’est.

Cette double nappe d’eau qu’on voit se précipiter d une hauteur de 225 pieds dans le profond ravin qu’elle s’est creusé, c’est l’Âar. Celui-ci est grossi au milieu de sa chute par la soudaine affluence du flot torrentueux qui s’échappe, blanc comme neige, du glacier d’Auerlenbach.

L’Aar, ruisseau à sa source, est déjà rivière navigable .*eii sortant des lacs de Brientz et deThun, qu’il traverse; il prend presque les proportions d’un fleuve en se di- "‘:^t'®er»le Rhin, où il verse, comme tribut, les trois "'‘i îOME XLIV, — JüiK 1876.

quarts des eaux qui arrosent le sol de la confédération helvétique.

Le touriste qui se sent attiré par l’imposant aspect des beautés de la nature sauvage, a dû ou devra noter sur sou mémento : « Une visite à la chute de 1 Aar. » 11 ne saurait trouver ailleurs un spectacle plus grandiose, mais aussi plus vertigineux. ^ ,

Supposons notre voyageur parti d Interlaken ; son itinéraire l’a conduit à Meyringen, le chef-lieu de cette vallée deHa'sli, si justement appréciée pour ses cures par les malades buveurs de petitlait ; ensuite, continuant a remonter le cours de l’Aar que la route côtoie, le voyageur arrive à Guttanen, petit et solitaire village, où nous ramènera tout à

l’heure un souvenir historique dont la date nous reporte à l’an 7 de la première république française. Encore une heure et demie de marche et on atteint le chalet de la Handeck, terme de la pérégrination pour qui ne veut pas pousser jusqu’à l’hospice du Grimsel, près duquel l’Aar prend sa source.

S’il n’est alors ni moins de neuf heures, ni plus de onze heures du matin, on se trouve précisément au moment le plus favorable pour contempler dans toute sa splendeur l’effrayante magnificence de ce site merveilleux qu’on a surnommé la Perle de l'Oberland.

C’est de là-haut , sur le petit pont de bois Jeté entre deux fragments de la roche noire, déchirée par le violent effort des eaux pour se frayer un passage, que le regard épouvanté compte les soubresauts tumultueux de la cataracte et plonge avec elle dans l’abîme. Il suffit à la plupart des touristes de l’émotion causée par ce spectacle, vu de haut et à distance, pour satisfaire leur curiosité; mais il en est d’autres, plus intrépides, pour qui la bravade du péril est un besoin ; ceux-là se font lier une corde autour du corps, et leurs guides les descendent, à force de bras, jusqu’au pied de la roche.

Revenons à Guttanen. Ce village a vu naître un pauvre homme qui fut sa vie durant le propriétaire incontesté de la montagne; domaine sans valeur, terre où rien ne croît, et que personne n’habite. Cet homme se nommait Nægeli ; il faisait le métier de guide à la Handeck et aux environs.

En septembre 1799, les Autrichiens occupaient le sommet du Grimsel. Le général français Lecourbe avait tenté en vain de les en déloger. Nægeli offrit alors de conduire un détachement derrière la position autrichienne. Il mit pour condition qu’en cas de succès la montagne qu’on devait traverser lui serait donnée à titre de récompense. Le marché ayant été accepté, le guide prit un sentier que lui seul connaissait, et la troupe française, commandée par le général Gudin , tomba à l’improviste sur les Autrichiens, qui furênt presque tous tués sur place ; ceux qui parvinrent à s’enfuir périrent dans les glaciers de l’Aar.

« Après avoir pris possession de son stérile domaine, dit Murray, l’auteur du HandBook, le guide n’en fut pas plus riche ; mais, depuis ce temps , la montagne a été appelée Nægeli’ s-Grœlli. »

LE SIGNE DE CAÏN

NOUVELLE

Suite. — Voy. p. 179.

IL — l’ainé et le cadet.

Disons que si le baiser delaMarielle était bien pour son petit-lils, c’était à un autre qu’il fallait attribuer le bénéfice de cette larme furtive que Pierrot croyait provoquée par le regret de son départ. Dans ses paroles d’adieu, qui renfermaient un reproche, il avait imprudemment ravivé dans le cœur de sa grand’mère son souvenir le plus cher et le plus douloureux.

