AU CAIRE
La Mosquée de Gaît-Bây, au Caire. — Dessin de Sellier.
En sortant du Caire, on voit dans le désert cinq mosquées situées de distance en distance, à peu près en ligne droite, dans la direction du sud-ouest au nord-est. Celle dont nous donnons la représentation exacte , d’après une Tome XLIV. — OcroimE 1876.
œuvre intéressante de M. A. -F. Mehren (Q, porte le nom de mosquée de Caît-Bây. Cette mosquée, dit Clot-Bey, peut être regardée comme le type le plus élégant de l’ar- (') Professeur d’arabe à l’Université de Copenhague.
chitecture arabe du quinziéme siècle de notre ère ; et quoiqu elle soit d assez petites proportions, elle mérite certainement d être considérée comme le monument le plus parfaU du Caire. Elle date de l’an 877 de l’hégire (1470 de Jésus-Christ). Elle est construite en pierres formant des assises z’éguliéres. Le dôme est recouvert de sculptures formant un réseau d une rare élégance. Le minaret est d une grâce charmante, et les ornements qui le décorent sont d’une exquise recherche.
Malgré sa beauté, cet édifice est pour ainsi dire abandonné. Il ne sert qu’aux habitants du désert, et on n’y trouve d habitude que quelques gardiens qui vivent là dans une solitude à peu prés complète, la population de l’ancien faubourg Kerafat ayant presque complètement disparu. Tout auprès, on voit encore le château qui fut autrefois la résidence du sultan Gaît-Bây.
Le haut portail de l’entrée principale de la mosquée poite, après un verset du Coran, l’inscription suivante :
« Cette madrasah a été élevée par ordre de notre seigneur El-Melik El-Aschraf Gaît-Bây ; que Biieu éternise son régne et rende inébranlables les hases de sa puissunce par la grâce de Mahomet et de sa faipille. »
A la gauche du portail est placée la fontaine des ablutions {sebil). Le vestibule qui la renferme est fermé par des giilles ciselées; il sert aujourd’hui de salle d’école pour les petits enfants.
Autour des quatre murailles de la mosquée court une insciiption tracée en lettres colossales. Après un verset du Coran, on y lit la phrase suivante :
« Cette madrasah bénie a été érigée jpur l’ordre deliotrë seigneui et roi, maître de nos nuques, le sultan régnant El-Melik El-Aschraf Aboul-Nassr Gaît-Bây, sultan des peuplés et des rois, des pauvres et dps Indigents, le sauveur du monde et de la foi, notre maître et roi, le grand Imâm régnant, El-Melik El-Aschraf Gaît-Bây, que sa victoire soit glorieuse, dans le mois de ramaddan de l’an oo7. »
Des inscriptions semblables sont répétées au-dessous de la première et au-dessus des portes.
On pénétre dans la chapelle sépulcrale du sultan par une porte placée vis-à-vis de l’entrée principale. Le tombeau est entouré d’une grille en bois ciselé. Dans l’angle opposé se trouve le sarcophage de la sœur de Gaît-Bây. Il ne porte aucune inscription. Une petite caisse, placée près de ces tombeaui^ , renferme deux pierres noires où l’on découvre les empreintes d’une main et d’un pied. Ce sont des reliques du prophète rapportées de la Mecque.
L inscription tracée sur les murs de la chapelle se compose de versets du Coran, suivis de la mention suivante :
« Cette coupole bénie a été élevée par la grâce de Dieu et par ses riches dons sur notre maître et roi, maître de nos nuques, sultan de l’islam et des musulmans, destruc^ teur des infidèles et des polythéistes, vivificateurde la jus:. tice du monde, le grand Imâm, le roi des rois et des peuples, le sultan régnant Melik El-Aschraf Aboul-Nassr Gaît-Bây, roi des deux mers et des deux continents, serviteur des deux sanctuaires, maître des Arabes et des Persans, le sultan El-Melik El-Aschraf Aboul-Nassr Gaît- Bây, etc. »
Le portail du château, qui est contigu à la mosquée, porte une inscription analogue , relatant avec la même pompe toute orientale les titres du sultan, à qui nous devons du moins reconnaître le très-réel mérite d’avoir élevé une des œuvres d’architecture les plus séduisantes que 1 art arabe ait jamais produites.
LE JARDIN DE M. BAR
Fin. — Voy. p. 290, 298, 310.
C’est aujourd’hui que vraiment on a dans le jardin de M. Bar des spécimens de toutes les familles florales. L’annexion d’une serre au jardin a beaucoup servi pour cela. Aussi est-ce un vrai charme que de l’entendre causer botanique et jardinage. Un membre de la Société d’horticultuie, dont il fait lui-même partie, me disait dernièrement : M. Bar n’a pas son pareil pour soigner et guérir une plante malade.
