SUR UNE TOMBE
J’errais seul, un dimanche, au cimetière du mont Valérien.
^ De loin je vis une jeune femme en deuil assise au bord d une tombe. Un enfant de huit ou dix ans jouait près d’elle. Elle écrivait sur la pierre.
Quand j approchai, elle s était levee et s’éloi^'na avec son fils.
Passant devant la tombe , je me penchai, et je lus ces mots tracés au crayon :
«Mon, Dieu, fais que mon fils ait les talents de son
père ! »
Je me détournai, le cœur attristé.
Une heure après, traversant de nouveau le cimetière, mon regard chercha la même tombe. Le mot talents était raturé, et, au-dessus, la m.ême main avait écrit verhis. La jeune mère s’était repentie d’avoir si peu demandé à la Grâce éternelle ; elle était revenue la prier de donner avant tout a son enfant le nécessaire,
D un peu plus haut je l’aperçus une dernière fois dans le crépuscule, descendant d’un pas léger vers Longchamp, la main dans la main de son fils qui chantait.