‹ Magasin pittoresque (volume 2)Chapitre 555 sur 712 · LE LIVRE DES PENSÉES JAILLISSANTES · texte numérisé non relu

LE LIVRE DES PENSÉES JAILLISSANTES

PAR ZAMAKHSCHARI.

Traduction de Tarabe. — Onzième siècle.

Zamakhschari est le surnom d’Abou’l-Kacem Mahmoud, llls d Omar, né en 467 (1075 de l’ère chrétienne), à Zamakhschar, petite bourgade du Khârezm. Il avait fait des études sérieuses à Boukhara et à Samarcande, dont les écoles {medresseh) étaient alors célèbres. Il les compléta ensuite à Bagdad, où il fréquenta les meilleurs jurisconsultes du temps. Il se rendit plusieurs fois à la Mecque, et y fit un long séjour, d’où lui vint le surnom de Client de Dieu [Djar-^OulIah) . Il composa de nombreux ouvrages, entre autres ; un commentaire du Coran, ^intitulé le Révélateur [Kasschaf) , qui est encore trés-estimé ; plusieurs recueils de j-urispruclence et de traditions; un excellent lexique qui a pour titre ; Base de la bonne diction ; un résumé de grammaire; un choix d’anecdotes historiques et morales; les Colliers d’or (maximes); enfin, les Pensées jaillissantes [Nawabigh el Kelim), dont l’on vient de publier une traduction (') et d’ounous avons extrait les pensées suivantes.

— La pureté du cœur est un vêtement plus sûr que la meilleure cuirasse ; quiconque s’en dépouille succombera sous le malheur.

— Le sot ne goûte pas plus les douceurs de la sagesse que l’homme enrhumé n’apprécie le parfum de la rose.

— Lorsque je te possède, ô nécessaire ! je ne fais aucun cas des perles et des rubis.

Il y a trois choses dont on n’apprécie pas assez la valeur; ce sont : la sécurité, la santé, le nécessaire.

— ,Si c’est un deuil qu’on annonce, accours; si c’est une fête, prends garde.

La prodigalité est une insolence; l’emprunt usuraire est une ruine.

— Au moindre murmure de l’erreur, tu es plus attentif que le Sima(*); mais si la vérité fait entendre sa voix éclatante, il semble que tu n’aies plus d’oreilles.

— Redoute le pouvoir , car il signifie sang répandu et maisons en ruine.

• — Semence en bonne terre, c’est froment dans l’aire.

Si tu te débats au milieu des flots de l’erreur, à quoi bon ces amulettes et ces chapelets?

— Tu te fais un mérite de jeûner, et en même temps tu dévores la chair de ton frère C).

La brute, quand elle est bien traitée, manifeste sa gaieté par une ruade.

(*) Par M. Barbier de Meynard. — Vey. le Journal asiafique Uctobre-novembre-décembre 1875.

(-) Animal fabuleux,

P ps musulmans croient que le calomniateur sera condamné en en er, a manger la chair de celui dont il a déchiré la réputation.

— Un doigt de trop gâte la main (').

— De timides conjectures prennent quelquefois le nom de résolutions sages.

— Marchands du bazar, chiens de Salouk [-).

■ — Récompense un bienfait par un bienfait. Que Sirius est brillant à la suite d’Orion (^)!

— Gravir les collines, descendre au fond des vallées, vaut mieux que de vivre enfermé entre des murailles.

— Un don différé est comme une corde pleine de nœuds.

— Il n’y a pas de différence entre le donateur qui reproche ses bienfaits et l’avare qui refuse de donner.

— Si le reproche suit les bienfaits, ils sont plus amers que le fruit de Yalâ ('').

— Tu te nettoies la bouche avec le cure-dents; tu devrais bien aussi la purifier de ses mensonges.

— Ne dépose pas ton secret dans un autre coffre que le cœur d’un ami noble et sincère.

— L’orgueil n’ajoute rien à la grandeur; ce n’est rien de plus que le vent qui gonfle un tambour.

— Rien n’impose au sot comme le silence; rien ne l’enhardit comme de lui répondre.

— Qui sème la haine récolte le malheur.

— Homme avide de richesses , assez longtemps tu as été semblable à l’enfant à la mamelle; à quand le sevrage?

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