LES ASCENSEURS
Les étages élevés des maisons , bien aérés , bien éclairés, ne manqueraient pas d’être toujours les plus recher-
(h fcstrait des Nouvelles Napolitaines, par P. Is. Bcmlée.
! chés s’il était possible de les atteindre sans avoir à gravir les marches d’un escalier. On a eu depuis longtemps l’idée d’élever les habitants d’une maison jusqu’à ses parties supérieures à l’aide d’un mécanisme : il n’y a guère plus de trente ans, une sorte de treuil analogue à celui des mines avait été organisé à cet effet au palais des Tuileries pour le service du roi ; mais ce système, comme tous ceux que l’on utilisa pendant longtemps, était dispendieux et surtout très-compliqué , ce qui empêcha ces appareils de se répandre et de se multiplier.
En 1867, M. l’ingénieur Édoux exposa au Champ de Mars un ascenseur d’un nouveau système, qui devait attirer les suffrages de tous les hommes compétents. M. Édoux songea à employer une force très-puissante, dont on dispose partout dans la plupart des villes : la pression de l’eau dans les conduites. Il construisit un appareil remarquable, qui fonctionne avec la plus grande facilité, et qui est aujourd’hui utilisé dans la plupart des hôtels et dans un grand nombre de maisons particulières. Nous croyons utile d’en donner la description.
L’ascenseur Édoux est essentiellement formé d’une espèce de balance et d’une pompe, mais d’une pompe dont le jeu est retourné. Au lieu d’avoir un piston qui repousse l’eau, on ouvre une issue à une masse d’eau qui par sa pression chasse le piston devant elle. Qu’on se représente une longue tige de métal ayant la hauteur d’une ma. on, et disparaissant dans un cylindre qui l’enveloppe et qui est creusé dans le sol. La tige de métal supporte à sa partie supérieure une cage rectangulaire qui glisse entre quatre montants. C’est dans cette cage que se placent les voyageurs. Quand on introduit au-dessous de la grande tige métallique qui forme piston l’eau des conduites urbaines, la pression de celle-ci pousse le piston, le soulève; elle le fait monter avec la cage supérieure et les personnes qu’elle contient.
Quand on voit pour la première fois cette tige polie jaillir du sol en soulevant un poids considérable, on se demande quelle force peut être assez puissante pour opérer un tel travail. Mais en réalité le piston ne supporte pas son poids, et quand il n’y a personne dans la cage, l’effort nécessaire pour l’élever est nul. Le piston, en effet, glisse entre quatre colonnes creuses; à chaque angle de la cage qu’il soulève s’attache une chaîne qui passe dans la gorge d’une poulie établie au sommet de chaque colonne, et qui se termine par un poids. Les quatre poids, ainsi placés dans les colonnes creuses, font équilibre au piston métallique et constituent une véritable balance. La pression de l’eau n’est donc utilisée qtie pour soulever l’excédant de poids des voyageurs qui se placent dans la cage, véritable plateau d’une balance en équilibre.
Quand le piston redescend, il plonge dans l’eau, et les quatre chaînes en sortent ; l’appareil est combiné pour qu’il y ait encore là compensation, et que l’équilibre soit toujours maintenu; car si l’on omettait ce point important, le piston perdrait une partie de son poids égal à celui de l’eau qu’il déplace, en vertu du principe hydrostatique. Il suffit que les quatre chaînes de métal aient un même volume que celui du piston qu’elles remplacent dans le liquide, et le poids que l’on perd d’un côté est ainsi constamment retrouvé de l’autre.
L’admission et l’expulsion de l’eau s’opèrent au niveau du sol, au moyen de deux systèmes dépistons obturateurs et contre-pistons. Les valves sont commandées par deux, cordes qui régnent sur toute la longueur des colonnes. A la base et au sommet de l’appareil, en tout point intermédiaire môme, il est facile de régler le mouvement de la cage.
Donnons un exemple de la manœuvre. Nous sommes
a la partie supérieure de l’ascenseur, et le plateau ou ouvrons la valve d’admission de l’eau; le piston monte ^ la cage est à la partie inférieure. En tirant la corde, nous et la cage s’élève jusqu’à nous. Nous pénétrons dans la
L’Ascenseur de l’hêtel du Louvre. — Dessin de Pérot.
plate-forme , et par notre propre poids nous descendrons aussi doucement que nous le voudrons, en donnant à la valve de sortie une ouverture plus ou moins grande. Si nous la fermons , nous nous arrêterons même tout à fait.
L’ascenseur que nous venons de décrire est d’une manœuvre très-simple, d’un 'fonctionnement très-sûr; mais son emploi est encore assez coûteux : aussi ne le voit-on guère utilisé que dans les hôtels publics, ou dans quelques installations luxueuses.