Pour que la pensée de la Marielle ne se détournât pas du courageux enfant qui venait de prendre congé d’elle afin d’aller là où journellement tant d’autres avaient déjà trouvé la mort, il eût fallu ne pas lui remettre en mémoire l’être sur qui s’était concentrée autrefois toute la somme de tendresse que la nature avait mise en elle. Tendresse, soit; mais faiblesse serait mieux dit; faiblesse coupable même , car il s’agit ici de cet amour funeste de nourrice qui, aveugle volontaire, se fait le complice des mauvais penchants et des vices naissants dont il nie l’existence, moins parce qu’il ne les voit pas que parce qu’il ne veut pas les voir.

Or, celui que Pierrot nommait, après tant d’autres, le Benjamin de sa grand’mère, ne tenait à celle-ci par aucun lien du sang. C’était simplement le fils dæ ses maîtres. Orphelin de mère moins de deux ans après sa naissance, la Marielle l’avait élevé et même, une fois, rappelé à la vie , quand, tout petit enfant, il était tombé si dangereusement malade qu’on avait étendu sur son visage un léger mouchoir en disant : « C’est fini ! »

Il y avait un autre enfant, un fils aîné, dans la maison où servait la Marielle. Ce fils aîné, nommé Adrien, la vieille gouvernante le regarda toujours comme l’ennemi de son frère. L’aversion qu’il lui inspirait grandissant à mesure que Maurice, son Benjamin, avançait en âge, elle prit à tâche de faire partager à ce dernier d’injustes préventions qui devaient plus tard aboutir à la haine. Les soins malfaisants delà Marielle pour en arriver là ne pouvaient de sa part être peines perdues : le naturel sournois et jaloux de Maurice la secondait.

Georges Francmartel, le père d’Adrien et de Maurice, chef d’une importante usine, — une forge à fer ouvré, — dans laquelle trois générations de la même lignée s’étaient transmis le même renom d’habileté et d’honneur, tarda d’autant plus à s’apercevoir de l’inimitié fraternelle qui s’enracinait dans le cœur de Maurice, que le pacifique Adrien s’efforcait d’en dissimuler les fréquentes atteintes. Doué de bonté autant qu’il l’était de force et de courage, l’aîné des Francmartel se flattait de vaincre par la seule puissance des procédés généreux ce qui est presque toujours invincible : la haine d’un méchant.

Bien que Georges Francmartel fût incessamment occupé par les soins multiples et la surveillance assidue qu’exige la direction d’un grand établissement industriel, certains indices l’éclairèrent cependant sur les agissements coupables de Maurice à l’égard de son frère. La sollicitude paternelle, une fois éveillée sur ce point, ne se rendormit plus. M. Francmartel crut d’abord n’avoir à réprimer que quelques accès de mauvais vouloir; puis ce furent des actes de méchanceté véritable qu’il eut à punir. Ainsi, par exemple, un bijou , précieux souvenir pour la famille, la montre de feu M“® Francmartel, avait été promise à Adrien par son père, le jour de sa première communion. Au moment de réaliser cette promesse, faite devant Maurice, lamontre n’était plus à sa place accoutumée. Plusieurs jours durant on se livra aux plus minutieuses recherches. Tout le monde dans la maison y prit part, Maurice lui-même. Evidemment il y avait eu vol. Les soupçons erraient de l’un à l’autre, ils allaient s’arrêter sur un ancien ouvrier de la forge, devenu chef d’atelier, et qui avait, à ce titre, libre accès chez le maître. Ce chef d’atelier, généralement haï, était dur pour ses subordonnés et brutal envers les apprentis ; ce fut l’un d’eux cependant qui le préserva de la honte d’une accusation imméritée.

Au moment où M. Francmartel se disposait à aller porter plainte en justice, l’apprenti vint spontanément déclarer qu’il avait surpris Maurice se glissant un soir dans une cour de la maison, puis tirant de sa poche un objet brillant qu’il ne put autrement désigner, le briser à coups de pierre, et l’enfoujr sous un pavé. Vérification faite de cette révélation, la montre mise en pièces fut trouvée, en effet, à la place que l’enfant avait indiquée.

Pour toute excuse devant une telle preuve de sa perversité, Maurice osa répondre :

— Il ne fallait pas promettre cette montre à mon frère.

L’intervention d’Adrien ne put cette fois protéger Maurice contre la juste indignation de son père; mais le châtiment ne fit qu’aviver encore la jalousie du coupable. La Marielle y ajouta cette détestable persuasion qu’Adrien n’avait feint d’intervenir entre son Benjamin et leur père

que parce qu'il s’était assuré d’a^'ance quel. Francrnartel ne pardonnerait pas.

