‹ Magasin pittoresque (volume 2)Chapitre 557 sur 712 · L’ÉPI DE BLÉ ET LE CHARDON · texte numérisé non relu

L’ÉPI DE BLÉ ET LE CHARDON

PARABOLE DE KRUMMACHER (^).

Un bon paysan aux cheveux argentés par l’âge se promenait un jour, avec son petit-fils, dans un champ de blé au temps de la moisson.

Il raillait doucement les moissonneurs, leur disant qu’ils n’étaient tous que des enfants en comparaison de lui, qui avait vu soixante moissons et plus.

Alors un des moissonneurs lui tendit sa faucille, et le vieillard la prit et coupa sa javelle allègrement, comme s il avait été un jeune homme. Sur quoi les moissonneurs se mirent à pousser des cris de joie et à aiguiser leurs faucilles en son honneur.

Mais le petit-fils dit à son grand-père :

— Mon grand-père, d’où te vient une si verte vieillesse?

Et le vieillard lui répondit :

— Mon fils, je me suis, dès mes jeunes ans, habitué à me confier en Dieu, dans les bons comme dans les mauvais jours, c est ce qui fait que j’ai gardé mon courage. J’ai rempli assidûment ma tâche, j’ai bien travaillé. Ainsi, Dieu aidant, j’ai conservé la vigueur de mon corps ; je me suis tenu en paix avec les hommes, j’ai eu la tranquillité du cœur, et, les années passant, la grâce de Dieu a affermi et consolidé en moi tous les bons sentiments. Fais comme moi, mon fils, et ta vie ressemblera à la mienne ; elle sera comme une belle gerbe que le Seigneur se réserve pour la serrer dans son grenier.

— Mais, grand-père, à quoi compares-tu une mauvaise vieillesse ?

Le vieillard prit son bâton , et montra à son petit-fils un chardon qui croissait au bord du chemin ;

— Tu le vois, c’est ici l’image d’une vieillesse stérile et malheureuse. Ce chardon demeure solitaire, personne n’y prend garde; sa tête grise est le jouet des vents, qui seront seuls à s’emparer de sa graine nuisible.

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