‹ Magasin pittoresque (volume 2)Chapitre 630 sur 712 · LE BOMBYX QUERCUS · texte numérisé non relu

LE BOMBYX QUERCUS

ou MINIME A BANDES.

U Le minime à bandes est un papillon très-nuisible qui pond ses œufs en lieu sùr et sec. Ces œufs, d’un brun foncé, éclosent vers les premiers jours d’août; les petites chenilles passent l’hiver; elles se cachent le plus souvent dans les haies touffues, sous les branches d’aubépine, où elles se tiennent fortement attachées. Ces chenilles sont très-peu velues et leurs poils sont très-courts.

» Avant les trois premiers changements de peau, la tête de la larve est bleue, ce qui peut la faire confondre avec un autre bombyx. Après le^cinquième changementdepeau, la tête est entourée de poils bruns très-longs, mais qui ne tardent pas à tomber. C’est à cette époque que la chenille exerce ses plus grands ravages, qui sont surtout commis pendant la nuit. Quand on veut se la procurer, soit pour la détruire, soit pour l’élever, il faut, dès le matin, secouer les haies d’aubépine, sous lesquelles on met un drap. On en récolte ainsi quelques-unes, mais rarement plus d’une douzaine, car ces chenilles ne vivent pas en société. Au moment de se chrysalider, la chenille du minime à bandes atteint la grosseur du petit doigt. Elle construit une coque composée d’un feutrage de quelques fils mêlés à son poil, ce qui forme une demeure très-dure.

» Cette coque n’est soutenue ni suspendue par rien ; la chenille la laisse dans des feuilles sèches ou dans des tas de pierres en plein soleil.

» Les chrysalides éclosent au mois de juillet. Quand cette chenille vient de se chrysalider, elle est d’un vert foncé, mais bientôt elle devient brune; c’est, du reste, ce qui arrive à presque toutes les chrysalides de lépidoptères.

»Le mâle et la femelle sont bien différents : la femelle est jaune avec un point blanc sur chaque aile supérieure, tandis que le mâle est brun et a sur les ailes supérieures et inférieures deux bandes jaunes, ce qui lui a fait donner le nom de minime à bandes; minime, parce que son vêtement ressemble de couleur à celui des religieux de ce nom, et à bandes, à cause des deux bandes ci-dessus indiquées.

»Le mâle vole le jour avec une grande rapidité, sans savoir trop où il va. On en a vu se heurter violemment et presque se tuer contre les branches des arbres. Le nom latin de ce papillon, Bombyx quercus, signifie bombyx du chêne. Sa chenille néanmoins vit principalement sur le prunellier, le poirier, le cerisier, le pommier et, de préférence à tout, sur l’aubépine. La femelle pond de 150 à 200 œufs sur les feuilles ou sur les branches, d’où ils ne tardent pas à tomber, car elle ne sait pas, comme le bombyx disparate et tant d’autres, les attacher à l’endroit où elle les dépose.

» Pour attraper des mâles, il suffit d’enfermer des fem elles; on les voit alors arriver de partout, et l’on peut aisément les saisir à la main. On peut dans les forêts se faire suivre par des nuées de Bombyx quercus; il suffit pour cela de fixer une femelle à son chapeau. »

— Voilà bien des fautes d’orthographe, dit M. Bar au jeune homme.

Puis, les ayant corrigées, il ajouta :

— Le reste n’est pas mal ; seulement ça manque de méthode et de forme. Il fallait me montrer d’abord le papillon mâle du Bombyx quercus avec son manteau brun de minime enjolivé de bandes jaunes ; puis, à côté de lui et en opposition, la femelle devait apparaître avec sa robe jaune piquée de points blancs. J’eusse ensuite parlé de l’œuf, puis de la chenille et de ses ravages, puis enfin de ses métamorphoses, de sa coque et de sa chrysalide. Les détails, au contraire, nous sont donnés là pêle-mêle, sans suite et sans ordre. Vous recommencerez tous le devoir.

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Notre jardinier maire et maître d’école, comme on voit, ne manque pas d’occupation. Mais il a su se créer des occupations qui toutes, avec un côté utile, présentent un côté agréable. De même, la science ne lui est chère, ditil, que parce qu’il y trouve des éléments de bonheur.

Chose singulière ! les frères de M . Bar ont fait une bien plus grande fortune que lui. Ils habitent aujourd'hui des châteaux princiers entourés de parcset de jardins immenses. Pour soigner ces jardins et ces parcs, ils ont à leur service des horticulteurs habiles; mais, hélas! eux-mêmes ils ignorent jusqu’aux noms des arbres et des plantes qu’on y cultive. Qu’en rêsulte-t-il pour eux? c’est que, dans ces riches domaines, l’ennui les dévore ; c’est que, pour remédier à cet ennui, il faut vivre à grands frais, à grand bruit, en perpétuelles réceptions, et toujours hors de soi-même ; il faut être de ceux à qui la Fontaine disait ;

Vous ne vous voyez pas, vous ne voyez personne.