Quelques aimées se passèrent, pendant lesquelles la prudence paternelle et mieux encore la mansuétude d’Adrien épargnèrent ci la maison le scandale d’un nouvel éclat de cette impitoyable jalousie. La vieille gouvernante, toujours prête à exciter la défiance de Maurice contre son frère, veillait cependant à ce que l’accord ne s’établît pas entre eux. Après l’événement de la montre, l’apparence d’une sorte d’intimité ne pouvait tromper la clairvoyance de M. Francrnartel, et, chaque fois qu’il surprenait Maurice silencieux et songeur , il se demandait avec inquiétude :

« Quel mauvais coup médite-t-il? »

Adrien avait vingt ans, Maurice touchait à sa seizième année; le maître de forges avait décidé d’associer son fils aîné à l’exploitation de son usine dès le lendemain du jour où celui-ci sortirait lauréat de l’École des arts et métiers du département. Ce jour arriva, Adrien revint au logis paternel; il avait obtenu le prix d’honneur. Seul, Maurice était triste dans la maison en fête.

Déjà importuné parles félicitations que recevait son père, il finit par se sentir irrité jusqu’à la fureur des éloges dont son frère était l’objet. Dans chacun de ces éloges, sa jalousie voyait une injure personnelle. L’estime qu’on accordait à Adrien lui semblait être la mesure du mépris qu’on faisait de lui, et, comme dernière excitation au mal, la pensée que le lendemain son frère partagerait l’autorité du chef de la famille lui faisait concevoir de sinistres projets. Cependant il parvint jusqu’au soir à dissimuler sa colère. Mais quand tous les visiteurs furent partis, les paroles de chaleureuse tendresse que M. Francrnartel adressa à Adrien en le proposant pour exemple à Maurice mirent le comble à l’exaspération du jaloux, et la fièvre delà folie lui monta au cerveau. Avant de suivre Adrien au logement du rezde-chaussée où les deux frères habitaient en commun, Maurice saisit sur le bureau de son père le premier objet qui pùt lui servir d’arme meurtrière. Ce fut un compas qui lui tomba sous la main. Le malheureux fou s’élança dans l’escalier qu’ Adrien descendait devant lui ; il allait atteindre sa victime lorsque le pied lui manqua ; la violence de l’élan lui fit franchir les dernières marches, et il alla se frapper le front à l’angle de la baie où s’ouvrait le vestibule.

Au bruit de l’accident, M. Francrnartel sortit de chez lui ; il arriva assez à temps pour aider Adrien à relever Maurice évanoui et à le porter sur son lit. A la vue du compas qu’il lui arracha de la main, le père épouvanté comprit la pensée du fratricide, car il dit, en désignant la blessure que pansait Adrien : « Dieu l’a puni; il lui a mis au front le signe de Caïn. «

Peu de jours après cet événement, Maurice, cachant sa blessure sous un bandeau , quitta la forge et sortit de la ville pour n’y plus rentrer.

La Marielle, revenue à grand’peine de la crise nerveuse que lui causait la disparition de l’enfant bien-aimé, sortit à son tour le soir même de la maison Francrnartel. Elle alla habiter à l’extrémité du faubourg, chez sa fille, pauvre jeune veuve atteinte depuis la naissance de Pierrot d’une maladie mortelle qui çe tarda pas à l’emporter. Par suite de ce nouveau deuil, la vieille gouvernante de Maurice eut pour devoir d’élever l’orphelin, qui ne put jamais, on le sait, se flatter d’avoir remplacé le Benjamin dans le cœur de sa grand 'mère. La suite à la prochaine livraison.

INSTINCT DE L’imMORT ALITÉ.

Il existe un instinct qui nous entraîne à croire que la mort n’est point la lin de la vie, mais plutôt une modifi-

cation de la vie... Concevez-vous qu’il y ait des êtres assez bizarrement organisés pour lutter volontairement contre cette tendance du cœur humain, et pour appliquer leur raison à créer un système qui, s’il était établi, serait de nature à la faire perdre à tous les malheureux.

De TocauEviLLE.

PEINTURE SUR PORCELAINE

ET SUR FAÏENCE

CONSEILS

Fin. — Voy. p. 2, 159.

Nous avons indiqué, dans notre précédent article , les différentes, manières de procéder pour la mise au trait du dessin surlespiècesàdécorer ; ilnous resterait à dire maintenant comment on devra peindre. Pour nous en tenir au métier, car le reste dépend du goût et du talent de l’artiste , nous dirons seulement que son faire doit être franc, léger, égal pour l’emploi des couleurs; si l’élève a fait avec soin les échantillons que nous avons conseillés , il se rendra parfaitement compte de l’effet que produisent les différents mélanges, et il saura éviter ceux qui enlèveraient de la fraîcheur à ses couleurs.