M. Bai, autrefois, pour les nécessités de sa fabrication et de son commerce, a dû faire d'assez fréquents voyages en France, en Belgique, en Allemagne. Mais, même dans ces voyages, il ne dérogea que rarement à l’excellente habitude de se réserver chaque jour deux ou trois heures de loisir: il les employait à visiter dans les environs des grandes villes les jardiniers et pépiniéristes habiles. Il avait ainsi constaté que le personnel agricole constitue en Europe une des classes les plus réellement instruites et les plus réellement méritantes. Ils vivent comme les paysans, les pieds dans des sabots ; mais la tête habite les régions les plus élevées. Vous pouvez, avec eux, causer de toute science, et particulièrement de physiologie végétale. Quelques-uns vous étonneront par l’étendue de leurs connaissances, par la sûreté de leur jugement, par leur bon sens, par leur simplicité. * '
Ce sont des âmes bien portantes, dit M. Bar, qui dans ses voyages a pu apprécier un grand nombre d’entre eux, avec lesquels il est resté depuis en perpétuel échange d’observations et de renseignements. Leurs rapports sont aujourd hui plus que jamais fréquents. Quelques-uns de ces horticulteurs sont dans leur partie des écrivains de mérite ; ils envoient à M. Bar leurs publications; il est ainsi tenu au courant de tous les progrès horticoles. Lui-même quelquefois adresse de courtes notices à des recueils spéciaux, qui se font un plaisir et un devoir de propager ses observations toujours instructives.
Notre ami, dans ses voyages, ne visitait pas seulement les jardins et les jardiniers, il visitait les collections de toutes sortes, mais plus particulièrement les collections relatives à l’histoire naturelle. Or il n’y a pas, en France, seulement les collections publiques, il y a des collections, individuelles dont le nombre étonne ; celles-ci sont presque toujours spéciales. Les uns ne s’attachent qu’aux oiseaux , d autres s’en tiennent aux insectes, coléoptères ou lépidoptères. Quelques-uns recueillent uniquement les hélices terrestres, d’autres les hélices fiuviatiles.
-—J’ai toujours été confondu, disait M. Bar, du nombre prodigieux de familles et de variétés contenues dans chacune de ces catégories,
Il y a des collections locales de fossiles, des collections de minéraux, des collections de cailloux, et chacune de ces collections fournit au visiteur instruit et intelligent quelque renseignement utile. Les collections artistiques, les collections archéologiques et numismatiques, sont égament nombreuses en France et partout.
M, Bar eut un jour l’occasion de visiter une collection composée uniquement de petits morceaux toutàfaitinformes de poterie romaine.
— Qu’est-ce que ceci? demanda-t-il.
^ — Oh! Monsieur, c’est la chose du monde la plus précieuse : chacun de ces fragments contient un nom de potier. J’ai là 357 noms propres que vous ne trouveriez nulle part ailleurs ; j’attends pour les publier d’avoir complété les 400. Je travaille depuis quarante ans à cette collection.
Ailleurs, c’était une collection de pipes, et ce qui surprit M. Bar, ce fut de trouver dans cette collection la preuve que dans le moyen âge et même dans l’antiquité la pipe avait été connue. Les anciens fumaient-ils? que fumaientils? et dans quelles circonstances fumaient-ils? Cet usage n’était-il pas employé uniquement comme remède par la médecine d’alors contre certaines maladies? Dans tous les cas, la pipe ancienne, tout à fait semblable à nos pipes en terre, n’en différait que par l’extrême petitesse du fourneau. L’introduction du petun ou tabac, au seizième siècle, fut le signal d’une révolution dans la fabrication des pipes ; le fourneau s’agrandit et l’habitude de fumer se propagea rapidement.
Un collectionneur de tabatières affirmait aussi à M. Bar que l’habitude de priser avait précédé de beaucoup l’introduction du tabac; mais on prisait d’autres poudres.
Notre voyageur avait donc rapporté de ses excursions en France et hors de France toutes sortes de souvenirs et de documents qui présentement font le charme et l’utilité de ses loisirs.
Outre son jardin, outre sa commune à administrer, outre ses propriétés à entretenir et à réparer, outre ses relations si diverses, il a encore, je l’ai dit, à diriger l’instruction de ses petits-fils. Mais il se plaît, comme il dit, à faire travailler ces enfants d’après nature.
Ces jours-ci, par exemple, il avait donné comme devoir d’écriture, d’orthographe et de style, la rédaction pure et simple de ce que chacun saurait sur un certain papillon qu’on avait attrapé la veille, et qui s’appelle le minime à bandes, ou scientifiquement le Bombyx quercus (bombyx du chêne). Les devoirs furent faits par trois naturalistes de sept, huit et neuf ans. Le prix fut emporté cette fois par le naturaliste de huit ans, qui se trouvait être le fils du jardinier. Voici très-fidèlement reproduit le devoir de l’enfant; je m’en tiendrai pour tout amendement à la correction de huit petites fautes d’orthographe.