PÊCHES SANS LE PÊCHEUR
Fin.
Pêche àu caoutchouc. — Ce moyen de pêche, qui est employé en eau douce pour les grosses carpes, a donné
(’) La Néerlande et la vie hollandaise, par Alphonse Esquiros, mort cette année même ; il était depuis quelques mois sénateur. A la nouvelle de sa mort, un navire hollandais qui était dans le port de Marseille s est pavoisé en deuil. La ville d’Amsterdam lui avait spontanément accordé le titre de citoyen.
(^) Mars 1855.
P) Voy., sur les inondations en Hollande, notre tome !*>', 1833, p. 79, et notre tome X, 1842, p. 65.
( ) On en conserve un bel exemplaire dans la galerie de Florence qui traverse l’Arno.
d excellents résultats dans les rades et dans les mers sans marée pour la pêche des gros poissons de fond, congre, lieu, merlus, bar, etc.
Pêche au libouret. — Cet instrument, Tun des plus usités et des plus productifs de ceux dont on se sert en mer, n’est à proprement parler qu’une sorte particulière du pater-noster, où la disposition des hameçons est modifiée. Comme le pater-noster , le libouret doit être monté avec beaucoup de soin et de légèreté , ce qui n’exclut pas le choix de matériaux aussi solides que possible. Le libouret, tel qu il est représenté par la figure 30, se compose d’une ligne verticale au bas de laquelle est attaché un plomb destiné à porter sur le fond. A une certaine hauteur au-dessus du plomb se pratiquent deux nœuds entre lesquels on place Tavalette A, portant les empiles et les hameçons. Cette avalette est formée d’une petite tige de houx frêlon, percée pour laisser passer la corde, et dont le bout est taillé en bouton afin de ne pas laisser échapper les empiles.
Fig. 30. — Pêche au libouret.
La partie supérieure de Tavalette tend à gagner la surface de Teau, et par conséquent à soulever les hameçons et à les éloigner du fond. De cette manière, les poissons peuvent apercevoir les esches, qui flottent dans Teau et ne sont plus cachées par les herbes.
La figure 31 représente une autre forme de libouret usi-
Fig. 31 . — Pêche au libouret anglaris .
tée en Angleterre , qui nous est fournie par Yarrell, et qui est utile pour pêcher sur les fonds de roches et sur le sable propre. On s’en sert pour pêcher en bateau, et
alors on peut en poser plusieurs autour de soi en les éloignantassez pour que les empiles ne se mêlent pas. LC est la ligne ou bauffe qui part du bateau et que l’on tient à la main ; elle est attachée en C à la poignée de la plombée P, et cette anse BC porte en D une avalette dans laquelle la corde C passe en D pour aller en A porter l’hameçon et l’appât placé à découvert sur la pointe. Un émérillon placé entre D et A peut accélérer le mouvement de rotation de l’amorce et ajouter à la ressemblance de l’esche avec une proie vivante, et, par suite, accroitre les chances de succès de la pêche.
Pêche aux couples. — Le grand couple est un engin qui rentre dans la catégorie des lignes de fond. 11 se compose d’un morceau de til de cuivre de 2 millimètres de diamètre, long de 50 à 80 centimètres, dont on aplatit les deux extrémités en lui donnant une légère courbure. Au centre de l’arc, on attache une plombée pesant 250 grammes, et à laquelle le couple tient par une anse de corde. Sur le même point d’attache, en dehors de l’arc, on forme une seconde anse de corde pour attacher la ligne, qui doit être en soie ou en cordonnet bien dévrillé.
Les habitants du Nord ont imaginé une sorte de balance volante ou de petit couple, dont nous donnons la figure (fig. 32), et qui se construit de la manière suivante ; D est la
ligne ou corde ; en P est un plomb en olive très-allongée, percé dans sa longueur, et traversé par une ligne de crin en vingt brins qui forme une boucle C bien empilée à chaque extrémité.
