DÉCOUVERTES DE CHYPRE
, UNE PARTIE DE CAMPAGNE A IDALIE DANS l’ANTIQUITÉ.
Les fouilles faites dans l’île de Chypre par différents amateurs et sur divers points , pendant ces huit dernières années, ont amené des découvertes d’une importance considérable. Les six temples, dont deux (ceux de Golgos et d’Idalie), qui comptent parmi les plus célèbres de l’antiquité, ont été déblayés et ont fourni de précieux renseignements sur le culte de la Vénus chypriote , sur les costumes et les attributions de ses prêtres , enfin sur le cérémonial, l’ornementation et la disposition de ses sanctuaires. D’autre part, l’ouverture d’un nombre immense de tombeaux a donné des objets de tous genres et de toutes époques, objets qui ont jeté une clarté inattendue sur l’antique civilisation de l’île , et révélé maintes particularités sur les usages et, pour ainsi dire, sur la vie intime des habitants de la Chypre païennne.
Les sépultures de la vallée d’Idalie ont été fécondes surtout en armes , vases, bronzes, verreries, statuettes, ustensiles de ménage, bijoux, pierres gravées, monnaies, et divers objets d’une classification moins précise , parmi lesquels les singuliers, monuments dont nous donnons ici la gravure.
Ces six pièces ont été trouvées ensemble dans une tombe et sont vraisemblablement des jouets. Ils sont grossièrement modelés en terre cuite et coloriés très-succinctement. Voici d’abord deux ânes chargés de paniers destinés probablement à contenir des provisions. Un domestique est juché sur un autre baudet orné d un collier harnaché. Le serviteur tient fortement pressés contre lui deux vases pansus et à col (qui pourraient bien être des outres), et destinés à contenir des liquides. Puis vient un petit chariot dont le bord est orné de fleurs peintes, muni de roues pleines dont les rayons ont été figurés à coups de ' pinceau. Sur ce char, sont couchés un joueur de double
flûte et deux chanteurs, accoudés sur des coussins; les chanteurs ouvrent la bouche toute grande ; ils portent des couronnes, et des nattes ou torsades leur tombent sur le haut de la poitrine, de chaque côté du cou. Suit un autre
chariot-lit sur lequel se tient allongé et accoudé un personnage coiffé d’un bonnet en forme de fève. Sur un véhicule pareil se voit ensuite, dans la raêmè attitude, une figurine qui paraît être une femme. Sa coiffure est un
Collection du général Palma de Cesnola. — Découvertes dans l’île de Chypre. — Jouets en terre cuite. — Dessins de Sellier.
simple diadème dont les extrémités retombent derrière les oreilles.
Tout informes, toutes primitives que sont ces figurines, elles n’en décèlent pas moins un certain talent de la part de l’artisan qui les a fabriquées. Le naturel et la désinvolture des attitudes , l’accent vrai des physionomies de ces hommes et de ces bêtes, font de cette procession une scène de mœurs vivante et des plus curieuses. C’est une partie
de plaisir où ne manquent, ni le vin, ni les victuailles, ni la musique. Les poses nonchalantes des personnages cadrent bien avec cette idée.
C’est au général Palma de Cesnola, consul des Etats- Unis en Chypre, et bien connu des antiquaires par les recherches qu’il ^ faites dans ce pays, qu’appartiennent ces objets, découverts par lui il y-a cinq ans, et c’est à sa gracieuse obligeance que nous devons de les publier ici.
LES GÉOGRAPHES
ESQUISSE d’UiN'E HISTOIRE DE LA GÉOGRAPHIE.
Suite. — Voy. p. lie, 198.
LA GÉOGliAPHIE AU MOYEN AGE.
Du cinquième siècle après Jésus-Christ jusqu’à la seconde moitié du neuvième siècle, le progrès scientifique est arrêté. La civilisation romaine est éclipsée. La Gaule est envahie par les Francs et les Burgondes; l’Espagne, par les Visigoths et les Suèves ; l’Afrique, par les Vandales ; la Bretagne, par les Angles et les Saxons; l’Italie, par les Ostrogoths et les Lombards.
De ces peuples ignorants, presque sauvages, trois doivent survivre aux autres : les Francs, les Angles etles Germains. Ils feront renaître une autre civilisation qui, avec le t^ps, sera supérieure à celle de l’antiquité.
Au milieu de cette période obscure, si l’on cherche des géographes, on en trouve à peine deux ou trois qu’on puisse appeler de ce nom : Cosmas Indicopleustes, auteur d’une Topographie chrétienne très-chimérique (') ; l’Anonyme de Ravenne, qui paraît avoir vécu au septième siècle; et un moine irlandais, Dicuil, qui écrivit en 852 une petite Description du monde.
En 871 commence le règne d’Alfred le Grand sur les Anglo-Saxons de l’Heptarchie. Il aimait les lettres; il a conservé en les écrivant les relations de deux voyageurs marchands, Wulfstan et Olher, qui avaient visité les lointains parages des mers Boréales.