Nous recommanderons surtout de procéder largement et franchement dans l’ébauche, en passant, comme dans l’aquarelle, des tons simples aux tons composés, et en commençant par les plus clairs; si on le peut facilement, il sera bon de faire donner deux feux à la peinture : le premier, lorsque l’ébauche est peu avancée et que le ton local est seul posé, presque sans indication de modelé, comme l’indique la figure 1 ; ce premier feu, qui doit être trèsdoux, est désigné généralement sous le nom de feu d'attache, parce qu’il a seulement pour but de faire adhérer la couleur à l’émail, et de permettre ainsi de retoucher sans craindre que la couleur mise par-dessus ne vienne délayer celle du dessous. Ou accentue ensuite sur cette ébauche fixée les finesses de coloration et de modelé (fig. 2) que comporte le sujet, avant de cuire définitivement.

Quelques peintres céramistes préfèrent, au contraire, avancer autant que possible l’exécution de leur peinture afin de n’avoir plus à redonner qu’un feu de retouche; cette manière de procéder est préférable évidemment, mais nous croyons qu’elle ne devra être employée que lorsque l’on aura acquis une très-grande habileté. Ce n’est, du reste, qu’une longue pratique qui pourra indiquer le meilleur mode à suivre pour arriver à un bon résultat.

Une peinture sur porcelaine n’est réussie qu’autant qu’elle présente une glaçure bien uniforme, sans écaillage ni désaccord. On évitera l’écaillage si on place les couleurs successivement par teintes égales et minces sans arriver tout à coup à une trop grande épaisseur; quant au désaccord, il tient souvent à un mauvais mélange de couleurs qui réagissent l’une sur l’autre, et causent ainsi un affaiblissement partiel de coloration dans des teintes qui devraient être parfaitement unies.

Nous ne dirons que peu de mots de la cuisson et de la dorure. Il y a, en effet, à Paris et dans plusieurs villes de province, de si grandes facilités pour faire cuire et dorer les peintures sur porcelaine et sur faïence que nous conseillerons, surtout aux débutants, de s’adresser de préférence aux céramistes de profession, qui, moyennant une rétribution minime, acceptent de faire passer dans leurs moufles (‘), et avec les pièces qu’ils décorent pour le

(') Les moufles, ou fourneaux à cuire le.s couleurs vitrifiables, sont des espèces de boîtes rectangulaires en terre cuite, voûtées à la partie supérieure.

commerce, les peintures qu’on leur confie : on évitera ainsi une installation souvent difficile et coûteuse et une énorme dépense de combustible. En outre, la direction des feux, opération excessivement délicate, demande une grande habileté, qu’une longue pratique peut seule donner; il y a, en effet, peu de latitude entre le temps où la cuisson n’est pas complète et celui où elle a dépassé ses limites.

Il en sera de même pour les ornements et surtout les fi-

lets en or qui doivent compléter la décoration d’une pièce; c’est là un métier à part et qui demande une grande adresse de main ; on se sert pour poser l’or de pinceaux de blaireau à poils fins et longs, et il faut savoir très -bien l’employer pour faire avec un tel instrument et une matière lourde les traits fins, déliés, et les contours purs qu’y appliquent d’habiles doreurs. Après la cuisson, l’or est mat; on le rend brillant en le frottant fortement à l’aide de brunissoirs, sorte d’instruments en agate ou en hé-

matite dure. Ce sont généralement des femmes, connues sous le nom de brunisseuses , qui font cette opération assez difficile et qui demande beaucoup de soin.

Les quelques conseils que nous avons donnés pour décorer la porcelaine dure peuvent également s appliquer à la porcelaine tendre et à la faïence fine, désignée généralement dans le commerce sous le nom de terre de pipe; la manière de procéder est la même , les couleurs seules sont différentes, — au moins pour la porcelaine tendre, la plupart des couleurs de porcelaines dures venant trèsbien sur la faïence fine.

S’il s’agit de faïence proprement dite, c’est-à-dire à émail opaque, on peut peindre sur émail cru et sur émail cuit.