B est un petit morceau de baleine gros comme une plume, long de 20 centimètres environ, portant, au milieu, une anse empilée. B porte sur toute sa longueur une garniture solide, vernie et poissée, de fil de fouet fin, qui forme une boucle à chacune des extrémités de la petite baleine. Dans ces boucles sont passées celles des empiles des hameçons A, A.
Pêche à la fourquette. — La fourquette est un instrument qui sert à pêcher de fond les poissons plats. C’est une croix de fer peint ou de cuivre qu’on attache à une longue ligne, à l’autre bout de laquelle est placée une bouée qui flotte à la surlace de la mer. Chaque branche de la croix est garnie d’empiles inégales en longueur, portant des hameçons tout eschés.
Cette pêche est très-productive ; on ne manque pas de prendre, entre les rochers, un bon nombre de poissons sédentaires. Nous pensons toutefois qu’il serait préférable de remplacer la croix par'un cercle de même métal; les em-
piles, mieux espacées, seraient moins sujettes à se mêler.
Pêche à l'archet. — L’archet se compose d’une baleine ou d’unjonc d'une longueur de 1'«.50 environ, PBD (fig. 33); en M, on fait une ligature qui embrasse l’extrémité de la ligne de fond FC, qui traverse la courbe PB, et vient s’attacher à un plomb de fond qui fait caler le tout. Quelquefois on ajoute aux hameçons empilés A un autre hameçon E, à une certaine hauteur au-dessus de l’archet, et sur la ligne CF ; F est une bouée qui sert à retrouver et à retirer la ligne. Cette pêche est bonne surtout entre les rochers, dans les endroits où le sable a été accumulé sous les raouvemènts de la mer, et où ne se trouvent pas de trop grandes herbes dans lesquelles les hameçons pourraient se cacher.
Fig. 33. — Pêche à l’archet.
Pêche à la couffe. — Système adopté surtout dans la Méditerranée. L’engin se compose d’un panier ou corbeille, du pays que l’on emplit de lest et qu’on suspend par trois cordelettes à une bauffe suffisamment longue , attachée à une bouée, ou tenue d’un bateau. Cette pêche est certainement l’une des plus primitives que l’on puisse imaginer. Les empiles sont attachées tout autour du panier, que l’on
Fig. 34. — Pêche à la couffe.
pourrait remplacer par un cerceau de fer ou tout autre objet analogue. La proximité des esches du fond fait que cette pêche rapporte beaucoup de poissons plats (fig. 34). Pêche à la halle. — Il nous reste à dire quelques mots
d’une des pêches les plus usitées en eau salée, et que l’on pratique en grand pour les gros poissons. L’engin se compose d’une maîtresse corde d’environ 3 mètres, à l’extrémité de laquelle on amarre un plomb ou un petit boulet de fer ; puis on garnit la maîtresse corde avec des baUiettes. Cette pêche se fait en bateau : quand on a mis la corde cà l’eau, elle prend immédiatement une position verticale; mais si le bateau marche, la corde reçoit une direction oblique, et d’autant plus oblique qu’il marche plus rapidement. La difficulté est de bien calculer la longueur des balnettes et des empiles, afin que rien ne se mêle. Cette pêche se fait généralement avec trois lignes pour chaque bateau, en ayant soin de prendre les précautions ordinaires ; les pêcheurs se tiennent sur le même côté du bateau; celui qui est le plus vers l’arrière jette le premier sa ligne ci la mer et lui donne la pins grande longueur possible ; le second pêcheur jette sa balle devant lui et donne moins de corde; enfin, le dernier, celui de l’avant, laisse filer sa corde à pic, et donne encore moins de corde que celui du milieu. C’est lui qui a le plomb le plus lourd , tandis que le plus léger est celui du pêcheur de l’arriére , car il faut
que, dans l’eau, les trois lignes s’étagent sans se mêler.
Les pêcheurs sentent à la main les secousses des poissons qui ont mordu; ils relèvent alors leurs balles en halant sur la bauffe, mais à petites brasses. Arrivés aux balnettes, ils les relèvent avec précaution. Il ne reste plus qu’à détacher le poisson, remettre les lignes en état, et filer de nouveau la balle à l’eau. Toute cette manœuvre demande une grande habitude.