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LES JABDINS DE LA MER

DANS l’océan indien.

Nous plongeons, dit Schleiden, dans le cristal liquide de la mer des Indes, et la vue des plus splendides enchantements nous rappelle les contes de fées de notre rêveuse enfance.

Là, d étranges buissons portent sur leurs branches des

fleurs vivantes. Des masses serrées de méandrines, d’astrées, contrastent avec les développements feuillus et façonnés en coupes des éplamries, les madrépores à ramifications diverses, qui tantôt montent en tiges brancluies, et tantôt déploient la plus élégante combinaison de rameaux enlacés.

La richesse des couleurs surpasse tout ce qu’on peut imaginer ; le vert le plus vif alterne avec le brun ou le jaune ; les riches teintes violettes passent d’un rouge pâle au bleu-indigo. De brillantes nullipores, rosées, jaunes ou couleur de pêche, recouvrent tout ce qui meurt, et sont elles-mêmes entremêlées des plaques nacrées des rétipores, ressemblant aux plus délicates sculptures d’ivoire. A côté s’ouvrent et s’agitent les éventails jaunes et lilas des gorgones, perforés comme un treillis.

Le sable clair du fond est jonché des milliers de teintes et de formes étranges des oursins et des astéries. Les flustres et les esc/iares ( polypier foliacé ) , qui affectent la forme de feuilles, adhérent comme des mousses et des lichens aux branches des coraux, tandis que les patelles, rayées de jaune, de vert, de pourpre, se cramponnent aux troncs comme d’énormes cochenilles.

Pareilles à de gigantesques fleurs de cactus, étincelant des plus vives couleurs , les anémones de mer déploient leurs couronnes de tentacules sur les échancrures des rochers, ou, plus modestes, tapissent le sol plat d’un parterre de renoncules variées. Autour des pousses du corail se jouent les oiseaux de paradis de l’Océan, petits poissons brillant d’un éclat métallique, rouge, bleu, ou vêtus d’or vert, ou d’argent. Esprits des mers, les méduses, d’un blanc de lait ou bleuâtres, glissent doucement à travers ce monde enchanté. Ici, l’isabelle d’un \4ert d’or, la cognette rayée de bandes noires, jaunes ou vermillon , donnent la chasse à leurs proies. Là, le banda se déroule en serpent à travers le buisson, comme un long ruban d’argent moiré de teintes roses et azurées.

Puis viennent les fabuleuses sèches, ornées de toutes les couleurs de l’arc-en-ciel, mais de contours vagues, apparaissant et disparaissant , s’entre-croisant , marchant par groupes et se dispersant de la façon la plus fantastique ; et tout ceci changeant avec la plus grande rapidité au milieu des jeux incessants de la lumière et de l’ombre, au gré de chaque souffle de vent ou de chaque légère ondulation de la surface des eaux.

Quand le jour baisse et que la nuit règne sur l’Océan, ce jardin enchanté s’illumine ; des millions d’étincelles, de petites méduses, des crustacés microscopiques, dansent et brillent comme des lucioles. La plume marine (*), colorée de vermillon le jour, projette la nuit une lumière phosphorescente verdâtre. Chaque recoin de l’abîme s’éclaire. Les parties qui semblaient ternes et sombres, éclipsées par l’éclat de la lumière du soleil, sont maintenant radieuses, émettant des lueurs rouges, vertes, jaunes ; et, pour compléter les merveilles de cette illumination, le disque d’argent, large de six pieds, du poisson-lune (®), se meut au milieu d’une masse de petites étoiles étincelantes.

La plus riche végétation d’un paysage du tropique ne déploie pas une aussi grande richesse de formes, et ne saurait lutter en vivacité et en variété de couleurs avec ce jardin des eaux, exclusivement peuplé d’animaux, non de plantes; car, de même que le riche développement de végétation des zones tempérées est en rapport avec la végétation de la mer, la multiplicité de la faune marine, dans la région des tropiques, correspond avec la magnificence de la faune terrestre. Tout ce qu’il y a de beau, de surprenant, d’extraordinaire, dans les nombreuses classes

(‘) Plotose, poisson oplophore.

(■-) Orthagorücus mola.

des poissons et des échinodermes, les méduses, les polypes, les mollusques de tous genres, se pressent dans les eaux chaudes et cristallines de l’océan tropical, se reposent sur des sables blancs, en tapissent les écueils, et, où la place est déjà prise, se cramponnent en parasites sur les premiers venus, ou nagent à travers les bas fonds et les profondeurs des éléments, tandis que la masse de la végétation occupe beaucoup moins d’espace.

Les mers polaires fourmillent de baleines, de veaux marins, d’oiseaux de mer, et d’innombrables êtres d’espèces inférieures, même là où toute trace de végétation a disparu sous la glace, et où la mer refroidie ne nourrit plus d’algues .

De même, dans la profondeur de la mer la vie végétalcj disparaît bien avant la vie animale : du fond des abîmes dans lesquels aucun rayon ne peut pénétrer la sonde nous ramène des infusoires vivants.

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