II. — ÈRE CHRÉTIENNE JUSQU’AU MOYEN AGE
Le premier géographe du premier siècle de l’ère chrétienne est sans contredit Strabon. Ce savant homme était né vers l’an 60 avant Jésus-Christ, à Amasée, ville du Pont, dans le nord de l’Asie Mineure. Sa famille était riche et lui procura les moyens de s’instruire. Il voyagea pendant plusieurs années, surtout en Asie Mineure, en Égypte, en Grèce et en Italie. Ce fut seulement dans sa vieillesse, et, selon ce qu’on suppose, entre l’an 15 et l’an 30 après Jésus-Christ, qu’il composa sa Géographie, divisée en dixsept livres dont un seul est perdu.
Le monde connu de Strabon , c’est-à-dire de tous les hommes instruits de son temps, comprend la moitié de 1 Europe dont le nord et l’est restent inexplorés, le sudouest del Asie, entre l’Imaüs et la Méditerranée, et la zone littorale du nord de l’Afrique avec la moitié du bassin du Nil. La science accroîtra peu ces connaissances jusqu’au cinquième siècle.
La lecture de l’ouvrage de Strabon est intéressante et entre nécessairement dans le programme de toute bonne éducation.
Manilius, poète du temps d’Auguste, traça un tableau de l’empire romain dans un ouvrage intitulé les Astronomiques.
Pomponius Mêla a écrit un traité de géographie vers l’an 43; il ajouta quelques notions à celles de Strabon : il parle, par exemple, d’une grande île de Scandinavie.
Entre l an 54 et l’an 68, un chevalier romain fit un voyage à la recherche de l’ambre sur les côtes de la Baltique. Il ra^orta des renseignements nouveaux sur l’intérieur de la Germanie.
^ Vers l’an 60 , Néron envoya deux centurions à la repherche des sources du Nil, Ils remontèrent le Nil Blanc jusqu aux environs du 9® degré, à plus de 800 milles ro-
mains au-dessus de Méroë. D’immenses marécages, bien connus aujourd’hui, arrêtèrent leur course. Ils rapportèrent une carte du pays qu’ils avaient parcouru.
Pline le Naturaliste est le plus grand encyclopédiste depuis Aristote. Son Histob'e naturelle résume toutes les connaissances antérieures à lui , y comprises celles qui se rapportent à la géographie. Son œuvre, terminée en 77, se compose de trente-sept livres : la géographie en remplit quatre. Les renseignements les plus précieux y abondent et plusieurs sont nouveaux, surtout en ce qui se rapporte à l’Arabie, à la Pharasie, au sud de la Tripolitaine, à l’Atlas mauritanien et aux parages lointains de l’océan du Nord.
Quelques années après la mort de Pline, un marchand alexandrin décrivit les côtes d’une partie de l’Afrique et de la mer Érythrée (mer des Indes). Cet ouvrage est désigné ordinairement sous le nom de Périple de la mer Érythrée et aussi de Périple d’Arrien.
Dans le même temps, Agricola, envoyé en Bretagne par Vespasien, fit accomplir par sa flotte la circumnavigation entière de la Bretagne (an 84). Ses informations ont été immortalisées par son gendre Tacite, qu’il faut aussi consulter si l’on veut se rendre compte de ce qu’on savait dé son temps sur les contrées et les peuples compris entre le Rhin et les Sarmates, entre le Danube et l’océan du Nord.
Sous le régne d’Adrien, un gouverneur de la province de Gappado^e et du Pont, nommé Arrien, écrivit, sous la forme d’un rapport officiel , une relation connue sous le titre de Périple du Pont-Euxin (an 137).
Il faut nommer ensuite un géographe et astronome célèbre, Claude Ptolémée, né àPeluse dans la basse Égypte (140). Son œuvre, où l’on compte environ 8 000 noms géographiques, est surtout précieuse pour la quantité extraordinaire des matériaux quelle renferme : des cartes y étaient jointes, mais elles ne sont point parvenues jusqu’à nous ; celles qu’on a dessinées successivement d’après son texte ont été reprises et améliorées par Mercator.
Le grand travail de Ptolémée résume toute la science géographique des Romains. Après lui, elle décline. On cite ensuite Agathémère, Solin, Rufus Avienus, Marcien d’Héraclée, Pappus, abréviateurs et vulgarisateurs ; Etricus, d’Itrie, rédacteur d’un ouvrage sur les routes des provinces romaines, connu sous le titre A’Antonini Augusti Itinerarius. De tous ces auteurs de second ordre, celui dont le nom reste le plus célèbre est Pausanias, Grec d’Asie, qui parcourut la Grèce vers l’an 174, et écrivit de cette contrée une description qu’il est indispensable d’étudier si l’on veut lire avec profit tout ce qui se rapporte à l’histoire et aux antiquités grecques.
En cherchant à omettre le moins possible de noms de géographes, on peut encore inscrire à la suite : Rutilius, Gaulois, qui a écrit une relation en vers d’un voyage de son retour de Rome; l’auteur inconnu du Stadiasme, périple grec de la Méditerranée (250); les poèmes de Claudien (395-408); l’histoire d’Ammien Marcellin ( vers 380); quelques passages des Pères de l’Église. On arrive ensuite au moyen âge.
La suite à une autre livraison.