TRADUIT DE LONGFELLOW
Cliaque fois que nous foulons aux pieds un vice, nous montons un échelon de l’échelle qui mène au ciel. (S. Augustin, 3® sermon sur l’Ascension.)
Saint Augustin, que ton idée est belle! Oui, de nos vices nous pouvons construire une échelle, à condition de fouler sous nos pieds toute œuvre de péché.
Les riens de la vie ordinaire, les petits événements de chaque jour, qui commencent avec l’heure et finissent avec l’heure, nos joies et nos tristesses : autant d’échelons pour monter toujours plus haut.
La bassesse de nos désirs et de nos desseins, qui nous poussent à ravaler le mérite d’autrui; les entraînements perfides de l’ivresse ; les occasions de pécher contre la tempérance ;
Le goût des choses basses et viles; la recherche du succès au mépris de la vérité; l’endurcissement du cœur qui mène à dédaigner les rêves de la jeunesse;
Toute pensée de péché, toute mauvaise action qui a sa racine dans une mauvaise pensée ; tout ce qui entrave et arrête l’essor d’une noble volonté :
Tout cela, il faut d’abord le fouler aux pieds, si nous voulons, sur les glorieux champs de bataille qui donnent la renommée la plus pure, conquérir des droits à l’empire des empires.
Nous n’avons pas d’ailes pour prendre notre essor; mais nous avons des pieds pour gravir et grimper lentement, par degrés, aujourd’hui plus haut qu’hier, jusqu’aux nuages qui planent sur le sommet de notre vie.
Les puissantes pyramides de pierre, qui s’enfoncent comme des coins monstrueux dans le ciel du désert, quand en les voit de prés et qu’on les connaît mieux, ne paraissent plus que de gigantesques escaliers.
Les montagnes lointaines, qui élèvent jusqu’au ciel leurs solides remparts, sont traversées par des sentiers qui nous apparaissent à mesure que nous nous élevons plus haut.
Les sommets que les grands hommes ont atteints et où ils ont planté leur drapeau, ils ne les ont pas atteints d’un seul élan ; seulement, pendant que les compagnons dormaient, ils étaient à la peine et grimpaient toujours plus haut dans la nuit.
Les deux pieds sur le fardeau qui longtemps avait fait plier nos épaules et avait rivé nos regards à la terre, nous commençons à voir ce que nous n’avions jamais entrevu,
1 entrée du sentier qui mène aux destinées supérieures.
^ Le passé, tout irrévocable qu’il est, gardons-nous de l’appeler une ombre vaine, un temps absolument perdu, si, debout sur ses débris, nous atteignons à quelque chose dé plus noble.