MARQUETERIE
Le travail de la marqueterie exige un peu plus de soin que le découpage, plus de précision , plus de netteté dans le coup de scie ; mais il n’est inabordable pour personne, et ses œuvres sont plus durables. En effet, tandis que les objets découpés sont souvent assez vite délaissés, on voit les amateurs rechercher tous les jours davantage les vieux meubles marquetés. On ne se rend pas compte généralement du procédé employé pour la marqueterie : pour beaucoup de personnes, elle est le produit de Temporte-piéce; pour d’autres, celui de l’incrustation.
Mais, qu’on veuille bien y réfléchir-, svec V emporte-pièce, que pourrait-on faire de plus que reproduire indéfiniment le même dessin? Et puis, quel ne serait pas le prix de l’outil à l’aide duquel on exécuterait le dessin d’un panneau de bahut, d’un devant de lit? Et que de difficultés pour établir cet outil !
Ce n’est pas à dire que Temporte-pièce ne puisse et ne doive être employé pour exécuter de petites rosaces o-u des bouquets très-simples, mais aussi de peu de valeur.
L’incrustation ne peut pas davantage être un procédé habituel de la marqueterie. II serait trop long et trop difficile de découper d’abord le dessin, puis, au moyen de ciseaux très-fins, de l’incruster dans un fond de bois, d’écaille ou de cuivi-e; cela présenterait un travail trop long.
11 faut en revenir au découpage, mais à un découpage d’une rigoureuse précision , qui ne laisse passer aucune irrégularité. Celui qui veut faire de la marqueterie doit être l’esclave du trait et le suivre aussi exactement que possible : une fois l’objet monté , le dessin ressortant en blanc sur un fond noir, ou en noir sur un fond blanc, fera apercevoir les moindres défauts; et qu’on ne compte pas sur la possibilité de les rectifier à la lime; tel le sujet est découpé, tel il restera.
La marqueterie comprend des genres très-variés :
1® Arabesques à deux teintes unies,
2“ Arabesques à deux teintes ombrées.
3° Arabesques à plusieurs teintes.
¥ Fleurs et oiseaux, bois de teintes unies.
5° Fleurs et oiseaux, bois de teintes ombrées.
6« Cuivre et bois.
7° Cuivre et écaille.
8“ Ébène et ivoire.
Nous en pourrions nommer d’autres encore, tels que la nacre d’argent, la corne, etc.
Mais d’abord, qu’appelle-t-on marqueterie en général?
On appelle ainsi une opération qui consiste à introduire une matière quelconque, bois, métal, écaille ou ivoire, dans une autre, de telle sorte que le dessin et le fond fassent corps ensemble et puissent être plaqués de la même manière qu’une feuille de placage ordinaire.
De cette définition il résulte que toute marqueterie comporte au moins deux bois ou deux corps différents (cuivre et bois, par exemple), dont l’un fait le fond et l’autre le dessin (fig. 1).
Fig. 1.
Pour incruster le dessin dans le fond d’une manière parfaitement exacte, le vrai moyen est de superposer l’une à l’autre deux planchettes debois, par exemple, l’une claire et Fautre foncée, puis de découper les deux plaques ensemble, en ayant soin 1" de ne pas endommager par le coup de scie les parties qui doivent former le fond , 2® de recueillir avec soin tous les morceaux qu’enlève la scie, même les plus petits, fussent-ils delà grosseur d’une tête d’épingle.
Première opération. — Assemblage des feuilles de placage. — On pourrait réunir les feuilles de placage que l’on veut découper au moyen de fines pointes rivées, comme on l’a indiqué pour le découpage en double; mais ce procédé offre plusieurs inconvénients : on est exposé à faire fendre le placage; puis, si on opère sur des bois de teinte claire, le trou fait par la pointe laisse une marque.
On préférera donc un autre procédé, quoiqu’il soit un peu plus long ; voici en quoi il consiste :
Après avoir débité les feuilles de placage de la dimension voulue (en laissant toujours une bonne marge), il fout
avoir soin de placer un des morceaux, le plus foncé, sur une table bien unie; avec un petit pinceau, on fixe ci la colle forte, mais par des points seulement et de distance en distance, des bandelettes de papier d’environ deux centimètres de largeur (fig. 2); lorsqu’elles sont toutes pla-
Fig. 2.
cées, il faut y poser de nouveau rapidement des points de colle forte, puis appliquer la seconde feuille de placage, mettre en presse, et laisser sécher.
Si au lieu de deux feuilles on en doit superposer quatre ou cinq ou même plus, on commence par garnir chaque feuille de la quantité de bandelettes voulue, et ensuite on entreprend de les réunir en opérant comme ci-dessus. On comprend qu’il est nécessaire de mettre toute la célérité possible dans cette opération. Il est indispensable d’avoir de la colle forte assez claire, et surtout très-chaude. Il faut éviter avec grand soin de mettre de la colle à côté de la bandelette de papier, sinon , lorsqu’il s’agirait de dédoubler, on serait exposé à casser.