Le premier procédé exige une très -grande habileté, et nous n’engageons -pas les commençants aie pratiquer : l’émail cru, en effet, présente sous le doigt et sous le pinceau une surface pulvérulente très-absorbante , et qui

ne permet guère pour indiquer les traits du dessin que l’emploi du ponds, et encore en y apportant la plus grande attention. Les couleurs sont des oxydes métalliques purs, désignés sous le nom de couleurs au grand feu, cuisant pendant vingt-cinq à trente heures à une haute température qui fond le tout ensemble, et qui, incorporant la peinture à la couverte, lui donne un moelleux qu’aucun autre procédé ne saurait produire. On emploie les couleurs délayées à l’eau pure et à l’état très-liquide ; il faut poser franchement les touches du premier coup et sans avoir à y revenir, car tous les coups de pinceau marquent et la retouche est presque impossible sur l’enduit pulvérulent que le frottement égrène et que l’eau délaye.

On peut peindre également avec ces mêmes couleurs au grand feu sur l’émail cuit ; les difficultés, dans ce cas, sont à peu près nulles, et le résultat presque aussi satisfaisant, l’émail redevenant fluide sous l’action d’un feu égal à celui qui l’avait fixé sur l’excipient; mais on n’est

jamais certain du résultat : il arrive , en effet , que , sous l’action d’un courant d’air ou d’un violent coup de flamme, l’émail liquéfié par la cuisson coule un peu, et, en se déplaçant, entraîne la couleur.

La peinture sur émail cuit avec les couleurs ordinaires de la porcelaine donne de très-bons résultats, et, presque toujours, une belle glaçure; elle est préférée généralement à la décoration sur porcelaine, en ce quelle permet une plus grande liberté de pinceau. On procède absolument de la même façon que pour la porcelaine.

L’HERPÉTON TENTACULÉ

On a, de tout temps, séparé les serpents en deux grands groupes, dont la vipère et les couleuvres peuvent être considérées comme les types. Les uns avalent leur proie vivante : ceux-ci pour l’homme sont tout à fait inoffensifs;

les autres , au contraire , la tuent d’abord au moyen d’un subtil venin qu’ils déposent dans les chairs de leur victime : ceux^à sont les serpents venimeux.

Il est d’autres serpents qui semblent établir, pour ainsi dire, un passage entre les serpents venimeux et les serpents inoffensifs ; nous voulons parler de ceux que les naturalistes connaissent sous le nom d’opisthoglyphes. Comme les couleuvres, auxquelles ils ressemblent par l’aspect extérieur, ces reptiles s’emparent de leur proie au moyen des dents fines et aiglîes qui garnissent le devant de la mâchoire ; mais l’animal saisi vivant est piqué au passage ; vers la gorge , l’on remarque , en effet , des dents plus longues que les autres, ayant la forme de crochets; sur le côté convexe de ces dents, une gouttière en demi-canal très-profond entame la plus grande partie de la dent, qui semble dès lors comme repliée sur elle-même. C’est le long de cette rainure que s’écoule le venin ; le virus venimeux modifie , sans aucun doute , la sensation de douleur que

L’Herpéton tentacule. — Dessin de Mesnel.

ressentirait la victime , si même elle ne l’anéantit pas; la proie est par suite réduite à une masse inerte , abondante en sucs nutritifs utilisables, dontle serpent pourra extraire lentement toutes les parties assimilables pendant son long séjour dans le tube digestif.

C’est à ce groupe des opisthoglyphes qu’appartient cet étrange petit serpent, signalé pour la première fois par Lacépède, sous le nom d’herpéton tentaculé. Chez l’herpéton (et l’animal se reconnaît de suite à cette particularité unique chez les ophidiens), le bout du museau porte deux lanières garnies de petites écailles; ces tentacules sont mobiles, et chacun d’eux peut se mouvoir d’une façon indépendante. La tête est plate, le museau tronqué; la queue est longue et conique, couverte de plaques dans toute son étendue. La teinte générale est brunâtre ; une ligne brune règne de chaque côté des flancs. L’espèce paraît être de petite taille.

L’on ne connaît rien des mœurs de ce serpent, qui jusqu’à présent était fort rare dans les collections. Le Muséum de Paris l’avait primitivement reçu de Hollande, avec quelques objets provenant de la collection du stathouder; d’après son origine, il était à présumer que l’animal était originaire des possessions hollandaises de l’archipel Indien. L’espèce habite Siam et la Cochinchine; c’est de

ce dernier pays que M. Morice, chirurgien de la marine, rapporta l’herpéton que l’on a pu voir pendant quelque temps à.la ménagerie des reptiles du Muséum d’histoire naturelle.

L’animal doit aimer la chaleur et l’obscurité ; à la ménagerie, il se cachait presque toujours sous la mousse, n’allant guère à l’eau que pour saisir les grenouilles ou les petits poissons dont il faisait sa nourriture.

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