GOBELET EN ARGENT
DU SEIZIÈME SIÈCLE
Ge curieux objet, qui, au premier abord, offre l’aspect d une sonnette, est un gobelet en argent ciselé et gravé, dû à la capricieuse imagination d’un artiste du seizième siècle ; le pied est remplacé par un moulin à vent complet, semblable à ceux qu’on apercevait jadis sur les buttes et au sommet de beaueoup de mamelons de France, et que Ton voit encore de nos jours dans les plaines des Ilandres et de la Hollande. Rien n’y manque : le bâtiment monté sur un cône de fondation, la toiture aiguë, dominée en guise de girouette par un écu fleurdelisé, les grandes ailes en croix, l’échelle avec le meunier et ses valets; sur la face antérieure se trouve un cadran à aiguille mobile. Enfin, à la base, près de l’échelle, on remarque un tube d’un diamètre assez fort et légèrement recourbé, qui servait à mettre en mouvement, en y insufflant de l’air, les ailes du moulin, et avec celles-ci l’aiguille du cadran montée à l’extrémité de leur axe, et en même temps la girouette.
(') Remerciement au Roi, fait par J.-B. P. Molière, en l’année 1663, après avoir été honoré d’une pension par Sa Majesté.
La pension était de mille livres, ainsi qu’on le voit dans la liste de: j'ensions pour l’année 1663, extraite des manuscrits de Colbert :
« Au sieur Molière, excellent poète comique, 1 000 liv. «
(-) 11 est bien difficile de croire que Molière se fût permis de tournei ainsi en ridicule les marquis, et en doute occasion, s’il n’y eût été encouragé par Louis XIV, qui lui donnait quelquefois des conseils : or sait , par exemple , que ce fut le roi qui l’invita à mettre en scène li Chasseur (Dor.intc) dans les Fâcheux.
(^) Aujourdhui la salle des Cariatides, au Louvre.
(^) On portait toujours un peigne sur soi, pour accommoder au besoin la perruque.
1 Eugène Despois dans le troisième volume
de Mcihère, p. 296 et 297 [les Grands écrivains de la France, publié sous la direction de M. Ad. Piegnier, membre de l’Institut )
Quelle lantaisie a poussé l’artiste à imaginer pour un gobelet un appendice aussi bizarre, à faire de ce pied une sorte de jouet mécanique? On le devinera si Ton a observé les habitudes des buveurs en tout temps et en tous pays; ce gobelet devait être destiné à mesurer la puissance des poitrines. Et voici comment on s’en servait ;
Les paris sont ouverts; Tun des jouteurs commence : il souffle à pleins poumons et sans reprendre haleine dans le petit tube pendant que ses adversaires comptent et notent le nombre de tours que fait l’aiguille ; un second jouteur succède au premier, un troisième au second, puis un qua-
Collection A. Jubinal. — Gobelet en argent du seizième siècle. Dessin d’Édouard Garnier.
trième, et ainsi de suite. La palme est au robuste souffleur qui a imprimé aux ailes le mouvement le plus rapide, et , par suite, a fait exécuter à l’aiguille indicative le plus grand nombre de tours ; le vainqueur retourne le gobelet, on le lui remplit, et il le vide.
Et tout porte à croire que le propriétaire de ce curieux objet était lui-même un homme aux vigoureux poumons, qui avait imaginé ce moyen de défier nombre de champions et buvait à leur santé sans bourse délier.
LE TISSERIN MANYAR.
Le Tisserin manyar et son nid. — Dessin de Freeman.
Le tisserin manyar {Ploceus manyar), de l’île de la Réunion, est un petit oiseau d’un gris varié, plus clair sur la tête et sur le cou, plus foncé sur le dos. Les plumes de cette partie du corps , ainsi que les couvertures des ailes , présentent deux nuances. Tune plus sombre au centre de chaque plume , l’autre pâle , blanchâtre , sur les bords , disposition qui produit des séries régulières de mouchetures. Le ventre est d’un blanc jaunâtre. L’ensemble du plumage est terne et n’a rien qui attire l’attention.
Ce qui rend cet oiseau très-digne d’intérêt, c’est l’habileté avec laquelle il construit son nid. Ce nid a la forme d’une sphère allongée dans le sens de la hauteur, à laquelle est soudé sur le côté un conduit, un véritable goulot dirigé en bas ; il présente tout à fait la figure d’une cornue. La partie supérieure et allongée de la sphère en est 1 attache ; elle comprend dans son épaisseur les étroites et longues feuilles de roseau auxquelles le nid est suspendu. Des herbes sèches , entrelacées en tous sens de façon à former un tissu à mailles larges et lâches, mais assez épais, composent cette espèce poche, à la fois légère et solide.