LETTRES AU CITRON
En 1833, au commencement de juin, lAl. de Chateaubriand se rendit de Prague à Carlshad pour remettre à la Dauphine une lettre de la duchesse de Berry, qui était alors à Blaye. Voici ce qu’il raconte à ce sujet dans ses Mémoires d’ outre-tomhe :
« — Si Madame voulait lire la lettre que Al™'‘ la duchesse de Berry lui écrit et celle qu’elle adresse à ses enfants, elle y trouverait peut-être de nouveaux éclaircissements.
» Les lettres étaient tracées au citron.
» — Je n’entends rien à cela, dit la princesse ; comment allons-nous faire?
» Je proposai le moyen d’un réchaud avec quelques éclisses de bois blanc ; Madame tira la sonnette dont le cordon descendait derrière le sofa.
» Un valet de chambre vint, reçut les ordres, et dressa l’appareil sur une petite table adjoignant la rampe de l’escalier.
» Je pris une des deux lettres et la présentai parallèlement à la flamme. M"»® la Dauphine me regardait, et souriait parce que je ne réussissais pas. Elle me dit :
» — Donnez, donnez ; je vais essayer à mon tour.
» Elle passa la lettre au-dessus de la flamme : la grande écriture ronde de M"“® la duchesse de Berry parut; même opération pour la seconde lettre.
» Je félicitai Aladame de son succès. Étrange scène ! la fille de Louis XVI déchifl’rant avec moi, au haut d’un escalier, à Caiisbad , les caractères mystérieux que la captive de Blaye envoyait à la captive du Temple. »