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ENCRES SYMPATHIQUES

On désigne sous ce nom des liquides qui, servant à écrire sur le papier, n’y laissent aucune trace visible, mais que l’action de la chaleur ou de quelques agents chimiques fait apparaître en couleurs diverses.

Un ‘grand nombre A’ encres sympathiques peuvent s’obtenir au moyen des réactions connues de la chimie. Écrivez sur le papier des lettres avec la dissolution incolore de l’acétate de plomb, il ne restera pas plus de traces de ce que vous aurez écrit que si vous aviez employé de l’eau pure . Mais faites agir sur le papier le gaz acide sulfhydrique, les caractères apparaîtront aussitôt avec une couleur noire très-intense. L’acide sulfhydrique est doué d’une odeur très-désagréable : aussi celte expérience ne peut-elle guère s’exécuter sans inconvénient que dans les cours de chimie.

Voici quelques autres recettes d’encres sympathiques plus simples :

Que Ton écrive avec une dissolution étendue de sulfate de fer, les caractères invisibles apparaîtront en un beau bleu quand on frottera le papier séché avec un pinceau imbibé d’une solution de prussiate jaune de potasse.

Si Ton écrit avec une dissolution de sulfate de cuivre, les caractères se formeront en bleu en exposant le papier à des vapeurs ammoniacales.

Le chlorure d’or forme une autre encre sympathique, qui apparaît en muge pourpre quand on y fait agir une solution d’un sel d’étain.

Les encres sympathiques qui se développent sous la seule influence de la chaleur sont d’un usage encore beaucoup plus facile. Les liquides qui jouissent de semblables propriétés sont très-nombreux. Tout le monde saitque sil’on écrit sur du papier avec une plume neuve imbibée de suc ^d’oignon ou de suc de navet, ces liquides, une fois secs, sont absolument invisibles ; si l’on chauffe le papier en le plaçant près d’un foyer, les caractères apparaissent tantôt en noir sur un fond blanc, tantôt, au contraire, en blanc sur un fond noir. Ce fait s’explique très-facilement ; les sucs végétaux se calcinent avec le papier et laissent une empreinte de charbon ; ils peuvent encore ne pas subir l’action de la chaleur, et laisser le papier non recouvert de liquide se carboniser seul. Tous les sucs végétaux, mucilagineux, albuminoïdes et sucrés, donnent d’excellentes encres sympathiques ; nous citerons, parmi les plus avantageux, les jus de citron, d’orange, de pomme et de poire.

Mais de toutes les encres de sympathie la plus remarquable est celle que l’on doit à Waitz, et que Moritz et Teichmeyer ont étudiée. Elle consiste en une dissolution aqueuse de chlorure de cobalt. Lorsque la dissolution de ce sel est concentrée et chaude, elle est bleue; lorsqu’elle est étendue d’eau, quelle que soit sa température, elle est rose. La couleur en est plus foncée dans le premier cas que dans le second ; de là l’usage qu’on en fait comme encre de sympathie.

Voici ce que Thénard a dit à ce sujet :

On étend la dissolution de chlorure de cobalt d’une assez grande quantité d’eau pour qu’elle n’ait plus qu’une légère couleur rose; on trace sur le papier, avec cette dissolution, des caractères qùi, en séchant, cessent d’être visibles. Vient-on à les chauffer, ils apparaissent sur le champ et deviennent bleus; mais les soustrait-on à l’action du feu, ils disparaissent peu à peu pour reparaître quand on les y exposera de nouveau et disparaître ensuite, etc.; phénomène facile à expliquer, puisque à une température élevée le chlorure de cobalt se concentre et devient bleu, et qu’à la température ordinaire il attire un peu l’humidité de l’air et prend une teinte rose insensible. Le chlorure de fer étant jaune, il est évident qu’en ajoutant une petite quantité de ce sel au chlorure de cobalt, on aura une liqueur qui devra devenir verte par le feu, et qui offrira une nouvelle encre de sympathie.

M. J. Girardin indique une fort jolie application de cette encre sympathique verte, qui^e^it servir à composer des dessins représentant à volonté une scène d’hiver ou une scène d’été. En effet, si l’on dessine à l’encre de Chine un paysage où la terre et les arbres sont privés de verdure , et qu’avec l’encre sympathique très-affaiblie on ajoute les feuilles aux arbres et du gazon sur les blancs qui indiquent la neige, il suffira d’approcher le dessin du feu pour voir la terre devenir verte, et les arbres se couvrir de feuilles comme à l’approche des douces chaleurs du printemps ; mais bientôt l’hiver reviendra avec ses neiges et sa désolation si on laisse le dessin à l’air, et plus promptement encore si on exhale dessus l’air humide des poumons.

L’usage des encres sympathiques est très-ancien ; toutefois celles que l’on connaissait dans l’antiquité étaient bien loin de pouvoir donner des résultats comparables à ceux que nous venons d’énumérer. Ovide, Ausone et Pline signalent une encre de ce genre, qui n’était que du lait frais. Il suffit de saupoudrer de poudre de charbon le papier sur lequel les caractères ont été tracés avec le liquide incolore. La poussière ténue adhérera là seulement où se trouve la matière grasse, c’est-à-dire là où le lait contenant du beurre a été étalé. On voit qu’il n’y a ici qu’une action purement mécanique et un résultat tout à fait grossier.

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