CHAMPOLLION
Champollion, statue en marbre, par Bartoldi. — Dessin de Sellier. Tome XLIV. — .Inu.KT 187G.
C’est im Français, c’est Cliampollion qui, sur la terre des sphinx, a eu l’immortel honneur ie deviner l’énigme des hiéroglyphes égyptiens, dont le mystère défiait depuis tant de siècles les curiosités presque découragées du génie moderne. Nous avons raconté à nos lecteurs, il y a longtemps déjà ('), comment ce jeune savant, après s’être patiemment préparé à cette grande découverte par une étude approfondie des langues orientales et particulièrement du copte, était parvenu à pénétrer le secret de lacélêbre inscription gréco-égyptienne trouvée à Rosette (^). On doit reconnaître qu’un Anglais, Th. Young, avait déjà prossenti le phonétisme hiéroglyphique et était parvenu à retrouver une partie des lettres égyptiennes du nom de Ptolémée; Champollion compléta ce nom, déchiffra celui de Cléopâtre sur l’obélisque de Philæ, et, à l’aide des lettres que lui avaient fournies ces deux lectures, retrouva un grand nombre de noms propres grecs et romains écrits hiéroglyphiquement sur les monuments. Il possédait dès lors un alphabet assez étendu pour expliquer, au moyen du copte, quelquesgroupes de l’inscription de Rosette. Les premiers investigateurs avaient échoué parce qu’ils avaient posé en principe, à priori, les uns que les hiéroglyphes étaient tous des symboles, les autres qu’ils-étaient tous des lettres; s’étant volontairement emprisonnés dans ces deux hypothèses, il leur était impossible de faire aucun progrès sérieux. Champollion devina et prouva (®) que le système de l’écriture égyptienne repose sur la combinaison dans les mots des signes idéographiques et des signes phonétiques, et un éclair de génie lui révéla le rôle , sans analogue dans aucune langue, des signes déterminatifs qui, placés à la fin des mots, leur servent d’illustration.
C’est ainsi que, bien qu’Akerblad et Young eussent déchiffré quelques lettres, Champollion est réellement celui qui réédifia à lui seul l’ensemble des lois compliquées de l’hiéroglyphisme égyptien.
Muni du puissant instrument d’investigation dont il avait doté la science, il commença le classement des dynasties, fit revivre les figures des Thoutmès et des Ramsès, ébaucha l’histoire et la mythologie , organisa et catalogua le Musée égyptien du Louvre, et entreprit une reconnaissance générale des monuments gigantesques échelonnés sur les rives du Nil. Il eut pour récompense d’être le premier voyageur auquel il ait été donné de lire les inscriptions des sanctuaires, des murailles des palais et des salles obscures des hypogées. Jusqu’alors les Pharaons avaient en vain confié au granit et au balsate le soin de transmettre leur nom et leurs victoires aux temps les plus reculés ; sans la découverte de notre compatriote, combien de siècle^ peutêtre ne se seraient-ils pas encore écoulés avant qu’ils fussent connus de la postérité !
Dans les Notices qu’il rédigea à son retour d’Égypte , Champollion décrivit avec une rare sûreté archéologique les monuments qu’il venait de visiter, et en reproduisit les inscriptions avec la plus scrupuleuse fidélité. C’est dans ce manuscrit, déposé à la Bibliothèque nationale et dont la publication plus hâtive eût avancé de vingt ans les progrès du déchiffrement, que se trouve la dernière pensée du maître. La Grammaire égyptienne, qu’il appelait sa « carte de visite à la postérité », ne parut qu’après sa mort ; c’est
(') Tome Vil, 1839, p. 26.
(-) Tome VIT, 1839, p. 39. — On a d’abord contesté la découTerté" de Champollion, tant elle parut extraordinaire ; elle n’est plus un sujet de doute pour personne. Divers écrits de l’antique Égypte ont été traduits et ont répandu une lumière toute nouvelle sur sa religion, sur ses institutions , son histoire , ses arts , sa littérature et ses mœurs. On trouve à ce sujet des renseignements précieux dans le Dictionnaire d'archéologie égijpHenne publié par M. Paul Pierret, conservateur du Musée égyptien du Louvre.
(^) P/'écés du rgstèmc hiéroglyphique. 1824. '
un des monuments qui font le plus d’honneur à l’esprit humain.
J-F. Champollion s’éteignit le 4 mars 1832, épuisé par le travail, âgé seulement de quarante-deux ans.
La remarquable statue que représente notre gravure était destinée à la ville de Figeac, où Cbampollion était né en 1790 : ce projet ayant été mal secondé, elle sera placée sous une arcade du Collège de France.
LE SIGNE DE CAÏN
NOUVELLE
Suite et fin. — Voy. p. 179, 186, 194, 202, 210.