Wulfstan avait exploré la Baltique; Other avait contourné la Laponie tout entière. Leurs observations étendaient du côté du nord la mappemonde romaine.
Chez les Byzantins , où l’abaissement intellectuel avait été moindre que dans l’Europe occidentale, il ne se produisit cependant rien de remarquable dans la même période. On cite seulement ; — le Dictionnaire d’Étienne de Byzance (sixième siècle), qui est perdu, mais dont un certain Hermolaüs fit plus tard un médiocre abrégé; — le Synecdème ou « Compagnon de route», du grammairien Hieroclés, simple catalogue où l’on compte 935 villes de l’empire d’Orient; — des renseignements utiles dans les ouvrages de Procope et de son continuateur Agathias ; — la description, par un auteur nommé Ménandre, de l’itinéraire qu’avait suivi l’ambassadeur grec Zémarkh , envoyé jusqu’au cœur du Turkestan, à l’Altaï, pour traiter du commerce de la soie avec le grand khan des Turcs ; — Théophylacte Simocatta, qui donna, au commencement du septième siècle, quelques notions sur les tribus asiatiques de race turque ou hunnique; — Constantin Porphyrogénète, auteur d’une description des thèmes ou divisions militaires de l’empire.
Avec le onzième siècle commence une ère nouvelle des études géographiques de l’Europe, et d’utiles notions sont consignées, çà et là, dans divers ouvrages ; citons Adam de Brême, historien des pays danois et Scandinaves (milieu du onzième siècle); Nestor, historien des Slaves (1H5); Saxon le Grammairien, qui complète les données de Constantin Porphyrogénète (1204) ; Vicentius Kodlubec , historien des polonais (1208).
LES GÉOGRAPHES ARABES
Pendant le cours des mêmes siècles, et même en remontant plus haut, les connaissances géographiques se développèrent rapidement chez les Arabes par les conquêtes, les pèlerinages et le commerce.
De 632 à la fin du siècle, les armées musulmanes avaient
(’) Yoy. cette relation, avec figures, dans le tome II des Voyageurs anciens et modernes.
conquis la Syrie, l’Arménie, la Perse, l'Égypte, la Cyrénaïque, tout le nord de l’Afrique. De lil à 714, ils s’étalent rendus maîtres de l’Espagne. Le devoir de visiter le tombeau du Prophète amenait de tous les points de ce vaste empire des pèlerins dont un certain nombre écrivaient leur itinéraire. Énfin les marchands arabes du califat pénétraient jusque dans les pays les plus lointains du monde connu.
Le premier traité géographique arabe connu est attribué à Nadhar de Bas’ra, né en l’an 740 de notre ère.
C’est dans les ouvrages grecs que les Arabes puisèrent les principes de la science.
Au neuvième siècle, Soleiman , marchand , dépasse les mers de l’Inde, entre Ceylan et Malakka, et arrive aux mers de Chine. Ses récits et ceux d’un autre voyageur, Ibn-Vahâb , furent recueillis par un habitant de Siraf, nommé Abou-Zéid. (‘)
Dans la première moitié du dixiéme siècle de notre ère, Maçoudi, né, vers la fin du siècle précédent, àBagdad, capitale des Abbassides, parcourut pendant vingt-cinq ans la plupart des provinces de l’empire des califes et des contrées environnantes, notamment plusieurs parties de l’Inde. Il écrivit, sous le titre àe Nouvelles du temps, une sorte de chronique universelle qui a été perdue, mais qu’on ne désespère pas de retrouver. On possède du moins un abrégé qu’il fit lui-même, en huit volumes, intitulé les Prairies (l’or. (^)
Ibn-Haukal, né également à Bagdad, succéda comme voyageur à Maçoudi. Il, explora, pendant trente ans, les contrées soumises à l’islam, et il en fit, vers 976, une véritable description géographique, politique et statistique. On suppose, du reste, que ce n’était qu’une refonte, avec addition d’observations personnelles, d’un traité écrit vingtcinq ans auparavant par Abou-Ischak, surnommé El- Istakri.
On cite ensuite Albirouni, mathématicien et astronome, qui écrivit, au commencement du onzième siècle, des études importantes sur le Sindh et l’Inde du nord; puis, un Arabe d’Espagne, Ibn-Saïd.
Le plus célèbre des voyageurs arabes est Ibn-Batoûtah. Berbère, né à Tanger, qui, étant parti, en 1325, pour le pèlerinage de la Mecque, visita l’Asie entière, y compris la Chine, une partie de l’Afrique et de l’Europe, et, pour ainsi dire, tout le monde connu. Il mourut à Fez, en 1377.
Quelques services qu’aient rendus les voyageurs arabes, il faut cependant constater qu’ils ne firent pas beaucoup avancer la science géographique, qu’ils avaient reçue des Grecs au huitième siècle. Ils n’ont guère étendu la carte du monde que vers l’extrême Orient et l’Afrique au delà du grand désert. Leurs cartes restèrent certainement inférieures à celles de Ptolémée : leurs itinéraires sont ce qu’ils ont laissé de plus utile.
La suite à une autre livraison.