L'AMBASSE RANGA, OU POISSON TRANSPARENT
L’ambasse ranga est un petit poisson long de quatre ou cinq centimètres, de forme large et arrondie quand il se • présente de profil , plate quand on le voit de face ; dans cette dernière position, la bouche, largement ouverte par ■ une disposition particulière de la mâchoire supérieure qui se porte en avant, et les yeux, gros et saillants, cachent
L’Ambasse ranga, ou Poisson transparent. — Dessin de Mesnel.
le reste du corps. Ses nageoires sont épineuses ; une épine distincte se dresse en avant de la première nageoire du dos.
Mais le caractère le plus singulier, le plus frappant, de ce poisson, est sa couleur, ou plutôt son absence de couleur ; ses écailles, quoique argentées, glacées de vert et ornées vers le dos d’un fin pointillé noirâtre, sont transparentes comme le cristal, ce qui permet d’apercevoir distinctement tout l’intérieur du corps, l’œil, les organes digestifs, le squelette entier, qui forment sur un fond blanc et translucide des dessins d’une teinte foncée et d’une parfaite netteté.
L’ambasse ranga se trouve dans l’Inde ; il habite les étangs et les mares. On peut le voir à Paris, dans les aquariums du savant pisciculteur M. Carbonnier, qui ne désespère pas de l’acclimater chez nous comme poisson d’ornement, avec d’autres poissons de l’extrême Orient, le colisa, le combattant, l’arc-en-ciel, intéressants par leur beauté et par leurs mœurs,
L ANABAS, ou POISSON GRIMPEUR.
L’anabas est un petit poisson d’eau douce, très-répandu
dans toute l’Inde et dans les îles de son archipel. Il abonde dans les mares, dans les étangs et les rivières. Sa taille ne dépasse guère seize centimètres.
Ce poisson est devenu célèbre par la singulière faculté que deux observateurs ayant résidé à Tranquebar lui ont attribuée : celle de grimper sur les arbres pour s’humecter de l’eau qui s’amasse entre les feuilles. L’un de ces observateurs, M. de Daldorf, lieutenant au service de la Compagnie danoise des Indes, dans un mémoire imprimé en 1797, affirme avoir vu et pris de ses propres mains, en novembre 1791 , un de ces poissons dans une fente de l’écorce d’un palmier qui croissait sur le bord d’un étang.: le poisson était à cinq pieds plus haut encore; il se retenait à l’écorce par les épines de ses opercules, recourbait sa queue, s’accrochait parles épines de sa nageoire anale, et, détachant alors sa tête , s’élevait ainsi et se fixait de nouveau pour recommencer le même mouvement. Le second observateur, M. John, rend un témoignage semblable : c’est, ditil, un poisson qui se tient d’ordinaire dans la vase des étangs, qui rampe à sec pendant plusieurs heures au moyen des inflexions de son corps , et qui , par le secours
de ses opercules dentelés en scie et des épines de ses nageoires, grimpe sur les palmiers voisins des étangs, le long desquels ruisselle l’eau que les pluies ont accumulée sur leur cime : aussi le nomme-t-on pannei-eri, ce qui signifie montant aux arWes, grimpeur des arbres,
Sans nier les faits que nous venons de rapporter, il est permis tout au moins de les révoquer en doute, car ils n’ont pas été confirmés depuis par les naturalistes qui se sont trouvés à même d’observer les anabas. Ce qui est incontestable, c’est que ces poissons sont au nombre de ceux qui
L’Anabas, ou Poisson grimpeur. — Dessin de Mesnel.
vivent le plus longtemps hors de l’eau ; on les rencontre sur la terre, où ils rampent des heures entières ; quand le marais qu’ils habitent se dessèche, ils se mettent en voyage et vont chercher des eaux plus fraîches. Les jongleurs indiens ont toujours avec eux de ces singuliers poissons pour amuser le public, et ils les gardent pendant cinq ou six jours. Les enfants les pêchent par milliers et se font un plaisir de voir ces poissons vivre si longtemps dans l’air. Les gens du peuple qui les rencontrent dans la campagne, loin des eaux, les croient tombés du ciel, leur attribuent des vertus médicinales et les mangent, quoique la chair en soit fade et remplie d’arêtes.
L anabas possède dans la bouche une sorte d’appareil lamelleux, hermétiquement clos, qui, chaque fois qu’il ouvre la bouche, reçoit de l’eau comme les branchies, et la retient; le poisson mis à sec peut, au moyen de cette eau, conservée en quelque sorte, dit M. Valenciennes, comme celle que le dromadaire garde dans l’appendice foliacé de sa panse, humecter encore pendant quelque temps ses branchies. Cette disposition particulière explique les mœurs, en apparence si extraordinaires, des anabas.