AMPOULES DE PÈLERINAGE
La coutume d’enfermer dans de petites boîtes ou sachets des substances, des objets ou fragments d’objets auxquels on attachait une signification religieuse, et de les porter sur soi comme un préservatif ou une bénédiction, remonte à une haute antiquité. Les Étrusques et les Romains avaient des bulles de métal et de cuir qu’ils suspendaient au cou et qui contenaient des amulettes. Les chrétiens en eurent à leur tour, dans lesquelles ils placèrent des reliques, telles que des linges teints du sang des martyrs, de la limaille de fer de leurs chaînes, ou des instruments de leur supplice; puis quelques gouttes des baumes qu’on répandait sur leur tombeau, ou de l’huile qui brûlait dans leurs sanctuaires. M. de Rossi, dans son Bulletin d’archéologie chrétienne (1872), adécrit et figuré de ces bulles provenant d’Orient et remontant aux premiers siècles de l’Église; elles sont en terre cuite, l’inscription qu’on lit sur l’une d’elles, les images des saints qui sont représentées sur toutes, prouvent qu’elles furent rapportées par des pèlerins qui avaient visité, au sixième ou au septième siècle, les tombeaux, situés à peu de distance d’Alexandrie, de saint Pierre, évêque de cette ville sous Dioclétien, et de saint Mennas, martyr.
Ampoules de pèlerinage.
Le même usage se retrouve en France au moyen âge. M. E. Grésy dans \e Bulletin de la Société des antiquaires de France, M. Arthur Forgeais dans son ouvrage intitulé Collection de plombs historiés trouvés dans la Seine, M. le docteur Marchant dans les Mémoires de la commission des antiquités de la Côte-d'Or, ont décrit et figuré des ampoules ou sachets, non plus en terre, mais en plomb, dont la destination était de contenir un peu de la terre des saints lieux que les pèlerins avaient visités , ou de l’eau des fontaines consacrées où ils avaient bu. Nous empruntons au dernier des mémoires cités, celui de M. Marchant, à qui nous devons l’obligeante communication de la figure que l’on voit ici, et qui en a publié trois autres, les renseignements qui s’y rapportent. Cette ampoule, trouvée à Rouvres (Côte-d’Or), a, comme on voit, la forme d’un petit sac; elle porte sur sa face antérieure, qui est bombée, un écusson aux armes de France, et sur l’autre face les armes du duché de Rourgogne. M. Marchant croit pouvoir attribuer cette ampoule, ainsi qu’une autre qui porte aussi l’écu de Bourgogne, au pèlerinage de Sainte-Reine, qui au moyen âge attirait des pèlerins de toutes les parties de la France. Une autre, qui porte sur une de ses faces les lettres gothiques JHS surmontées d’une courone royale, et sur l’autre un M majuscule surmontée d’un petit A, fut découverte lors de la démolition du massif d’un autel dans l’église de Pagny-la-Tille. Elle renferme des parcelles d’ossements et un petit parchemin indiquant que ces ossements sont ceux de saint Théodebert, martyr, et qu’ils ont servi en l’année 1506, enveloppés dans cette ampoule, à la consécration de la chapelle
de saint Nicolas, dans l’église où elle fut trouvée ; destination différente de celle qui était réservée d’ordinaire à ces objets, car ils sont munis d’anneaux de suspension pour être portés.
Parmi les ampoules précédemment connues, qui appartiennent aux treizième, quatorzième, quinzième et seizième siècles, plusieurs se rapportent à la dévotion de la Sainte larme de Vendôme, d’autres au pèlerinage de Notre-Dame de Boulogne-sur-Mer. Sur une autre on voit 1 image de saint Éloi forgeant; sur une autre encore, la figure à micorps et le meurtre de saint Thomas de Canlorbéry. Nous
renvoyons aux ouvrages cités plus haut les personnes curieuses de ces recherches.
LE CHLAMYPHORE TRONQUÉ.
Le Chlamyphore tronqué est le membre le plus petit de la famille des tatous. 11 n’a pas plus de quinze centimètres de longueur. La cuirasse qui recouvre toute la moitié supérieure de son corps est d’une seule pièce ; elle se compose d’écailles régulières, uniformes, lisses, élégam-
ment disposées comme une mosaïque. Cette cuirasse est tronquée verticalement à sa partie postérieure. Ce qui achève de donner à ce petit animal un air écourté, c’est l’absence de queue, ou plutôt c’est la disposition de sa queue, car il en a une, mais elle est collée contre le corps; le petit bout qui s’en détache et se relève n’a guère que quatre centimètres, de sorte qu’il ne change en rien la forme générale du chlamyphore. Toutes les parties inférieures, le cou, le ventre, les flancs, les pattes, sont couvertes de poils longs et soyeux.
Ce tatou se rencontre particulièrement au Chili, à l’est de la chaîne des Cordillères. Il se nourrit de vers de terre,
de limaçons, d’insectes. Il se sert de ses ongles, longs, larges et tranchants, pour se creuser un terrier, qui plonge souvent dans le sol à une grande profondeur, et où il se tient caché pendant la plus grande partie du jour. Il ne sort guère que le soir et la nuit, sans jamais s éloigner beaucoup de sa demeure. S’il est poursuivi par un ennemi, comme avec ses pattes courtes il ne peut ni sauter, ni courir vite, il n’a que la ressource de se réfugier dans ses galeries souterraines ; quand il en est trop éloigné, il tâche de se creuser un nouveau trou là où il se trouve et souvent il y réussit, car il lui suffit de quelques instants : la taupe ne fouille pas la terre plus rapidement que lui. Si
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pourtant le temps lui manque, il replie sa tête et ses pattes sous son ventre, il se met en boule à peu près comme le hérisson, et reste sans bouger. Dans cet état, il est facile de le saisir. Lorsqu’on le prend par la queue ou par la partie postérieure du corps, au moment où il entre dans son terrier et avant qu’il y soit complètement enfoncé, il se cramponne si bien aux parois de son gîte qu’on ne peut parvenir à l’en arracher vivant; il faut ouvrir le terrier par devant. Le lâche-t-on une seconde, il est déjeà loin et il est impossible de le rattraper; il s’est pratiqué de nouveaux couloirs en rejetant la terre derrière lui de façon cà boucher son passage et à dérober sa trace.