Comment donc verraient-ils autour d’eux cette nature enchanteresse?

Pour se reposer, pour jouir quelques instants de la vie, pour retrouver tous les bons souvenirs, pour rentrer dans le calme, hors duquel il n’est pas de véritable bonheur, c’est encore, c’est toujours dans la maisonnette du maire de Brumelpont qu’on revient chaque année passer une semaine ou deux, et jamais l’on n’en revient sans dire :

— Est-il heureux, ce frère Bar !

On ne rit plus maintenant du petit jardin d’autrefois, ni des petites ménageries, ni des collections d’insectes, de

coquillages, de minéraux. Ces amusements féconds de l’enfance ont été pour Bar l’enchantement de toute saxie. Le jardin où il vit aujourd’hui est encore, comparé à ceux de ses frères, un petit jardin, mais [ce jardin, il l’a créé lui-méme, il le soigne lui-même; ce jardin est son œuvre, il en est fier comme artiste et non pas seulement comme propriétaire, il s’y intéresse à tout ce qu’il y voit :

L’arbre qu’on a planté rit plus à notre vue Que le parc de Versaille et sa noble étendue.

Ce jardin qu’il aime lui rend plus cher même le paysage quil entoure. Le village, le joli village de Brumelpont, à qui appartient-il comme à lui? 11 en possède, comme superficie, le soixantième tout au plus : ce n’est rien ; mais ce qui est tout, c’est de le connaître et de l’aimer, ce village, dans son passé, dans son présent, dans son avenir; car M .Bar se préoccupe de l’avenir de Brumelpont et comme maire, et comme chef d’une famille aimée et nombreuse.

Citoyen de son village plus que personne, plus que personne aussi notre vieil ami Bar est, par cela même, citoyen de sa patrie et du monde.

Qui ne plonge au sol sa racine Sera par les vents emporté.

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Je n’ai pas raconté et ne voulais pas raconter la vie de M , Bar ; je n’avais en écrivant ceci d’autre dessein que de montrer l’influence sur l’homme du petit jardin de l’enfant. M. Bar, d’ailleurs, n’a pas eu d’histoire, je l’ai dit en commençant. Il ne faudrait pas s’imaginer, toutefois, qu’il n’y ait eu, dans son existence toute simple, ni fautes ni malheurs. Les fautes, à la vérité, n’ayant pas été graves, n’ont pu être connues que de M. Bar lui-même; quant aux malheurs, il en a eu de toutes sortes : pertes de parents et d’amis, perte d’un de ses enfants, maladies, procès, etc.

Mais il a eu aussi de grandes joies : la paix, l’honneur et la prospérité dans sa famille. Il a été marié, nous l’avons Vu , à une bonne et simple femme, qu’aprés trente ans il aime encore comme au premier jour et qui partage tous ses goûts, qui jardine avec lui, qui se plaît à surveiller Une jolie basse-cour et qui s’est fait une réputation pour ses élevages de choix. Les enfants, établis à peu de distance de Brumelpont, ne manquent guère de s’y réunir tous en famille le dimanche ; quelques amis sont invités à ces réunions cordiales. Celui qui écrit ces lignes a l’honneur, deux ou trois fois par an, d’y être admis ; il ne parle donc pas ici par ouï-dire ; il se contente d’exposer ce qu’il a vu.

Mais la conclusion de tout ceci, que peut-elle être, sinon qu’il y a plus de sagesse, plus de savoir, plus de vertus en ce monde qu’on ne le saura jamais ; qu’il faut donc se bien garder de juger d’un pays ou d’un siècle seulement par les quelques hommes qui se sont mis eux-mêmes ou que le hasard a mis en évidence. Il y a certainement parmi ceux-là aussi de grands et nobles caractères; mais qu’il serait injuste de croire qu’il n’y a de cœurs d’or que parmi ceux qui brillent !

On doit cependant bien avouer que notre ami Bar brille dans son village; que même sa réputation commence à se répandre , en dehors de Brumelpont; mais qu’est-ce que cela au prix de nos grandes renommées contemporaines?

Cette histoire de M. Bar est pourtant celle de bien d autres habitants de la province. Que de gens, en effet, modestes et pleins de savoir, cultivent en paix leur jardin! C’est l’un de ces sages qui sur son carnet a écrit :

« Sois en tout et partout l’artisan de ton bonheur. Quand tu resteras à la maison , embellis 'ton foyer, cultive ton jardin. En route, emplis tes yeux, ton âme, du spectacle de la nature et des hommes. Es-tu pauvre, découvre har-

diment les richesses que ton âme contient, jouis-en, tu en as le droit. -

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