MACAO
Macao, qui appartient depuis l’an 1563 aux Portugais, est une jolie ville maritime dans l’île du même nom. Son étendue est de 3100 hectares; elle est unie au continent chinois par une étroite langue deterre. Les résidents européens (presque uniquement Anglais) de l’île de Hongkong et de Canton viennent en bateau à vapeur, aux mois d’été, jouir à Macao de la fraîcheur de la brise du nord et de la vue de la baie qui est très-pittore-sque. Il s’y fait peu de commerce. Les églises sont nombreuses et trèsfréquentées. Le soir, des carrosses et des chaises à porteur animent la promenade favorite du monde élégant, le vaste quai de la Praya-Grande , et les dames, vêtues de costumes aux vives couleurs chamarrés de rubans , s’as-
(*) Le chanoine donne la recette pour faire une bonne choucroute : « Mettez ,’ dit-il , dans un tonneau défoncé un lit de sel , recouvrez-le d’une couche de choux saupoudrée de genièvre et de carvi, et ainsi de suite , sel et chou , couche par couche , jusqu’à ce qu’il soit plein ; la dernière mise est de sel sur des feuilles entières. On recouvre d’une toile et l’on charge fortement le plateau de dessus, qui doit presser la choucroute: la fermentation s’établit; les choux rendent leur eau. Il se forme , sur le tonneau , une saumure bourbeuse et fétide qu’on enlève et qu’on remplace jusqu’à ce qu’elle monte claire; on peut alors manger la choucroute et l’exporter partout. />
soient à leurs balcons. Les voyageurs assurent que, pour la plupart, elles ont le teint jaune et des physionomies insignifiantes. L’instruction n’est pas en honneur à Macao. La richesse y est plus apparente que réelle. Le jeu est le principal divertissement ou plutôtla passion dominante de cette petite colonie.
La ville est divisée en deux parties inégales : la plus petite n’est habitée que par les Européens, qui sont au nombre d’environ cinq mille; dans^’autre partie, on compte, d’a-
près les derniers documents, plus de soixante -dix mille Chinois. Quoique ces derniers soient les plus laborieux, ce sont aussi les plus misérables; du moins, ils ne cherchent point à dissimuler leur pauvreté. Si les maisons portugaises, badigeonnées de toutes les couleurs, ont un aspect assez gai et qui peut faire quelque illusion, beaucoup d’habitations de pêcheurs et de bateliers chinois sont plus sordides et plus délabrées que les cases des nègres en Afrique. Là, comme sur la rivière de Canton, on voit de
Habitations pauvres dans le port de Macao (Chine). — Dessin de Tirpenne.
malheureuses familles qui ne vivent que d’un peu de pêche et des débris de pain, de biscuit, de peaux d’oranges, rejetés des rues dans la mer.
Pour beaucoup de voyageurs, le principal attrait de Macao est encore le jardin frais et verdoyant de Camoëns, qui est aujourd’hui une propriété particulière.