ET LES PLATEROS
Le mot espagnol platero signifie orfèvre; l’adjectif p/ateresque s’applique à un certain style d’orfèvrerie, qui a longtemps prévalu en Espagne. Il exprime à la fois les merveilles accomplies au point de vue de l’art des orfèvres et les abus qui en ont été faits. (^)
Quand l’Espagne eut reçu les immenses tributs payés en valeurs métalliques par les empereurs du Mexique et du Pérou, et les produits des mines d’argent du Potosi, les métaux précieux abondèrent en Espagne, et à Séville surtout. Les orfèvres ou plateros, dont le nombre était considérable dans cette ville commerçante et artistique, eurent à produire une grande quantité d’œuvres durant de longues années, et à renouveler, pour satisfaire au goût régnant, les riches ornementations des églises et des monastères, qui, pour la plupart, dataient du règne d’Alphonse X, au treizième siècle.
Les artistes eurent le champ libre, et purent se livrer
! P) G. Ernesti de FraTickeneau equit. danic., Bibliotheca hispaniea Mstonco-genealorjica heraldka. Lipsiæ , 1 724 , in-4». Franckeneau I est un pseudonyme de D Juan Lucas Cortès.
(-) 'Diccionario (jeotjràfico , esladistico , histôrko de Espaha n sufi posesmies dé Ultramar, por Pascual Madoz. Madrid, 184-9, t. XV.
4 M y ^ quelques années, un article étendu sur Arfé y nlatane , nous avons personnifié en quelque sorte dans un grand
à toutes leurs fantaisies. For et l’argent, si abondants, n étant comptés que pour peu de chose.
Cependant, à partir de l’année 1580, certaines régies, adoptées dans les divers ateliers des grandes villes, déterminèrent le poids et les degrés divers de développement qu’on devait donner aux vases sacrés et aux crosses d évêques, aux candélabres, aux simples chandeliers, aux colombes liturgiques, et même aux objets les moins importants du culte. (‘)
Léon de Laborde a dit de l’orfévre : « C’était le véritable artiste du moyen âge; l’histoire de l’orfèvrerie est à la sculpture ce que l’histoire de la broderie esta la peinture, une introduction et un complément ; elle l’est à plus juste titre parce que de l’atelier de l'orfévre sortirent tous les sculpteurs renommés et généralement tous les grands artistes. » (^) ®
Ces observations, vraies pour tous les temps et tous les pays, le sont particulièrement pour l’Espagne, où il est souvent assez difficile de distinguer l’orfèvrerie de la sculpture.
custodes, par exemple, ornements du maître-autel qui doivent recevoir 1 ostensoir, les grands retables métalliques, sortes de lambris qui doivent parer ces mêmes autels, furent rarement d’une bien grande dimension en France ; il en était tout autrement des custodias, destinées au même usage dans l’Aragon et dans les Castilles ; quelques-unes d’entre elles n’avaient pas moins de seize à dix-sept pieds. Ce fut à l’occasion de ces véritables édifices composés de métaux précieux, que se déploya avec le plus d extension , en Espagne , le génie des plateros.
D. Juan de Arfé y Villafaiie aime à rappeler que son grand-père Henrique de Arfé, originaire, comme on sait, d Allemagne, avait eu la gloire, au quinzième siècle, de doffir la cathédrale de Cuenca de la merveilleuse custodia qui fit si longtemps l’admiration des Espagnols. Juan de Arfé, surnommé le Benvenuto de l’Espagne, se montra seul capable d’effacer la réputation paternelle ; il donna à son pays d adoption un type de custodes si savamment étudié, qu on le cite encore aujourd’hui dans les grands traités comme une des merveilles du genre. Au dire de M. Ch. Davillier, c’est même la plus grande pièce d’orfèvrerie qui ait jamais été exécutée.
Toutefois, à l’époque oû vivaient les Arfé, dont les travaux délicats commencèrent dans la ville de Léon, une famille, celle des Becerril, produisit aussi un grand nombre d œuvres célèbres. Cette sorte de dynastie plateresque commence à Alonso, qui représente l’art du platero à Cuenca; il travailla depuis l’année 1528 jusqu’en l’année 1573. Après lui, son fils Francisco Becerril, et un peu plus tard son petit-fils Cristobal Becerril, s’illustrèrent à leur tour. Ce fut à Cristobal que l’on confia l’exécution de 1 admirable custodia delà bourgade d’Alarcon ; il mourut en 1584. Il y eut aussi un autre Francisco Becerril, mais moins connu. Le dernier représentant delà famille. Pedro Becerril, dont les travaux commencèrent en l’année 1551, est 1 auteur des belles sculptures du grand retable de la cathédrale de Séville.
En même temps que ces deux familles célèbres, un nombre presque incroyable de plateros de talent produisirent des œuvres étincelantes qu’ont malheureusement détruites les guerres, les incendies et les révolutions.
Ce futunJuande Castellnou, à Valence, sculpteur et tero, qui exécuta la fameuse custode portée en procession
(*) Varia comemuracion para la eseultura y architectura , por Juan de Arplie y Villafaùe. 5= édit., 1 vol. in-fol.
Voy. le livret sur les émaux du Musée du Louvre.
dans les occasions solennelles par le corps du chapitre de la cathédrale valencienne. (')
Le corps entier des jeunes plateros de Séville, voulant faire preuve de sa fervente dévotion, en l’année 1580, s’adressa à un soldat, el capitan Cepedu, qui exécuta pour la confrérie un Christ dont l’originalité est restée célèbre. FrayEugenio de la Cruz, le maître de Fray Juan de la Concepcion, associant son talent à celui de son compagnon hiéronymite, cisela les bronzes dorés de l’Escurial.
Disons en terminant qu’il y a des distinctions à faire entre les plateros. Le style des Arfé et des Becerril sut ' se contenir dans les régies d’un art élevé, élégant et majestueux dans sa magnificence; mais, vers la fin du dixseptième siècle, le bon goût se perdit dans la profusion. On reproduisit parfois sur les monmnents l’ornementation par trop abondante qu’on avait admirée dans les églises et surtout sur les autels. La porte de l’hôtel du marquis de Dos Aguas en est un exemple.