La marqueterie s’exécutant toujours en placage, c’està-dire en bois d’un millimètre environ, si on ne découpe que deux feuilles, on est exposé à casser le bois sous l’effort de la scie; d’un autre côté, si celle-ci ne rencontrait pas une résistance suffisante, il serait très-difficile de suivre exactement les contours du dessin. Pour parer à ces inconvénients, le meilleur moyen est de placer, en dessous des feuilles de placage, une planchette de hois blanc de trois ou quatre millimètres, suivant la puissance de la machine.
Nous disons la machine , attendu qu’il est sinon impossible, du moins beaucoup plus difficile de faire de la marqueterie avec le bocfil à main. En effet, pour ce genre de travail , ce qui est décisif, c’est que le coup de scie soit donné parfaitement d'aplomb (ce que peu d’amateurs seraient en état de faire à l’aide du bocfil à main), faute de quoi les morceaux de la plaque inférieure sont ou trop petits ou trop grands.
Si l’on se sert de la machine, on n’a pas à se préoccuper de cet inconvénient; toutefois, dans ce cas, il faut se mettre en garde contre certains appareils qui ne font pas descendre la scie perpendiculairement. Elle décrit une courbe très-légère, ce qui peut paraître un avantage, mais ce qui est nuisible, au contraire, surtout pour les angles, lorsque l’on découpe le bois à cinq ou six épaisseurs.
Il est facile de comprendre, d’ailleurs, qu’avec une scie à volant on est trop exposé à casser ces minces feuilles de placage, et que, lorsqu’on doit enlever une pièce de la grosseur d’une tête d’épingle, un coup de pédale en trop fait tout voler en éclats au dernier moment.
Deuxième opération. — Découpage de la marqueterie. — Lorsque l’assemblage des feuilles de placage est suffisamment sec, on colle le dessin comme nous l’avons indiqué pour le découpage , puis on perce un ou plusieurs trous pour introduire la scie, en ayant soin de faire ces trous dans un angle et jamais au milieu d’une ligne droite ou courbe , parce que la trace resterait visible.
Un ou plusieurs trous sont nécessaires, disons-nous; un seul suffit ou au plus deux, par exemple, pour l’encadrement placé sur un couvercle de boîte, formé par une série d’arabesques faisant corps et sans enlacement (fig. 3).
Fig. 3.
II suffit d’un simple coup d’œil pour voir s’il faut percer un plus grand nombre de trous. On peut employer soit le foret droit ou drillé , soit les forets à crochets en usage dans l’horlogerie, soit enfin le tour. 11 faut éviter d’employer des mèches trop fortes; les scies employées pour la marqueterie étant très-fines (n“ 0 ou n“ 1), le trou doit l’être également; si on possède une machine à coudre, on peut très-facilement utiliser les aiguilles cassées en les apointant sur la meule.
Fig. 4.
Ces préparatifs terminés, on procède au découpage, qui se fait de la même manière que le découpage simple, à cette seule différence près qu’en marqueterie il faut respecter aussi bien la partie formant le fond que le dessin, c’est-à-
dire qu’il faut toujours pour les angles que la scie tourne sur place, opération que la finesse de la scie rend très-facile.
Ainsi qu’on l’a dit plus haut, on recueille avec soin les morceaux au fur et à mesure qu’ils sont découpés, et comme il arrive très-souvent que dans le dessin (un copvercle de boîte , par exemple) les quatre coins soient pareils, il est bon de diviser les morceaux par quarts, de les numéroter, et d’avoir autant de boîtes de grandeurs différentes où l’on place les découpages quand ils tombent à peu près à leur emplacement respectif.
On a déjà expliqué, en parlant du découpage, combien il importait d’étudier le dessin avant de «ommencer l’opération ; cette observation s’applique à plus forte raison à la marqueterie, qui suit les dessins les plus délicats, tout en opérant sur des matières bien plus fragiles.
Si le dessin présente un corps avec quelques trous isolés, comme dans la- figure 4, c’est par ces derniers qu’il faut commencer, passer ensuite au milieu et finir par le contour extérieur.
Il arrive souvent que des pièces très-fines ainsi découpées ne veulent pas sortir ; il faut alors, après avoir retiré la scie , presser insensiblement avec une pointe , surtout dans les angles; l’opération est-délicate et demande beaucoup de précautions.
Lorsque le dessin est fin et délicat, la scie en remontant soulève les feuilles de placage et peut les faire casser ; comme il serait difficile de soutenir le bois suffisamment avec les doigts, on se sert d’une vieille lime plate très-mince ou même d’un simple morceau de métal, cuivre ou fer, de dix à quinze millimètres de largeur, que l’on maintient toujours très-près du dos de la scie.
La suite à une prochaine livraison.